72% des Français·es considèrent que l’eau doit être une priorité dans les politiques municipales, selon le dernier baromètre Kantar/CIEau. Alors que les micropolluants sont de plus en plus médiatisés – PFAS, CVM et pesticides, pour ne citer qu’eux –, ils pourraient se frayer un chemin sur certains programmes lors des élections municipales de mars 2026. À deux mois du scrutin, Vert s’est penché sur les mesures concrètes dont peuvent s’emparer les candidat·es, avec des conseils d’expert·es et des exemples.
Dans le Rhône, Brignais montre l’exemple face aux PFAS
«Votre article et la chronique sur France inter ont dû donner une certaine audience à nos actions», savoure Jean-Philippe Gillet, adjoint en charge de la transition écologique de Brignais, dans le Rhône, et «monsieur PFAS» de cette commune d’environ 12 000 âmes. En octobre dernier, il a reçu pendant deux jours la visite d’une commission parlementaire de la Chambre des communes du Royaume-Uni. Il explique : «Eux aussi sont confrontés aux PFAS», ces polluants ultra-persistants dans l’environnement, présentant des risques pour la santé.
En mai dernier, nous vous racontions comment la ville protège sa population, depuis la découverte d’une contamination d’ampleur aux «polluants éternels» dans ce secteur proche des usines chimiques Arkema et Daikin. En ce début d’année 2026, les quatre filtres à eau anti-PFAS, reliés aux fontaines des cantines scolaires de Brignais, fonctionnent toujours. Après filtration, l’eau ne contient plus que 2,2 nanogrammes par litre (ng/l) de PFAS, quand la limite de qualité est fixée à 100 ng/l. Au total, l’opération aura coûté 12 600 euros à la commune.

Autre dépense, plus récente : la municipalité a investi environ 4 000 euros pour lancer l’étude d’imprégnation aux PFAS nommée «IMPACT», et pour y participer. 500 habitant·es d’un territoire comprenant 150 communes entre le Rhône, l’Isère et l’Ardèche seront invité·es à réaliser une prise de sang afin de mesurer la concentration en PFAS. «Cela va nous donner des billes pour l’action juridique en cours», espère Jean-Philippe Gillet, à propos de la plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui déposée fin 2023 par une quarantaine de communes et d’associations, dont Brignais. Celle-ci a donné lieu à des perquisitions chez Arkema et Daikin en avril 2024.
Enfin, la coopération avec les communes voisines continue de porter ses fruits, «pour les choses qui dépassent notre périmètre communal», précise l’élu. Deux des six lignes de production sont désormais équipées de filtres à charbon actif fonctionnels sur l’usine de traitement Rhône-Sud, qui produit l’eau du champ captant de Ternay. Ce dernier fournit 20% de l’eau potable de Brignais et dépassait régulièrement la limite de qualité (134 ng/l en octobre 2025, contre 74ng/l en novembre, depuis la mise en service des filtres).
Contre le CVM, des milliers de communes doivent s’armer de patience et jouer la transparence
En mai dernier, Vert se penchait, dans une enquête en trois volets, sur le chlorure de vinyle monomère (CVM). Ce gaz cancérogène, présent dans certaines canalisations vieillissantes en PVC, peut contaminer l’eau qui sort du robinet. Plus de 5 500 communes avaient été concernées par au moins un dépassement des taux de CVM autorisés au moment de la publication de notre carte interactive. Ce sont surtout les habitations rurales, situées en fin de réseau, qui sont touchées. Pas facile donc, pour un·e élu·e d’une petite commune, d’agir contre ce poison bien connu des agences régionales de santé, mais moins du grand public.
Fin octobre, deux associations ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Nantes afin d’enjoindre à l’État de mieux détecter les contaminations de l’eau au CVM. Gabrièle Gien, avocate en droit de l’environnement, alerte auprès de Vert : «Des tronçons contaminés doivent encore être identifiés.» Et une fois que ce sera le cas ? «La première chose à faire pour une commune qui s’aperçoit qu’il y a des points de contamination au CVM, c’est d’informer les habitants concernés avec l’envoi d’un courrier pour détection de non-conformité», précise-t-elle.

