Mars marque le début de la saison pollinique en France. La semaine dernière, les pollens d’aulne ont ouvert le bal, déclenchant une «alerte rouge» sur la quasi-totalité du territoire hexagonal. Le nez coule, les yeux larmoient, la gorge gratte… Les allergies aux pollens, plus formellement appelées «rhinites allergiques», commencent à se manifester. En France, elles touchent aujourd’hui 20% des enfants de plus de 9 ans et 30% des adultes, selon l’Agence de sécurité sanitaire (Anses). Parmi ces personnes atteintes d’une allergie respiratoire, une sur cinq présente une forme sévère de la maladie.

Cette progression est spectaculaire. Dès 2014, l’Anses estimait que la prévalence des pathologies allergiques respiratoires comme les rhinites saisonnières et l’asthme «avait pratiquement doublé ces 20 dernières années dans les pays industrialisés». Dans un rapport publié en 2022, l’agence va plus loin : la prévalence des allergies respiratoires a été «multipliée par trois en trente ans».
Des saisons polliniques plus longues
Le réchauffement climatique est l’un des principaux facteurs de cette explosion. Au printemps, les plantes anémophiles – dont les pollens sont transportés par le vent – libèrent dans l’air leurs grains chargés d’informations génétiques afin de féconder les plantes femelles. Or, la hausse des températures entraîne une floraison plus rapide et donc une «précocité de la période de pollinisation», explique à Vert Gilles Oliver, responsable pollen au sein du réseau Atmo. Cette année, «la pollinisation du bouleau a déjà débuté», alors «qu’il y a quelques années la saison commençait plutôt à la fin du mois de mars», pointe-t-il.

De manière générale, la saison s’achève aussi plus tard : la fin de la pollinisation accuse, pour la plupart des espèces, un «retard moyen d’environ cinq jours sur l’ensemble du continent européen», selon des travaux cités par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ce phénomène s’explique par la biologie des plantes : pour interrompre la floraison, de nombreuses espèces ont besoin d’une période prolongée de froid hivernal. Or, avec des hivers plus doux et plus tardifs, cette accumulation de «degrés froids» arrive plus tard.
Des pollens plus nombreux et plus allergènes
Le changement climatique ne modifie pas seulement le calendrier des pollens : il augmente aussi leur quantité. La hausse de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, liée aux activités humaines, stimule la croissance des végétaux. «Les plantes réalisent leur photosynthèse en absorbant du CO2. Si sa concentration augmente, les arbres se développent davantage et produisent plus de pollens», explique Gilles Oliver. L’effet varie selon les espèces, mais il est particulièrement observé chez le bouleau ou le cyprès.
Dans les années 2000, une étude conduite par des scientifiques étasunien·nes sur l’ambroisie a permis de projeter une augmentation de la production de pollens pouvant aller jusqu’à 320% si le taux de CO2 dans l’atmosphère atteint les niveaux attendus pour le 21ème siècle, «par rapport aux plantes cultivées dans des conditions préindustrielles».
Les observations vont déjà dans ce sens. En France, les mesures du réseau Atmo montrent que l’intégrale pollinique annuelle – la somme des concentrations journalières de pollens sur une année – est passée d’environ 32 000 grains par ville en 2000 à près de 42 000 en 2024, soit une hausse d’environ 33%.
Une nouvelle géographie des plantes
La pollution aggrave encore ce tableau. «Il est désormais établi que les polluants atmosphériques (ozone, dioxyde d’azote, dioxyde de soufre, particules) agissent sur le pollen avec une tendance à l’augmentation de son pouvoir allergisant», notait l’Anses en 2015. Concrètement, ces polluants «se fixent sur les pollens, cassent leur enveloppe, et libèrent des allergènes plus petits qui vont plus facilement entrer dans les voies respiratoires», explique Gilles Oliver. La pollution joue par ailleurs un rôle d’irritant pour les voies respiratoires et baisse le seuil de sensibilité à l’asthme pour les personnes allergiques, renforçant encore les symptômes.
Le changement climatique modifie aussi la répartition des espèces végétales. Certaines plantes allergènes colonisent progressivement des régions jusque-là relativement épargnées. C’est notamment le cas de l’ambroisie, une plante invasive originaire d’Amérique du Nord. Particulièrement allergisante, elle fait partie des espèces «les plus problématiques en France», selon l’Anses. Les réactions qu’elle provoque sont «particulièrement invalidantes en comparaison des autres allergies polliniques».
Longtemps cantonnée aux vallées du Rhône et de la Loire, ou au Sud-Ouest, l’ambroisie gagne désormais la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est et le Centre-Val de Loire. Aujourd’hui, entre 1,15 et 3,5 millions de personnes sont allergiques à son pollen en France hexagonale et en Corse. Ce nombre pourrait continuer d’augmenter avec «l’élargissement des zones infestées».
Comment limiter les symptômes ?
Tous les pollens ne provoquent pas les mêmes réactions allergiques. En France, quatre types sont particulièrement problématiques : les pollens de graminées, de bouleau, de cyprès et d’ambroisie, indique Gilles Oliver.
Pour les personnes très gênées, la désensibilisation allergénique peut constituer une solution efficace. Ce traitement, prescrit par un allergologue, vise à habituer progressivement l’organisme à l’allergène responsable. Il fonctionne toutefois mieux lorsque l’on est allergique à un nombre limité de pollens. «Si quelqu’un est sensibilisé à plusieurs espèces différentes, cela devient plus compliqué», précise Gilles Oliver. Dans ce cas, les médecins ciblent généralement le pollen responsable de la période allergique la plus longue afin de réduire les symptômes sur la durée.
Au quotidien, quelques gestes simples permettent aussi de limiter l’exposition. Le ministère de la santé recommande notamment d’éviter les activités extérieures qui remuent beaucoup de pollen – comme la tonte du gazon, le jardinage ou certaines activités sportives – lors des périodes de forte concentration dans l’air (un suivi quotidien est disponible sur le site du réseau Atmo). Le matin, entre le lever du soleil et le début d’après-midi, est généralement le moment où la dispersion des pollens est la plus importante. «Plus on bouge, plus on aspire d’air, et plus les symptômes peuvent être marqués», résume Gilles Oliver.
Certaines habitudes domestiques peuvent également aider à réduire l’exposition. Aérer son logement tôt le matin ou tard le soir limite l’entrée de pollen dans les pièces. Il est aussi conseillé de se rincer les cheveux en fin de journée et de changer de vêtements après une sortie. «Se laver les cheveux permet notamment d’éviter d’en respirer pendant la nuit», souligne l’expert.
Enfin, lors des déplacements, garder les vitres fermées en voiture peut atténuer les symptômes : la plupart des véhicules sont équipés de filtres anti-pollens.
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