Dans «Silent Friend», la réalisatrice Ildikó Enyedi bouleverse notre rapport aux végétaux

Ôter les mots de la souche.
Avec Tony Leung Chiu-wai et Léa Seydoux à l’affiche, la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi signe un film sensible et envoûtant dans lequel s'entremêlent trois histoires à des époques différentes. Fil conducteur des récits, un arbre centenaire veille et perdure dans un temps plus vaste que celui des humain·es.

Dans le jardin botanique d’une université allemande, un ginkgo majestueux se dresse depuis plus d’un siècle. Il a vu défiler les heures et les humains ; il a assisté à leurs amours. Les vies passent, il observe : c’est «un ami silencieux», d’où le nom du nouveau film d’Ildikó Enyedi, Silent Friend, en salle ce mercredi.

«Silent Friend», de Ildikó Enyedi, en salle ce mercredi.

En 1908, l’arbre observe d’abord Grete (jouée par Luna Wedler, sacrée pour ce rôle par le prix Marcello Mastroianni à Venise, qui récompense les acteur·ices émergent·es). Première femme admise à la faculté de botanique, elle essuie la misogynie d’un milieu d’hommes. Pionnière en tout, l’étudiante s’initie à l’art naissant de la photographie.

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En 1972, le ginkgo nous dévoile Hannes. Arrivé de la campagne, il tombe amoureux en même temps qu’il se voit confier la responsabilité d’un géranium très précieux pour sa propriétaire. Il entretient avec la plante des conversations étonnantes.

Enfin, en 2020, l’arbre rencontre Tony (Tony Leung Chiu-wai, prix d’interprétation masculine du Festival de Cannes pour son rôle dans In the Mood for Love, de Wong Kar-wai). Neuroscientifique hongkongais venu enseigner en Allemagne, il se retrouve bloqué dans l’université à cause du confinement dû à la pandémie de Covid-19. Il essaye alors de mettre en pratique ses travaux sur le cerveau des nouveaux-nés pour communiquer avec le ginkgo.

Un jardin de perceptions

Tout au long des deux heures vingt-six du film, la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi nous plonge dans un monde captivant où les végétaux sont aussi dotés de sentiments. Les bouts d’histoire se mêlent aux plans contemplatifs des racines et des branches. On voyage à travers les époques grâce aux sensations, au son et aux lumières qui accompagnent la vie du végétal.

Avec cette question, en filigrane, répétée par les personnages : «Et si les végétaux nous observaient comme nous les observons ?». Un rapport intime avec des plantes qui ouvrent la porte – dans tous les sens du terme – sur un jardin de perceptions.

C'est parti