Le rapport

De CNews à Europe 1 en passant par Sud Radio : 665 cas de mésinformation climatique à la télé et à la radio en 2025

Chaîne d'un faux. Depuis janvier 2025, l’Observatoire des médias sur l’écologie a recensé tous les cas de mésinformation climatique dans les programmes d'info des 18 principaux médias audiovisuels français. Cette analyse met en lumière des rhétoriques fallacieuses récurrentes sur certains sujets. Vert fait le point.
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«Les énergies renouvelables font exploser le prix de l’électricité.» ; «Elles sont inefficaces ou inutiles en raison de leur intermittence.» ; «Les éoliennes sont un désastre pour les oiseaux et pour la santé humaine.» Si ces fausses affirmations vous semblent familières, c’est qu’elles infusent dans les médias.

Elles font partie des 19 principaux narratifs fallacieux sur le climat identifiés par l’Observatoire des médias sur l’écologie. Ce consortium composé de plusieurs associations – dont QuotaClimat, Data for Good et Science Feedback – a analysé depuis le mois de janvier 2025 le traitement médiatique des enjeux environnementaux dans les programmes d’information des 18 principaux médias audiovisuels français. Ce jeudi, il publie son bilan et… 665 séquences jugées problématiques et mensongères ont été comptabilisées au total l’an passé.

Au mois d’octobre dernier, Vert avait déjà dressé un premier bilan, arrêté à la fin du troisième trimestre. À l’époque, le compteur affichait 529 cas de «mésinformation» climatique. Le terme désigne ces séquences lors desquelles une contre-vérité climatique est prononcée à l’antenne sans être corrigée par un journaliste dans les deux minutes suivantes. 136 nouvelles séquences se sont donc ajoutées depuis. Si l’on considère une moyenne annuelle de 13 cas de désinformation climatique par semaine, la tendance apparaît légèrement à la baisse sur le dernier trimestre. Une évolution que l’Observatoire explique par «l’absence de débat majeur sur les politiques publiques environnementales» en fin d’année.

Des pics de mésinformation lors des débats politiques et climatiques

En 2025, les pics de mésinformation climatique ont logiquement coïncidé avec les périodes de forte médiatisation des enjeux liés à l’écologie. Les mois de juin et juillet concentrent à eux seuls une part importante des cas recensés – 133 et 139 séquences respectivement – dans un contexte marqué par la canicule et les débats autour de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). «À chaque fois que la PPE était rediscutée, des chiffres erronés sur le coût des énergies renouvelables refaisaient surface», détaille Eva Morel, secrétaire générale de QuotaClimat.

Les mois de mai et septembre ont également connu une hausse notable du nombre de séquences problématiques. En cause, selon les associations : l’actualité autour des zones à faibles émissions (ZFE), qui restreignent depuis 2019 la circulation des véhicules les plus polluants dans une quinzaine de territoires – dont Paris, Grenoble, Lyon, Strasbourg, Aix-Marseille-Provence ou Montpellier.

Ces dispositifs suscitent de vives oppositions politiques depuis plusieurs mois, notamment de la part de la droite et de l’extrême droite, qui multiplient les initiatives pour les supprimer. «Sur Europe 1 et RMC notamment, de nombreux journalistes ont affirmé que les ZFE ne remédiaient pas au problème de pollution de l’air car celui-ci était associé à l’abrasion des pneus, et non pas aux pots d’échappement», rapporte encore Eva Morel. Des propos largement démentis par la littérature scientifique, mais rarement corrigés à l’antenne.

L’Observatoire relève aussi le jour du discours de Donald Trump à l’Assemblée générale des Nations unies comme un moment clé de cette hausse des cas de mésinformation. Le 23 septembre dernier, le président étasunien avait qualifié le réchauffement climatique «de plus grosse escroquerie jamais menée contre le monde». Dès lors, «les éditorialistes, chroniqueurs et invités ont repris et rendu visibles ces arguments climatosceptiques», se remémore Eva Morel.

CNews, Europe 1 et Sud Radio : les médias les plus proactifs en termes de désinformation

Tous les médias ne se valent pas lorsqu’il s’agit du traitement de l’actualité climatique. Comme lors du précédent bilan, certains se distinguent nettement par la fréquence des propos trompeurs diffusés. À ce titre, Sud Radio arrive en tête, avec deux cas de mésinformation par heure d’information sur le climat, suivie de CNews (un cas toutes les 35 minutes), puis de RMC et Europe 1. En revanche, en nombre absolu, c’est bien chez CNews que l’on compte le plus de séquences de mésinformation. «Pour la plupart de ces médias, le nombre de cas de mésinformation climatique a diminué sur les quatre derniers mois de l’année par rapport à la période janvier-août, à l’exception de Sud Radio», souligne l’Observatoire.

De manière générale, 4,9% du temps d’antenne (tous programmes confondus) a été consacré aux enjeux environnementaux en 2025, contre 3,7% en 2024, soit une augmentation de 33%. Cette progression s’explique notamment par une couverture médiatique accrue lors de la première canicule estivale (9% en juin 2025) et de la seconde (11% en août). Hors pics exceptionnels, la moyenne annuelle s’établit à 4,6%, en hausse de 20% par rapport à l’année précédente. «La bonne nouvelle, c’est qu’on a plus parlé d’environnement. Mais on en a moins bien parlé», analyse Eva Morel.

Sur l’ensemble de la période étudiée, l’audiovisuel public – France info TV et France info Radio –s’est distingué «sur tous les indicateurs» par une couverture significativement plus élevée des enjeux environnementaux : +35% hors séquences environnementales spécifiques, et +65% lors des grandes séquences diplomatiques, comme l’Unoc ou la COP30. «La performance de ces médias est vraiment supérieure», salue Eva Morel.

Pour 2026, l’Observatoire des médias sur l’écologie prévoit d’élargir son analyse de la couverture des enjeux environnementaux aux principaux titres de presse quotidienne nationale et régionale, ainsi qu’aux magazines d’information généralistes et à certains sites d’information.

«La démocratie meurt dans les ténèbres»

Ce slogan du Washington Post résonne tristement, alors que ce monument de la presse étasunienne, propriété de Jeff Bezos, licencie 300 de ses 800 journalistes.

Motif : le journal perd de l’argent, 100 millions de dollars en 2024. Soit un 2400ème de la fortune de son propriétaire.

Un sabotage en règle de son propre journal pour l’empêcher d’être un contre-pouvoir à Donald Trump, à qui il a prêté allégeance.

Dans le même temps, sa célèbre société de vente de colis a déboursé 75 millions de dollars pour produire et diffuser un documentaire de propagande sur la First Lady Melania Trump.

Chaque achat sur sa plateforme, c’est de l’argent en plus pour Bezos, qui lui sert à aggraver la désinformation, s’acheter du pouvoir politique, précariser les travailleur·ses et aggraver la crise climatique.

Elle doit disparaître de nos vies, maintenant et pour toujours.

Il y a une autre urgence : soutenir la presse indépendante, qui n’appartient à personne d’autre qu'à vous et ne sera jamais aux mains de ces dangereux personnages.

✊ Ne restez pas dans votre coin à désespérer : rejoignez les milliers de membres du Club de Vert pour construire la relève médiatique ENSEMBLE.

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