L'affaire

La Coordination rurale et l’extrême droite en croisade contre l’OFB après l’arrivée d’une figure écologiste dans ses rangs

La bête affaire ! Mardi, le gouvernement a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative autour de la nomination d'Anne Le Strat au poste de directrice adjointe chargée de la «mobilisation de la société» à l'Office français de la biodiversité. Une victoire pour la Coordination rurale, la FNSEA et plusieurs élu·es marqué·es à droite et à l'extrême droite, qui dénonçaient depuis plusieurs jours les engagements politiques passés de cette experte de l'eau.
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Voilà près d’un an que l’Office français de la biodiversité (OFB) n’avait pas été au cœur d’une polémique médiatique. Aussi connue sous le nom de «police de l’environnement», cette agence de l’État chargée de veiller à la protection et à la restauration des milieux naturels est ciblée par une frange du monde agricole et du personnel politique français depuis les prémices de la crise paysanne, début 2024 (notre article).

Après plusieurs mois d’apaisement, les syndicats productivistes de la FNSEA et de la Coordination rurale ont remis une pièce dans la machine il y a quelques jours, ciblant cette fois une personnalité en particulier : Anne Le Strat, la toute nouvelle directrice générale adjointe de l’OFB en charge de la «mobilisation de la société». En fonction depuis le 1er janvier 2026, elle est une experte reconnue des questions d’eau et une figure des milieux écologistes.

Dans les grandes lignes de son CV, Anne Le Strat a été PDG d’Eau de Paris (2001-2014), adjointe à la mairie de Paris en charge de l’eau (2008-2014) ou encore membre du bureau exécutif du parti Les Écologistes (2024-2025). © Festival de Thau/YouTube

Cette nomination n’est pas du goût de la Coordination rurale, qui y voit «un nouvel affront, dans un contexte de tensions déjà très fortes entre l’État et le monde agricole». Le syndicat agricole dénonce ses engagements politiques passés, notamment au sein du parti Les Écologistes, dont Anne Le Strat était membre du bureau exécutif jusqu’en fin d’année dernière.

La critique est remontée jusqu’aux plus hautes sphères du gouvernement : mardi, la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, a annoncé devant l’Assemblée nationale que le premier ministre avait demandé la veille l’ouverture d’une enquête administrative pour faire la lumière «sur les modalités de son recrutement». D’après les informations du média Contexte, une telle procédure est une première en France.

Embrasement sur les réseaux sociaux…

Pour comprendre la polémique, il faut se rendre sur les réseaux sociaux, où tout a commencé. Dès le jeudi 22 janvier, le compte «J’aime les paysans» – qui partage régulièrement des images de promotion de l’agriculture et de mobilisations paysannes de tous types – relaie sur Facebook et X la nomination d’Anne Le Strat, alors qualifiée de «figure de l’écologie radicale» et représentée par une ancienne photo d’elle avec les cheveux teintés de bleu.

Les jours suivants, la nouvelle est relayée par de nombreux comptes d’agriculteur·ices médiatiques et de personnalités politiques marquées à droite et à l’extrême droite… voire parfois par des personnes cumulant les deux casquettes. Figure de la puissante Coordination rurale du Lot-et-Garonne et soutien assumé du Rassemblement national, le syndicaliste Serge Bousquet-Cassagne repartage la publication originelle en fustigeant une «anti-bassines, anti-paysans, anti-tout» : «Qui est le pyromane qui a nommé ce chiffon bleu à la tête de l’OFB ?», questionne-t-il.

Des élu·es s’émeuvent aussi de cette annonce, à l’image des sénateurs Laurent Duplomb (Les Républicains) et Franck Ménonville (Union des démocrates et indépendants) – co-auteurs de la très décriée loi dite «Duplomb», promulguée l’été dernier (notre article). L’extrême droite n’est pas en reste : déjà connue pour ses propos ouvertement climatosceptiques (notre portrait), la députée du Maine-et-Loire Anne-Laure Blin (Droite républicaine, le groupe d’Éric Ciotti) voit dans cette nomination un exemple de «l’entrisme décroissant des écolos bobos».

