
L’été n’a pas encore débuté que les chaleurs extrêmes sont de retour pour la deuxième fois en moins d’un mois. Cette fois-ci l’épisode devrait être encore plus intense qu’en mai et la France n’en sortira pas indemne, prévient l’ONG Oxfam. Elle publie ce jeudi un édifiant rapport qui documente comment «le changement climatique menace notre santé».
Les services d’urgence «très sollicités»
Selon elle, «le changement climatique fait exploser les besoins de soins» et la chaleur est, de loin, le risque le plus impactant : elle n’épargne aucune classe d’âge et fragilise tous les organes, comme l’expliquait à Vert l’épidémiologiste Kevin Jean. Alors que Santé publique France constate d’année en année la hausse de la mortalité liée à la chaleur – plus de 5 700 décès en 2025 –, la Cour des comptes a documenté en 2024 les autres pressions qui pèsent sur le système de santé.
Cet article est en accès libre.
C’est un engagement fort de notre équipe, pour permettre à tout le monde de s’informer gratuitement sur l’urgence écologique et de faire des choix éclairés. Si vous le pouvez, faites un don pour soutenir notre travail dans la durée et garantir notre indépendance.
Les services d’urgence sont «très sollicités» dès que la température augmente, juge l’institution. Par exemple, «lorsque la période de canicule est supérieure à trois jours, les passages aux urgences augmentent de 5 à 10% sur toutes les tranches d’âge». Durant l’été 2022 – deuxième plus chaud jamais enregistré en France –, «le nombre de passages aux urgences attribuables aux vagues de chaleur a été estimé à 200 000, ce qui représente 3,4% d’augmentation et un coût supplémentaire pour l’assurance maladie évalué à 54 millions d’euros», chiffre la Cour.
De la même façon, le nombre d’appels téléphoniques au 18 «augmente nettement dès le début des vagues de chaleur (+12% les trois premiers jours, +19% de quatre à six jours). Et le nombre des décès constatés lors des interventions suit la même tendance : +11% les trois premiers jours, +16% entre le quatrième et le sixième, puis +27% au-delà».
Hospitalisations en hausse
En lien avec la surfréquentation des urgences, les hospitalisations sont également en hausse quand le mercure grimpe. La Cour des comptes signale le cas des services de néphrologie et d’urologie (médecine des reins et de l’appareil urinaire), qui enregistrent une flambée des insuffisances rénales aiguës liées à la déshydratation des patient·es. «L’effet de la durée de chaleurs élevées sur le nombre d’admissions est particulièrement fort en néphrologie : +20% entre un et trois jours de vague de chaleur, +40% entre quatre et sept jours, +50% au-delà», écrit la Cour des comptes.
Interrogé par Vert, le pneumologue et allergologue au CHU de Toulouse (Haute-Garonne), Laurent Guillemault, constate lui aussi une hausse de l’activité lors des pics de chaleur. «Ce qui est nouveau, c’est la brutalité de l’asthme, notamment des asthmes d’orage», explique-t-il. Lorsqu’ils arrivent en période de pollinisation, ce qui est de plus en plus souvent le cas avec la hausse des températures, les orages dégradent le pollen en particules minuscules qui pénètrent plus facilement les voies respiratoires. Il mentionne aussi les «feux de forêt aux impacts respiratoires majeurs». En 2022, année des méga-incendies dans les Landes, «les feux de forêt ont émis quatre fois plus de particules fines que tous les poids lourds dans l’Hexagone et en Corse», explique Oxfam, selon qui «les fumées des feux de forêt sont responsables de 2 830 décès par an en France».
L’hôpital en surchauffe
Problème : «Alors que les menaces pour la santé se démultiplient, les capacités de notre système de santé à soigner continuent à reculer», pointe l’ONG. Entre 2000 et 2024, l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), qui définit le budget des hôpitaux publics, a augmenté moins vite que les charges salariales, selon l’Inspection générale des affaires sociales.
Faute de pouvoir investir, l’hôpital se dégrade : en 2024, 59,5% du bâti hospitalier et près de 80% des équipements techniques étaient considérés comme vétustes, selon la Drees (le service statistique ministériel dans les domaines de la santé et du social). Et une immense majorité des établissements ne sont pas climatisés – hors bloc opératoire.
Le résultat, lorsque le mercure grimpe, ne se fait pas attendre : «Quand il fait 35°C dehors, il fait 35°C degrés dedans, témoigne Laurent Guilleminault, du CHU de Toulouse. On consulte dans des conditions qui sont très difficiles. Pour nous c’est compliqué, mais pour les patients c’est pire.» Ces dernières années, la presse s’est fait l’écho de conditions d’accueil insupportables au centre hospitalier de Dax (Landes) ou de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), à l’hôpital de Saint-Genis-Laval (Rhône) ou encore au CHU de Montpellier (Hérault).
À chaque pic de chaleur, le scénario se répète : «On a l’impression de subir les vagues de chaleur plus que de les affronter, témoigne Laurent Guilleminault. Mais vous connaissez la santé financière des hôpitaux, on a appris à faire avec le minimum vital.»
Manque de lits et manque de soignant·es
Plus profond encore, le système de santé voit ses capacités d’accueil de plus en plus réduites, alors même que le réchauffement climatique – mais aussi le vieillissement de la population – augmente les besoins. «En 2024, la France avait supprimé un quart des lits d’hôpital qu’elle comptait encore en 2000, pointe Oxfam. Au rythme actuel, elle aura perdu en 2050 un quart des lits d’hôpital qu’elle compte aujourd’hui.»
À rebours de la tendance actuelle, la Cour des comptes estime que 45 000 lits supplémentaires seront nécessaires en 2040 (par rapport à 2019) rien que pour répondre au vieillissement de la population. Elle ne chiffre pas les besoins liés au changement climatique.
Même chose pour les besoins en personnel soignant, qui augmentent bien plus vite que les embauches. «Entre 2013 et 2021, le nombre d’infirmières en emploi a augmenté de 8%. Mais les besoins en soins infirmiers ont augmenté plus rapidement et la couverture des besoins en soins infirmiers a diminué», note ainsi la Drees.
Au rythme actuel, «les besoins en soins infirmiers auront crû de 50% en 2050 par rapport à 2021 rien qu’à cause du vieillissement de la population alors que les effectifs n’auront augmenté que de 37%», calcule le service statistique. Dit autrement, «il faudrait 80 000 infirmières supplémentaires en 2050 par rapport à cette projection pour assurer la même couverture de besoins en soins qu’actuellement».
«On va tout droit dans l’impasse»
En résumé, «les besoins augmentent mais notre capacité à y répondre diminue. Si rien n’est fait, on va tout droit dans l’impasse», prévient Robin Ehl, chargé de plaidoyer à Oxfam et auteur du rapport. Mais «si l’urgence climatique et la crise du système de santé sont liées, leur solution l’est aussi», estime-t-il.
Pour ne pas se contenter de solutions palliatives uniquement centrées sur le système hospitalier, il invite l’État à investir aussi dans les politiques publiques qui bénéficient à la fois à la santé et au climat : c’est le cas notamment des politiques de soutien à la mobilité active (vélo, marche…), de la rénovation des logements ou encore de la lutte contre la pollution de l’air par les transports ou les énergies fossiles.










