«Il y a d’autres pistes que le tout-béton» : à Montpellier, ces habitants se battent pour conserver l’une des dernières parcelles agricoles

Hérault hic.
Des terres agricoles menacées, de petits commerces face à un supermarché… Dans le quartier montpelliérain des Beaux-Arts, des habitant·es se battent pour protéger leur cadre de vie. Vert s'est rendu sur place pour comprendre les dessous de cette lutte, dans une ville qui prône pourtant l’agriculture urbaine.
Vue de la Cité bergère, une parcelle agricole menacée au cœur du quartier des Beaux-Arts. © collectif Préservons la Cité bergère

Sur la place des Beaux-Arts, à deux pas du centre-ville de Montpellier (Hérault), les dernier·es étalier·es remballent leurs marchandises, ce mercredi de septembre, en fin de matinée. Comme chaque jour, maraîcher·es et petits commerces de proximité font vivre ce marché, à l’ombre des micocouliers, donnant au quartier urbain des airs de village.

Ici, des habitant·es se mobilisent et luttent pour la préservation de leur cadre de vie. Dans ce secteur «boboïsé» et gentrifié, et dans une ville qui a multiplié les programmes immobiliers sous l’impulsion de Georges Frêche, maire bâtisseur de 1977 à 2004, des associations du quartier veillent.

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L’un des sujets du moment porte sur l’avenir de la Cité bergère, une parcelle privée, l’une des dernières de la ville dédiée au maraîchage. En août 2025, la mairie, dirigée par le socialiste Michaël Delafosse, réélu en mars 2026, a délivré deux permis de construire. Le projet prévoit la construction de deux immeubles de 15 mètres de haut pour 70 appartements sur près de 8 000 mètres carrés (m2). Une partie de la parcelle doit être préservée pour des cultures, promet la Ville.

Durant la campagne des élections municipales 2026, le collectif formé par des riverain·es «Préservons la Cité bergère» avait interpellé les candidat·es en leur proposant de signer un engagement pour annuler ce programme immobilier. Le candidat Delafosse n’avait pas paraphé.

Mars 2026, Montpellier. Pendant la campagne municipale, des habitant·es des Beaux-Arts avaient interpellé les candidat·es sur l’avenir de la Cité bergère. © collectif Préservons la Cité bergère

«Nous nous battons contre des aménagements qui nous semblent privilégier les intérêts privés au détriment des habitants, sans considérations sociales ou écologiques, explique Lucie Mendes, membre du collectif. Le quartier est en train de se gentrifier, mais il y a aussi des logements sociaux, et nous dénonçons une absence de concertation avec les riverains. Ce qui se fait sans nous se fait contre nous.»

Le collectif, qui a lancé une pétition (26 000 signatures), espère encore une marche arrière. «Nous sommes ici dans un quartier qui a une longue tradition agricole et alimentaire, reprend Lucie Mendes. Nous sortons d’un été caniculaire, qui s’est prolongé, et nous pensons qu’il y a d’autres pistes que le tout-béton.»

Et d’imaginer, sur cette enclave agricole au milieu des habitations, de petits immeubles et autres maisons de ville, une ferme urbaine ou une Maison de l’alimentation solidaire (MAS). Il existe déjà une MAS, au nord de Montpellier, L’Esperluette, un café-épicerie solidaire et durable porté par la Ville.

Du côté de la mairie, on estime avoir déjà obtenu des avancées : «Il s’agit d’un projet privé. Le nouveau PLUi [Plan local d’urbanisme intercommunal, NDLR] a réduit la surface constructible à 20% de la parcelle, alors qu’auparavant toute la parcelle était concernée. Le reste du terrain restera dans sa configuration actuelle, le propriétaire nous l’a assuré.»

Dans le cadre du nouveau PLUiC [Plan local d’urbanisme intercommunal climat, NDLR], la Ville avait mis en place une concertation en ligne au sujet de l’avenir de la Cité bergère. «Aucune remarques ne sont remontées», rappelle la collectivité à Vert. Le collectif rétorque : «L’échelle de la ville permet la concertation participative, basée sur des échanges, et non pas de façon numérique.» Selon ses calculs, la surface de maraîchage passerait de 4 400 à 1 800 m2 de terres cultivées.

Alors que la température moyenne estivale a dépassé les normales de saison de 3,5 degrés Celsius (°C) dans l’Hérault, les membres du collectif soulignent la nécessité de conserver des îlots de fraîcheur.

