«Il se passe quelque chose» : au Bourget, Jean-Luc Mélenchon embarque la jeunesse autour de son projet pour une écologie populaire

La République émoi.
Au lendemain du lancement de son programme pour l’élection présidentielle de 2027, le leader de La France insoumise a fait salle comble au parc des expositions du Bourget, près de Paris. Surfant sur les espoirs de la jeunesse, le mouvement espère imposer son projet de «bifurcation écologique et sociale».
Jean-Luc Mélenchon a réuni ses soutiens dans une salle comble au parc des expositions du Bourget. © Kenzo Tribouillard/AFP

Des drapeaux tricolores, un RER B chargé et des «On va gagner !» qui résonnent dans l’air. La foule qui afflue en ce premier samedi de novembre au Bourget (Seine-Saint-Denis), au nord de Paris, ne vient pas assister à un match de l’équipe de France de football, mais à un tout autre spectacle : Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI) et candidat à l’élection présidentielle pour la quatrième fois, se donne en meeting.

Dehors, la file s’allonge et les klaxons réchauffent l’atmosphère ; dedans, le parc des expositions du Bourget bouillonne de ses 20 000 supporters, selon l’organisation. «Il y a énormément de monde, la salle est quasiment pleine, souffle Florent*, qui arbore fièrement son maillot «Mélenchon 27». En étant nombreux, on montre qu’il y a une dynamique. Ça peut convaincre des gens de voir qu’il y autant de monde qui soutient ce programme.»

Planètes alignées

«On a l’impression qu’il se passe quelque chose, reprend en souriant le jeune homme, en référence à la petite phrase désormais célèbre des soutiens du candidat de droite David Lisnard. C’est la quatrième campagne de Mélenchon, il a l’habitude. On voit qu’il essaie d’être plus rassembleur pour convaincre ceux qui ne sont pas des afficionados.»

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La veille, LFI a dévoilé son programme politique, L’avenir en commun, avec plus d’un millier de mesures pour la 6ème République, la Sécurité sociale, ou encore la «bifurcation écologique et sociale» (notre décryptage). Mais aussi l’affiche de son candidat, posant simplement devant un paysage auvergnat, qui n’est pas sans rappeler celle de la «Force tranquille» de son mentor, l’ancien président socialiste François Mitterrand, en 1981.

Après trois échecs aux portes du second tour, les planètes n’ont jamais semblé aussi alignées pour Jean-Luc Mélenchon. Pas (encore) de sortie polémique ces dernières semaines, des sondages favorables et des thèmes de campagne sur la dette, l’écologie ou encore l’éducation abondamment repris dans le débat public. Vendredi dernier, 9 des 17 député·es du groupe communiste à l’Assemblée lui ont même apporté leur soutien : présent·es au Bourget, ils et elles ont été ovationné·es à plusieurs reprises par la salle.

Le septuagénaire surfe aussi sur les mobilisations sociales massives, entamées dans les lycées en septembre, où il est systématiquement acclamé. À 19 ans, Mehdi Abdelaide a manifesté pour la première fois le 17 octobre. Ce samedi, il a rejoint le meeting du Bourget sur un coup de tête, à la sortie de son job du week-end : «Ça ne fait pas longtemps que je suis la politique, nous les jeunes n’avons plus trop d’espoir. Mais, avec la force des réseaux sociaux, je m’y suis intéressé et j’ai vu que LFI était le parti le plus cohérent avec mes valeurs, sur la justice, l’écologie…»

«Il est temps de redonner le goût du futur aux générations qui viennent»

«J’ai espoir, je vois des personnes qui n’ont jamais voté ou qui votaient pour un autre parti se mobiliser. La victoire est possible», sourit l’étudiant, tandis que des chants montent dans les travées. «Il est temps de redonner le goût du futur aux générations qui viennent», introduit au micro la députée insoumise Clémence Guetté, co-responsable du programme, devant un parterre de drapeaux français et insoumis.

Sur la grande scène, le gratin du mouvement fait tour à tour son apparition : Gabriel Amard, premier sénateur insoumis, appelle à «mettre fin à l’accaparement, à la pollution, de l’eau, de l’air, de la terre» en créant des «écorégions» ; sous la bronca, David Giraud, nouveau maire de Roubaix (Nord), demande de faire «du bruit contre l’extrême droite» ; la cheffe des député·es insoumis·es Mathilde Panot en appelle au droit au «logement digne» et à la rénovation de 700 000 appartements par an.

«Après l’été qu’on vient d’avoir, l’écologie devrait être un enjeu phare, et LFI en parle avec la planification écologique», salue Mathilde*, jeune diplômée de Sciences Po. «J’aime bien qu’ils parlent de transition juste, car l’écologie ne doit pas être décloisonnée des autres enjeux», complète à ses côtés sa camarade Lisa*.

«Ils ont la volonté de respecter les engagements de la France sur la neutralité carbone pour léguer un avenir aux prochaines générations», observe Alda* 23 ans, hôte d’accueil, qui votera aussi pour la «justice sociale» et «l’augmentation du Smic». «Nous sommes aussi venus pour nous renseigner sur le programme, ajoute à ses côtés Harry*, 24 ans. Certaines positions m’étonnent, sur le nucléaire par exemple. Je ne comprends pas pourquoi ils veulent en sortir, alors que c’est une énergie propre.»

«Principe de précaution sanitaire»

Après une succession de prises de paroles et de clips vidéos, le leader insoumis fait irruption sur la scène aux alentours de 17 heures. «Je n’ai qu’une chose raisonnable à vous proposer : il faut tout changer», lance à la foule l’ancien socialiste. Pendant une heure, il égraine à son tour ses propositions, sur l’antiracisme, le blocage des prix, l’intelligence artificielle. Mais aussi la santé, proposant notamment un «principe de précaution sanitaire pour chaque produit quand il y a un doute scientifique», en interdisant les substances en question.

Le vent d’espoir qui souffle dans la salle ferait presque oublier aux participant·es la puissance de l’extrême droite, contre laquelle le leader est pour l’instant donné largement perdant en cas de second tour. «Oui, c’est ce qu’on avait dit à Lula aussi !, tonne le natif de Tanger, en référence au leader de la gauche brésilienne, qui a déjoué tous les pronostics en remontant son adversaire lors du second tour. On finit par se demander si cet argument n’est pas tout simplement un prétexte pour refuser de nous aider à faire le meilleur score possible au premier tour.»

Après un ultime remerciement à la «jeune génération» en lutte, La Marseillaise est entonnée dans la salle, suivie de L’Internationale. Les «On va gagner» et quelques «Mélenchon ballon d’or» sont entonnés une dernière fois. Le match pour la présidentielle ne fait que commencer.

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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