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«Si ça se passe mal, il faudra monter à Paris» : les syndicats agricoles font monter la pression avant leur rendez-vous à Matignon

Le foin levé. Dans une lettre ouverte publiée ce week-end, le gouvernement a tenté de calmer le jeu avant deux jours de rendez-vous avec des syndicats agricoles, les 5 et 6 janvier 2026. En vain : plusieurs d’entre eux appellent déjà à de nouvelles mobilisations.
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Pour Sébastien Lecornu, nouvelle année ne rime pas avec table rase du passé. En cette rentrée, le premier ministre doit faire face aux problématiques irrésolues de 2025, et notamment à la contestation agricole, après une relative trêve pendant les fêtes. Le premier ministre recevra les Jeunes agriculteurs (JA) ce lundi à 15 heures, puis la Coordination rurale (CR) à 18 heures, avant de s’entretenir mardi à 17h30 avec la puissante FNSEA, puis avec la Confédération paysanne.

Les sujets de préoccupation sont nombreux : la crise sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui frappe les éleveur·ses bovins ; le faible cours du blé et le prix élevé des engrais qui altèrent le revenu des céréalier·es ; ainsi que la menace d’une concurrence accrue venue des pays latino-américains, avec la signature probable du traité du Mercosur le 12 janvier.

Sébastien Lecornu à l’Assemblée nationale, le 22 octobre 2025. © Alain Jocard/AFP

À la veille de deux jours de rendez-vous avec les syndicats de ce monde agricole en colère, le gouvernement a tenté ce week-end de déminer le terrain. Vendredi, Sébastien Lecornu a promis d’annoncer «de nombreuses mesures» en faveur des agriculteur·ices «tout au long du mois de janvier». Dimanche, il en a présenté quelques-unes dans une «lettre ouverte» relayée par plusieurs médias, dans laquelle il assure vouloir «dire les choses clairement» et «tirer les conséquences» du sentiment «d’injustice» ressenti par les paysan·nes.

Suspension d’importations de denrées d’Amérique du Sud, maintien du budget de la PAC… Pour l’heure, il n’est pas parvenu à les convaincre : le premier syndicat agricole, la FNSEA, a appelé dimanche soir «à une mobilisation nationale», sans attendre l’issue de son entrevue à Matignon mardi après-midi. Ce lundi matin, sur France info, le président de la Coordination rurale Bertrand Venteau a affirmé qu’un barrage pourrait être organisé avec des tracteurs dans la journée sur l’autoroute A7, près de Lyon. Et d’ajouter que «des convois pacifiques s’organis[aient] pour monter sur la capitale», en vue d’un rassemblement jeudi à Paris.

Fin de l’importation de produits contenant des pesticides interdits

Dans son courrier, Sébastien Lecornu a pourtant promis d’entrer dans une «phase plus ferme, plus offensive», notamment vis-à-vis de l’Union européenne, avec une «boussole» : «mettre fin aux deux poids deux mesures». Il a appelé l’Union européenne à «amplifier rapidement» ses contrôles aux frontières pour tous les produits qui «ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires» de l’Union. «Dans cette attente, nous assumons d’agir dès maintenant», souligne le premier ministre.

Sébastien Lecornu et la ministre de l’agriculture Annie Genevard ont indiqué dimanche qu’ils prendraient mardi un arrêté pour suspendre l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de cinq fongicides et herbicides interdits en Europe. Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes «d’Amérique du Sud ou d’ailleurs», mais aussi melons, cerises, fraises ou pommes de terre ne pourront plus entrer en France ni être commercialisés, ont listé les ministres sur X.

Actuellement, si «l’UE interdit certaines substances pour nos producteurs», elle fixe pour les importations «des limites maximales acceptables de résidus», que la France juge «trop élevées», explique le ministère de l’agriculture.

Le budget de la PAC «ne baissera pas»

«Il n’est plus acceptable que l’on tolère la présence de substances interdites en France dans les produits importés qui entrent sur notre marché : c’est une concurrence déloyale, une injustice économique et un problème pour la santé de nos consommateurs», a souligné le premier ministre, promettant des contrôles «massivement renforcés, aux frontières et sur le territoire».

Pour Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne, cette annonce est en demi-teinte : «C’est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas oublier que cette mesure sert à faire avaler la pilule du Mercosur.» Face à cet accord commercial – qui risque de provoquer une distorsion de concurrence face à des salarié·es agricoles payé·es «à peine un euro de l’heure», selon lui la priorité serait plutôt «de réguler le marché pour avoir un prix minimum rémunérateur». «Tout le reste, conclut-il, ne sera que des pansements.»

Pour l’heure, cette mesure doit encore recevoir le feu vert de la Commission européenne, qu’Annie Genevard espère obtenir mercredi à Bruxelles.

Le premier ministre promet en outre que «le budget de la PAC», la politique agricole commune, qui doit bientôt être renégocié, «ne baissera pas […] : il n’y aura donc pas un centime de moins pour le revenu agricole». «Quant aux accords commerciaux, ils seront combattus à chaque fois qu’ils seront déséquilibrés», ajoute-t-il, en référence au traité UE-Mercosur.

«Une absence de vision mortifère»

Sur un autre thème sensible pour les agriculteur·ices, l’accès et la gestion de l’eau, le premier ministre assure avoir «donné instruction aux préfets de recenser tous les projets locaux, à taille humaine, aujourd’hui bloqués ou ralentis», et indique tripler la dotation d’un fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles – notamment aux mégabassines. «Je ne vous demande pas de croire à des mots : je vous demande de regarder les actes», exhorte encore Sébastien Lecornu dans son courrier.

La FNSEA juge qu’aucune de ces annonces «ne permet d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs» et dénonce une «absence de vision […] mortifère». Le syndicat réclame «une loi d’exception agricole» qui permettrait aux agriculteur·ices d’être exempté·es de certains «verrous réglementaires», notamment pour «relancer la production» agricole et pour «mettre fin aux contrôles absurdes».

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