
En 2026, 36 millions de Français·es ont bu une eau contenant au moins un pesticide, a révélé la semaine dernière la carte interactive réalisée par Vert à partir des données du site Dans mon eau, créé par les associations Générations futures et Data for good.
Plusieurs millions d’habitant·es consomment même une eau qui dépasse les seuils de qualité, notamment dans le nord de la France. Attention, pas de panique : cette limite «n’est pas un indicateur de risque sanitaire», rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ce n’est pas parce qu’elle est dépassée que consommer l’eau a des conséquences directes sur la santé.
Pour autant, les pesticides et leurs métabolites (les molécules issues de leur dégradation dans l’environnement) restent des substances toxiques, avec des effets documentés sur la santé, qui dépendent notamment des doses auxquelles nous sommes exposé·es.
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La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de cette exposition (moins de 10%), mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation.
La base : vérifier si son eau est contaminée
Dans un premier temps, il s’agit de prendre la mesure de l’état réel de l’eau qui coule à votre robinet. La carte interactive de Vert permet de prendre connaissance des territoires où la contamination est la plus forte : les Hauts-de-France – où plus de la moitié des réseaux de distribution d’eau potable ont des concentrations supérieures aux normes –, la Normandie, le Grand Est…
À court terme : des techniques de filtrations à l’efficacité toute relative
À l’échelon individuel, plusieurs solutions de court terme existent pour limiter l’exposition aux pesticides et autres polluants… mais elles ont toutes leurs limites. Parmi les principaux exemples :
L’eau en bouteille. Certaines communes où l’eau est la plus contaminée sont parfois contraintes de se ravitailler en packs, comme le raconte Le Monde. Extraite en profondeur, l’eau minérale en bouteille contient souvent moins de polluants chimiques – mais n’en est pas dépourvue. Moins contrôlée, elle présente surtout beaucoup de microplastiques : un litre contient en moyenne jusqu’à 240 000 particules de plastique, selon une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Pnas.
Les bâtons de charbon. Déposé quelques heures dans une carafe d’eau, un bâton de charbon actif est censé fixer sur sa surface les plus grosses molécules (on parle d’adsorption). «Cette technique peut se révéler peu efficace pour certains pesticides, soulève Julie Mendret, maîtresse de conférences à l’université de Montpellier (Hérault). Le remède peut même être pire que le mal, avec un risque de développement bactérien en l’absence d’une maintenance régulière.»
Les carafes filtrantes et filtres pour robinet. Le principe est similaire : l’eau passe cette fois par un filtre contenant des granulés de charbon actif. Cette technique peut marcher pour certaines grosses molécules, comme le chlorothalonil, un fongicide interdit depuis 2020 mais encore fréquemment retrouvé dans l’eau. Là encore, elle induit d’autres risques : en 2017, l’Anses a rendu un avis très nuancé sur l’efficacité des carafes filtrantes, avertissant notamment d’une possible «altération de la qualité microbiologique de l’eau».
Les filtres par osmose inverse. Cette fois, pas de charbon : l’eau est mise sous pression et traverse une membrane via des trous infiniment petits, qui bloquent la plupart des éléments indésirables. «C’est le système qui offre le spectre d’élimination le plus large. Il est efficace sur un très grand nombre de molécules, y compris les PFAS», ces «polluants éternels», détaille Julie Mendret. Mais un tel appareil coûte cher – plusieurs centaines d’euros – et consomme beaucoup d’eau et d’énergie.
«Ce sont des techniques de séparation, et non de dégradation, complète Julie Mendret. Dans le cas de l’osmose inverse, on produit un concentrat», ce liquide composé des molécules retenues par la membrane, qui est ensuite rejeté dans le réseau d’assainissement. En somme, ces technologies ne règlent pas le problème, elles le déplacent.
À long terme : réduire les pollutions à la source
«Les moyens de dépollution, collectifs ou individuels, sont coûteux et parfois inefficaces», pointe le site Dans mon eau, pour qui «la seule solution est collective». «Ces systèmes créent un clivage social, entre ceux pour qui ils sont abordables et les autres, abonde Julie Mendret. La solution ne doit pas venir des particuliers, mais d’un effort à l’échelle des usines de production d’eau potable.» Si toutes ne traitent pas les polluants chimiques, de plus en plus de stations sont dotées de dispositifs à base de charbon actif, voire de filtrations par osmose inverse.
Mais cette dépollution coûtera cher à l’État : plusieurs milliards d’euros par an, selon les évaluations (ici et là) publiées par l’administration française cet été. Une étude menée par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, relayée par le média Contexte en septembre, confirme que ces solutions curatives contre les pesticides et nitrates coûtent au moins trois fois plus cher que de réduire les pollutions à la source.
Mieux vaut prévenir que guérir : la meilleure solution pour protéger l’eau reste de limiter les pesticides, notamment en favorisant la transition du monde agricole (principal utilisateur de pesticides en France) vers des modèles moins intensifs. Après plusieurs années d’attente, le gouvernement est justement sur le point de publier un décret (en consultation publique jusqu’au 9 novembre) visant à engager des plans d’action pour limiter les pollutions sur les captages d’eau potable «prioritaires» – mais ONG et collectivités locales regrettent son manque d’ambition.
Partout en France, il existe déjà une multitude d’initiatives pour favoriser la transition écologique des fermes :
🚜 Depuis 2020, l’entreprise publique Eau de Paris et l’agence de l’eau Seine-Normandie accompagnent une centaine d’agriculteur·ices installé·es sur des aires d’alimentation de captage autour de la capitale afin de réduire, voire supprimer, les engrais et pesticides. Le projet a déjà permis de réduire l’utilisation de ces derniers de 77% sur les parcelles suivies.
🤝 Des partenariats similaires entre agences de l’eau, régies publiques et agriculteur·ices sont nés ces dernières années : en Alsace, où l’objectif est de diminuer de 50% l’utilisation d’herbicides sur les captages prioritaires ; près de Rennes (Ille-et-Vilaine), avec le projet Terres de sources ; autour de Lyon (Rhône)…
💧 En Bretagne, la commission locale de l’eau – sorte de «parlement» qui rassemble élu·es, chambres d’agriculture, associations… – du bassin de la Vilaine a adopté le 16 octobre une ambitieuse feuille de route pour la protection de l’eau, qui prévoit l’interdiction des herbicides sur certaines parcelles de maïs proches des captages les plus pollués.
À noter que solutions préventives et curatives se complètent : même en réduisant drastiquement les pollutions sur les captages les plus exposés dès maintenant, les efforts de dépollution devraient se poursuivre pendant encore des années. Pour cause : les pesticides sont des molécules très persistantes, dont la dégradation complète peut prendre plusieurs décennies…











