«Ils sont pris au piège» : comment aider les sans-abri face à la canicule ?

Quand le thermomètre grimpe, la rue devient hostile. À l’aube d'un épisode caniculaire annoncé comme «durable», les associations redoutent des conséquences dramatiques pour les personnes sans abri, privées d'ombre, d'eau et de solutions d'hébergement. Quelques conseils pour leur venir en aide.
Une personne sans-abri dans Paris lors d’une vague de chaleur en juillet 2025. © Joël Saget/AFP

Ce jeudi marque le début d’un «épisode caniculaire durable» partout sur le territoire métropolitain. Le pic de températures est prévu pour dimanche ou lundi, et «les 40°C pourraient être atteints sur plusieurs régions de l’ouest à la vallée du Rhône, voire en Île-de-France», indique Météo-France. Ces prévisions inquiètent les associations de solidarité, qui appellent à plus de vigilance face aux éventuels malaises. Elles invitent chacun·e à faire don d’objets permettant de protéger les plus vulnérables (voir plus bas).

«On redoute cet épisode, on en a extrêmement peur, même», confie Nathan Lequeux, coordinateur d’Utopia 56, une association française d’aide aux personnes exilées. «36, voire 39 degrés, ce n’est pas du tout la même chose que les 32 degrés atteints au mois de mai», poursuit-il. L’an dernier, 235 décès de personnes sans abri ont été recensés à Paris entre le 23 juin et le 8 juillet, selon l’ONG. «S’il n’y a pas une aide massive dans les jours qui viennent, les plus vulnérables vont mourir», assène-t-il. Jean Stellittano, secrétaire général du Secours populaire des Alpes-Maritimes, abonde : «Cette canicule va nous apporter son lot de morts. Malheureusement, c’est prévisible.»

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L’asphalte brûle, le soleil tabasse, la pollution étouffe… Chaque canicule rend un peu plus vulnérables les corps de celles et ceux qui survivent, sur le pavé, sans solution d’hébergement. «Pour les personnes sans abri, il est bien plus difficile de lutter contre le chaud que le froid. En hiver, il y a des distributions de couvertures, de pulls. Mais, en été, on ne peut rien contre la chaleur», rapporte encore Jean Stellittano. 30% des décès de personnes sans domicile surviennent pendant la période estivale, selon Utopia 56 – c’est autant qu’en hiver.

«L’État aura la responsabilité d’absolument chaque mort de la rue»

Déshydratation, hyperthermies, insolations, malaises… Les risques sanitaires sont sévères. «Sans compter l’aggravation des pathologies existantes : ce sont des personnes déjà très fragilisées, qui survivent à la rue», pointe Nathan Lequeux. Jean Stellittano complète : «Certaines personnes ont des maladies incompatibles avec la chaleur – comme le diabète, par exemple.» Et «la conservation de médicaments à température ambiante devient quasi-impossible».

Pour fuir la chaleur, les solutions sont rares. L’été, il y a moins d’accueil de jour pour se réfugier, car les associations interrompent leurs activités. Il y a également «moins de bains-douches», ces douches mises à disposition par l’État mais qui tournent au ralenti pendant l’été, alertent les associations. Rues bétonnées qui retiennent la chaleur, manque de végétation pour s’abriter… «Les personnes sont prises au piège et contraintes d’affronter ces chaleurs», constate Nathan Lequeux.

À Paris, «5 000 personnes n’ont pas d’accès à un espace protégé ni à un accès constant à l’eau», poursuit-il. 262 000 logements libres pourraient servir de refuge, selon un recensement de l’Insee en 2024. «Mais l’État refuse de les réquisitionner, malgré nos alertes», poursuit Nathan Lequeux. Et d’asséner : «L’État aura la responsabilité d’absolument chaque mort de la rue qui se produira.»

Des solutions pour aider les plus vulnérables

Pour aider les personnes sans abri, des solutions existent : à commencer par le don de matériel à des associations de solidarité, telles qu’Utopia 56. Cette dernière récupère et redistribue casquettes, gourdes, bouteilles d’eau, crème solaire, brumisateurs, sérum physiologique, baumes à lèvres, déodorants, crèmes hydratantes, tongs ou encore gel hydroalcoolique aux personnes qui en ont besoin.

Les points de collecte sont répartis partout en France : Lille, Dunkerque, Calais, Rennes, Tours et Toulouse. Un formulaire à remplir en ligne permet d’avoir plus de détails. Au moment du don, attention toutefois à choisir des objets «adaptés à la survie à la rue», précise l’ONG, ainsi qu’«en bon état» : «propres, secs et utilisables tout de suite».

Les dons de vêtements d’été (t-shirts, shorts) sont aussi les bienvenus. «Avec ces chaleurs, on transpire davantage : nos vêtements sont souillés plus rapidement, on sent mauvais… Ne pas pouvoir se doucher, c’est terrible. C’est l’estime de soi qui se détériore», pointe Jean Stellittano.

Dans la rue, la vigilance de chacun·e doit également être renforcée. «Il faut que tout le monde essaie de s’autoformer à repérer les malaises et les hyperthermies, insiste Nathan Lequeux. Lorsqu’une personne est couchée par terre, il faut s’assurer qu’elle va bien.» D’autant plus si elle est «allongée en plein soleil. Dans ce cas, il y a de sérieux doutes à avoir», indique-t-il. Ces gestes de prévention «peuvent sauver».

Bien connaître les points d’eau à proximité peut aussi aider à orienter une personne qui présente des signes de déshydratation (bouche sèche, vertiges, urines rares). Le site watermap.fr en recense plus de 28 000 partout en France.

Enfin, la meilleure solution reste de «rejoindre une association de maraudes», insiste Jean Stellittano : «Les maraudeurs ont de l’expérience, ils connaissent mieux les problématiques des gens sur place.» Et elles et ils sont bien disposé·es à «former les nouveaux !».

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