«Une vision inaboutie de l’écologie»

Tamaris Fürstenheim, avocate du collectif, y voit une provocation. Elle évoque «une opération de greenwashing» de la part des élu·es : «Montpellier a pris des engagements internationaux pour être la ville de l’agriculture urbaine ; le PLUiC prend comme axe fort la préservation des constructions et la prévention des risques, notamment du risque inondation. Malgré tout, on a de nouveau un permis qui est délivré avec des risques reconnus au sujet de certaines parties du bâtiment qui seront inondables.»

Et d’ajouter : «Quand on reproche à la mairie d’avoir sacrifié cette dernière parcelle agricole, on nous répond qu’on a gardé une partie “en espace vert” ; un espace vert, ce n’est pas la même chose qu’un terrain agricole. Ça peut être un parc, un parc à chiens, un jardinet pour une résidence… Il y a une vision tout à fait inaboutie de l’écologie.»

Le collectif a attaqué le permis de construire en raison de plusieurs possibles irrégularités, citées par l’avocate : «la localisation en zone inondable ; la présence d’un pin protégé au titre d’un espace boisé classé ; et l’avis défavorable de l’Architecte des bâtiments de France.»

Une autre lutte contre la grande distribution

Ce combat n’est pas le seul mené dans le quartier. L’association Beaux-Arts Pierre Rouge est également sur le qui-vive. Cette fois, l’objet des inquiétudes concerne un bâtiment d’environ 800 mètres carrés à proximité de la place principale et de ses commerces de bouche. Les riverain·es redoutent l’installation d’une enseigne de grande distribution.

Cette ancienne salle de sport et de danse est un lieu caractéristique du quartier des Beaux-Arts. Elle a fermé en 2021 à cause de difficultés engendrées par la crise sanitaire. Depuis, plusieurs projets ont été proposés et étudiés, sans jamais aboutir. Le bâtiment aux murs tagués est actuellement fermé.

De g. à d., les représentant·es des collectifs et associations mobilisés : Tamaris Fürstenheim, avocate ; Thomas Champigny, de l’association Beaux-Arts Pierre Rouge ; Lucie Menes, du collectif Préservons la Cité bergère ; Tony Chavard, de l’association Les Vrais amis du Père Prévost ; Julia Mignacca, élue d’opposition. © Agathe Beaudouin/Vert

«On nous parle d’un Monoprix ; nous nous interrogeons. Il y a des grandes surfaces et des supermarchés utiles – nous ne sommes pas contre systématiquement –, mais notre quartier s’organise autour de 30 petits commerces, explique Thomas Champigny, membre de l’association. Pourquoi venir casser cette dynamique ? La piétonnisation du quartier est en cours : si une grande surface s’installait, qu’en serait-il de l’approvisionnement ?»

Une réflexion que partage l’élue d’opposition Julia Mignacca (groupe La France insoumise et Verts Populaires Montpellier) : «Ce bâtiment est emblématique du quartier. Il y a un enjeu à savoir ce que l’on en fait avec les habitants. Il y a une opportunité incroyable : la Métropole a des outils pour mener une médiation entre les propriétaires et les habitants.»

Sollicitée, la municipalité souligne là encore «l’aspect privé» du projet et assure rester «vigilante quant à l’impact sur l’écosysteme commercial». «Cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir à un futur désirable, ensemble, relève Lucie Mendes qui, comme beaucoup, n’envisage pas de baisser les bras. Est-ce qu’on veut un quartier où les températures explosent ? Un quartier vendu à la spéculation immobilière ? Un quartier qui perd son âme méditerranéenne, avec sa place centrale et son ambiance de village ?»

Le quartier des Beaux-Arts n’en est pas à sa première lutte citoyenne. Entre 2011 et 2014, le stade du Père Prévost a été au centre d’une forte protestation. Le plus ancien stade de la ville était alors voué à se transformer, avec la construction de 300 logements portée par le promoteur Pragma. «On a d’abord eu le sentiment de se battre contre plus gros que nous, c’était David contre Goliath mais, au final, nos actions ont porté leurs fruits», se souvient Tony Chavard, riverain et membre de l’association Les Vrais Amis du Père Prévost.

Après trois années d’actions, l’association avait obtenu la sauvegarde du site par le maire Philippe Saurel (Parti socialiste), qui avait finalement renoncé au projet immobilier. Aujourd’hui, en semaine et les week-ends, le terrain est aussi bien utilisé par les clubs sportifs que par les associations du quartier.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

Chez Vert, l’écologie est à la Une tous les jours et pas seulement quand il fait chaud.

Climat, biodiversité, santé et désinformation : vous pouvez compter sur nous pour rafraîchir la mémoire de tout le monde quand viendront les élections. On n’y arrivera qu’avec vous !

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