
C’est une première. L’Union européenne (UE) était déjà dotée d’une stratégie contraignante pour limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère de ses pays membres. Il lui manquait un plan pour s’adapter au changement climatique.
Pour y remédier, la Commission européenne a présenté un «cadre pour la résilience», mardi. L’exécutif a proposé un règlement qui imposerait aux États d’avoir leur propre plan d’adaptation d’ici le 31 décembre 2030. Ces trajectoires et les progrès effectués seraient alors vérifiés par une autorité européenne choisie par les pays membres.
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D’après une communication de la Commission, l’institution s’engage à présenter un plan d’adaptation à l’échelle du continent d’ici un an. Elle définit pour la première fois un objectif commun d’adaptation à un réchauffement de 2 degrés Celsius (°C) en 2050 et 3°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900).
Un premier cadre commun, mais peu de mesures concrètes
Ces plans doivent regrouper les mesures à l’échelle nationale qui garantissent la sécurité alimentaire, luttent contre les inondations, organisent la rénovation des bâtiments ou encore assurent l’adaptation de l’aménagement du territoire au climat futur. Devront y figurer les investissements prévus et les financements pour y parvenir.
«Ça reste une avancée, mais beaucoup moins ambitieuse que ce qu’on aurait pu imaginer ; c’est une occasion ratée de protéger l’Europe du changement climatique», regrette Robin Elh, chargé de plaidoyer climat pour l’ONG Oxfam.
Le contenu de ce plan reste flou face à l’urgence d’agir. «On espérait des solutions concrètes, déplore Robin Elh. Les organisations syndicales demandent par exemple une mesure pour protéger les travailleurs en temps de canicule, qui interdirait les activités les plus à risques et imposerait plus de pauses à partir d’un niveau de vigilance commun ; la Commission aurait aussi pu annoncer une norme européenne commune pour empêcher de construire une maison sans isolation efficace.» Autant d’initiatives qui n’apparaissent pas dans le texte.
L’obligation de recourir aux solutions fondées sur la nature
Si le règlement propose davantage un cadre commun et des lignes directrices que des solutions concrètes, il contient néanmoins de premières obligations. Les membres de l’UE seront ainsi contraints d’instaurer des solutions fondées sur la nature. Ces pratiques visent à restaurer des écosystèmes ou à s’inspirer des processus naturels pour s’adapter. Cela peut consister à désimperméabiliser les villes ou à restaurer des dunes contre l’érosion des côtes.
Cette règle représente «un signal politique bienvenu», selon Gaëlle Haut, coordinatrice Affaires européennes de l’ONG de protection des océans Surfrider. «Rien ne garantit que ces solutions seront privilégiées par rapport à d’autres options», souligne-t-elle. Selon l’experte, il faudrait «rendre obligatoire le recours systématique à des solutions fondées sur la nature et renforcer l’ambition de la proposition de loi européenne».
Pas de dépenses supplémentaires pour l’adaptation
Pour financer les trajectoires d’adaptation : pas non plus de dotation spécifique. Les dépenses devront être intégrées au budget 2028-2032 de l’Union européenne, en cours de discussion, précise le média Contexte. 35% de ce budget sera destiné au climat et à la biodiversité. La Commission a laissé de côté l’idée d’un fonds dédié à l’adaptation, financé grâce à une taxe sur les bénéfices du secteur pétrolier et gazier. Ce projet était pourtant soutenu par l’Espagne, la gauche au Parlement et la vice-présidente de la Commission, la socialiste espagnole Teresa Ribera.
Pour Christophe Clergeau, vice-président du groupe Socialists & Democrats (gauche), «les plans, à eux seuls, ne suffiront pas à protéger les populations. Nous avons besoin d’outils financiers pour les mettre en œuvre, et les collectivités locales et régionales doivent disposer des ressources et du soutien nécessaires pour agir.» Il reconnaît malgré tout que «cette première loi européenne sur la résilience climatique constitue un pas en avant important».
Le texte doit encore être examiné par le Parlement européen, puis par le Conseil de l’Europe, avant d’être entériné. L’occasion pour les député·es d’ajouter des mesures plus ambitieuses. Le processus pourrait durer encore deux ans. «Le problème, c’est que les catastrophes climatiques sont déjà là, on l’a vu cet été, souligne Robin Elh. C’est du temps gaspillé.»










