Édition du 30 octobre 2026

Maine pas peur

Chères toutes et chers tous,

🗞️ Quel est votre jeu de mots préféré paru dans Vert ces derniers jours ? La semaine dernière, «Ça va barder, là» l’a emporté, avec 40,8% de vos suffrages.

À vos votes !

⚖️ Comparaître ou ne pas être

🫣 Flagrant déni

👅 Langue d’aboie

☠️ Ça chlordécone grave


Dans cet État américain, les élections de mi-mandat ont des airs de fin de règne pour les républicains. 



«Les inégalités de richesse sont devenues criantes» : dans le Maine, des élections de mi-mandat à hauts risques pour les trumpistes

Maine la danse. À quelques jours des élections de mi-mandat, dans un État marqué par l’augmentation du coût de la vie et la guerre commerciale contre le Canada, le démocrate Troy Jackson pourrait détrôner l’éternelle sénatrice républicaine Susan Collins. Un enjeu de taille pour faire basculer le Sénat des États-Unis.

Dans une chorégraphie connue sur le bout des doigts, les caseyeurs de retour de mer cahotent entre les îlots, accostent dans le port de pêche de Stonington, déchargent leurs cargaisons de homards, puis déroulent le tuyau de la pompe à essence. C’est une fin d’après-midi d’octobre tranquille dans ce village reclus au bout de l’île de Deer Isle, dans l’État du Maine.

L’œil rivé sur la jauge de carburant, Nathan Jones, pêcheur depuis les années 1970, soupire : «Ça fait 98 gallons [370 litres, NDLR] de carburant aujourd’hui, soit plus de 500 dollars [450 euros]. Le prix du gallon a augmenté de 2 dollars [1,80 euro] à cause de la guerre. Ça devient complètement fou.»

À Portland, plusieurs centaines de démocrates participent début octobre à un meeting de campagne de Troy Jackson, le candidat démocrate au Sénat dans l’État du Maine. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Dans cet État américain situé à la frontière du Canada, dont l’économie a historiquement reposé sur la pêche et l’exploitation forestière, les deux premières années du second mandat de Donald Trump ont laissé des séquelles. Alors que la diminution du coût de la vie faisait partie des promesses de campagne du milliardaire républicain en 2024, l’inflation a augmenté d’un point depuis sa victoire à la présidentielle. En septembre, elle atteignait 3,7%, en partie à cause de l’envolée du cours du pétrole depuis le début de la guerre en Iran.

Ces enjeux de coût de la vie risquent de peser lourd dans les élections de mi-mandat, qui auront lieu le 3 novembre prochain. Les étatsunien·nes se rendront aux urnes pour renouveler l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants et un tiers des 100 sièges du Sénat. Les deux chambres sont actuellement du côté de la majorité républicaine, mais pourraient basculer à gauche. La bataille du Sénat se joue dans sept États indécis, dont le Maine, qui compte 1,4 million d’habitant·es.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de ce reportage d’Apolline Guillerot-Malick dans le Maine.
 


· Selon un rapport scientifique publié jeudi, la pollution de l’air liée aux mégafeux de forêt qui ont frappé l’Indonésie ces derniers mois a causé 3 560 décès dans le pays en septembre. Quelque 57,8 millions de personnes ont respiré un air dont la qualité allait de «malsaine» à «dangereuse», indique le Centre pour la recherche sur l’énergie et la propreté de l’air. «Les niveaux d’exposition ont dépassé le seuil annuel de particules fines PM2,5 fixé par l’Organisation mondiale de la santé […] de plus de sept fois à l’échelle nationale», précise-t-il.

· 927 personnes sont mortes «sans chez-soi» en 2025 en France, selon un rapport publié jeudi par le collectif Les Morts de la Rue. Une très faible diminution comparée à l’année précédente : 938 décès avaient été dénombrés. En moyenne, les personnes sans abri meurent autour de 49 ans, soit trente ans de moins que la population générale. Ce sont majoritairement des hommes, bien que la part de femmes progresse. 61% des morts résultent de violences. En 2017, Emmanuel Macron avait fait la promesse de ne plus avoir personne dans les rues «d’ici la fin de l’année».

Les chiffres du rapport ne se basent que sur les décès recensés par des actes officiels et ne sont «ni exhaustifs, ni définitifs», rappelle le collectif. © Joel Saget/AFP

· Mardi, le tribunal administratif de la Guadeloupe a condamné l’État à indemniser un ancien ouvrier agricole atteint d’un cancer lié au chlordécone, ce pesticide massivement épandu dans les cultures de bananes jusque dans les années 1990. Les juges ont reconnu que l’État avait commis des fautes, notamment en autorisant la vente d’un produit déjà connu pour sa toxicité et en ayant tardé à prendre des mesures pour protéger la population. Il devra verser 28 500 euros à l’ancien ouvrier en réparation du préjudice subi. Ce dernier demandait un million d’euros.

 


Turbopoulet

Chair de poulet. Les turbopoulets, aussi surnommés frankenchickens en anglais, sont des volailles sélectionnées génétiquement pour favoriser une croissance rapide. En seulement cinq semaines, l’animal peut atteindre 2,5 kilogrammes, alors qu’un poulet normal met plutôt douze semaines pour arriver à ce poids. En plus d’offrir des pièces de viande grasses et peu nutritives, ces poulets vivent avec des problèmes physiques : difficultés pour se déplacer, poitrine tellement importante qu’elle les déséquilibre et pattes trop faibles pour supporter leur poids. Mercredi, le Danemark a annoncé vouloir interdire ces volailles sur son territoire. À l’échelle européenne, l’European Chicken Commitment, une initiative lancée par une trentaine d’ONG, pousse l’agroalimentaire à renoncer aux turbopoulets d’ici à 2028.

 


«On ne déploie pas l’armée contre son propre peuple» : le discours de la macronie sur les manifestations a bien changé

Ordre propos. Depuis la rentrée scolaire, la France traverse une vague de mobilisations inédite, notamment marquée par le mouvement lycéen et étudiant. En face, des mesures d’interdiction et des couvre-feux ont été déployés par les autorités. Le 24 octobre, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a même mobilisé des soldats de l’opération Sentinelle dans les rues. Vert revient sur les anciennes déclarations du président et de ses ministres sur le droit de manifester, qui ont très mal vieilli.

© Moncef Arbadji/Vert

+  Moncef Arbadji, Apolline Guillerot-Malick, Lilou Hiver, Antoine Poncet et Sanaga ont contribué à ce numéro.