… et jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale

Côté médias, le journal national Le Point publie lundi une «chronique champêtre» où son auteur s’interroge sur une «énième provocation à l’encontre des agriculteurs»… sans reprendre aucune des réponses partagées par l’OFB à la presse. En parallèle, plusieurs sites d’information pro-chasse (Chasses éternelles, Le Chasseur français…) ou classés à l’extrême droite (Boulevard Voltaire, Frontières…) se font aussi l’écho de cette «affaire» en début de semaine.

La polémique explose au grand jour le 26 janvier, avec la publication du communiqué national de la Coordination rurale, où le syndicat dénonce la nomination d’Anne Le Strat… et rappelle au passage sa demande ancienne de «suppression de l’OFB». Le syndicat majoritaire FNSEA lui emboîte le pas le lendemain. Il publie son propre communiqué, qui fustige une «nomination militante», et se félicite de l’ouverture d’une enquête par le gouvernement.

Quelques heures auparavant, l’affaire était portée jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale par la députée (Les Républicains) Christelle Minard. Lors des questions au gouvernement du mardi, l’élue a interpellé la ministre de la transition écologique sur ce «geste d’hostilité et de mépris envers les agriculteurs dans un contexte de colère et de crise agricole profonde» – cette dernière informant alors la représentation nationale de l’ouverture d’une enquête administrative par le gouvernement.

«La règle républicaine est claire, et elle a été appliquée à la lettre»

Sur LinkedIn, Anne Le Strat s’est dite «à la disposition de la mission d’inspection lancée par le premier ministre», précisant qu’elle avait quitté toutes ses «fonctions politiques» : «Comme tout agent de l’OFB, j’agis désormais sous le sceau de notre charte de déontologie, qui impose neutralité et impartialité.» «La règle républicaine est claire, et elle a été appliquée à la lettre, confirme la direction de l’OFB. Anne Le Strat a démissionné de l’ensemble de ses fonctions partisanes avant sa prise de poste. Il n’y a aucune ambiguïté : elle n’exerce aucune fonction politique et son engagement passé au sein d’Europe-Écologie-Les Verts [l’ancien nom des Écologistes jusqu’en 2023, NDLR] ne définit ni n’influence ses fonctions actuelles.»

«J’ai toujours prôné une convergence entre les enjeux d’écologie et d’agriculture.»

«S’il devient interdit d’avoir été à EELV, là, ça va loin», fustige auprès de Vert une source haut placée au ministère de la transition écologique. «Elle a été 13 ans patronne d’Eau de Paris, qui n’est quand même pas la petite ONG du coin, et personne n’a entendu un quelconque problème dans sa gestion», rappelle la même source.

«Anne Le Strat est une experte des questions sur l’eau et a toute légitimité pour travailler à l’OFB», confirme de son côté Dan Lert, président d’Eau de Paris depuis 2020 et adjoint à la mairie de Paris en charge du plan climat, de l’eau et de l’énergie. Ce dernier rappelle qu’en 2010, Anne Le Strat a été à l’origine de la «remunicipalisation» du service de distribution d’eau à Paris, alors qu’elle était aussi adjointe en charge de l’eau du maire de l’époque, Bertrand Delanoë (Parti socialiste). En parallèle de ses engagements politiques et écologistes, elle a aussi travaillé pour l’Agence de l’eau Seine-Normandie et écrit plusieurs livres sur l’eau.

Alors que lui sont aussi reprochés une participation à un événement du mouvement de désobéissance civile Extinction rebellion et des prises de parole contre les «mégabassines» – critiquées par de nombreux scientifiques pour leur mal-adaptation au changement climatique (notre article) –, l’intéressée rappelle qu’elle a «toujours prôné une convergence entre les enjeux d’écologie et d’agriculture».

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