Ensuite, une procédure qui peut prendre plusieurs années s’enclenche. À Vaunoise, dans l’Orne, dix ans se sont écoulés entre la première alerte de la maire et les travaux (notre reportage). Pour cause : la seule manière de se débarrasser définitivement du CVM est de remplacer les canalisations défectueuses. Or, en changer un kilomètre coûte entre 50 000 et 200 000 euros. «Il faut essayer d’obtenir des subventions auprès des Agences de l’eau, par exemple, qui ont des fonds dédiés», explique Gabrièle Gien. En attendant la réalisation des travaux, un·e édile peut demander à son syndicat des eaux d’effectuer des purges pour que le gaz s’échappe temporairement, ou distribuer de l’eau en bouteille. À Saint-Martin-le-Bouillant, dans le sud-Manche, une vingtaine de foyers sont approvisionnés en bouteilles d’eau depuis juillet 2022, rapporte ICI. «Même si c’est long, on peut faire les choses de manière transparente, en protégeant la santé des populations», insiste l’avocate.
De la Bretagne aux Hauts-de-Seine, les arrêtés anti-pesticides n’ont pas été vains
Souvenez-vous : en mai 2019, une commune rurale bretonne, Langouët (Ille-et-Vilaine), faisait l’actualité. Le maire de l’époque, Daniel Cueff, avait pris un arrêté municipal afin d’interdire l’usage de produits phytosanitaires à moins de 150 mètres d’un bâtiment. Quelques jours plus tard, le maire de Sceaux (Hauts-de-Seine) a interdit l’utilisation du glyphosate et d’autres substances chimiques sur le territoire de sa commune. Plusieurs fois, la justice a rappelé que les maires n’ont pas la compétence pour réglementer les pesticides sur leur territoire.
À l’époque, ces produits étaient encore autorisés dans les jardins des copropriétés ou des parcs privés. «Même si tous les arrêtés ont fini par être retoqués, ils ont participé à une prise de conscience», estime Florence Presson, présidente du collectif des maires anti-pesticides et adjointe au maire de Sceaux. En 2022, la loi Labbé II a interdit les pesticides dans ces espaces verts. La même année, la SNCF, alors plus grande utilisatrice de glyphosate en France, a abandonné l’herbicide pour désherber les voies.
Par ailleurs, des zones de non-traitement (ZNT) autour des lieux accueillant des publics sensibles ont fait leur apparition. Cela étant, leur efficacité et leur pertinence sont largement contestées, rappelle Le Monde. Dans ses recommandations pour les élections municipales 2026, l’ONG anti-pesticides Générations futures propose aux maires, à défaut d’avoir la compétence juridique pour imposer des ZNT étendues, de «faire dialoguer riverains et agriculteurs afin d’étendre ces zones pour réconcilier activités agricoles et riverains de ces exploitations qui seraient exposés».
Protéger sa ressource en eau par le bio, le travail de longue haleine de Lons-le-Saunier, dans le Jura
Depuis plus de trente ans, la commune de Lons-le-Saunier (Jura) prend soin du captage de Villevieux, stratégique pour la production d’eau potable de son agglomération. Une soixantaine d’exploitations agricoles se trouve sur l’aire d’alimentation du captage (AAC), exploité en régie directe. «Cela a commencé avec des conventions entre la ville et les agriculteurs pour éviter le désherbage de printemps et limiter les maïs, sur une zone pas énorme à l’époque», 220 hectares, retrace Jean-Yves Bailly, actuel vice-président en charge de l’eau de l’Espace communautaire Lons Agglomération (ECLA).
À partir des années 2000, la collectivité a tenté d’inciter les agriculteur·ices à maintenir ou développer une production bio, en leur proposant des débouchés. Le but ? «Nous assurer une eau potable de qualité et, à eux, une production économiquement viable», explique l’élu à la sensibilité de gauche. La cantine municipale devient d’abord preneuse de blé tendre pour le pain, puis de viande issue de vaches montbéliardes réformées pour les steaks. Ou encore, depuis deux ans, de blé dur pour les pâtes. Grâce à des appels à projets, de l’accompagnement technique et des essais sur de petites surfaces, «on met de l’huile dans les engrenages», glisse Jean-Yves Bailly, pour qui «la préservation de l’eau et de l’environnement n’est pas forcément en opposition avec la valorisation de l’agriculture».

En parallèle de ce travail préventif d’animation agricole, que l’on a pu observer aussi près de Lyon (notre reportage), Lons-le-Saunier utilise les outils fonciers à sa disposition. «On compte développer des obligations réelles environnementales [ORE, NDLR] sur la surface agricole utile de l’AAC», soit 3 200 hectares (ha), précise Bérengère Thill, chargée de mission Eau à l’ECLA.
Ces ORE permettent à un propriétaire et à son cocontractant (une collectivité publique, par exemple) de contractualiser des obligations de faire ou ne pas faire, en vue de protéger l’environnement. Sur 140 ha qu’elle possède, la régie va déployer cette fois des baux ruraux à clauses environnementales (BRE).
Enfin, la collectivité souhaite aussi utiliser son droit de préemption sur le secteur le plus sensible de l’AAC du captage de Villevieux, soit environ 1 300 hectares, ce qui permettrait de protéger plus fermement cette zone en cas de dégradation de la qualité de l’eau. Un outil bien utile dans un secteur où la pression foncière est forte, notamment en raison de la présence de l’AOC Comté.
À lire aussi
-
Municipales 2026 : éducation, environnement, urbanisme… quels sont les pouvoirs des communes ?
Ça vous écharpe ? À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars prochains, vous vous demandez peut-être quel est le rôle d’une commune ? Sur quoi peut-elle agir ? Vert remet la mairie au milieu du village. -
Municipales 2026 : de Strasbourg à Angoulême, les paniers bios gratuits pour les femmes enceintes, «c’est l’expression de l’écologie positive»
De bios bébés. Mises en place par la mairie de Strasbourg en 2022, les ordonnances vertes qui donnent accès aux femmes enceintes à des paniers bios gratuits essaiment en France. Des métropoles aux communes rurales, ce dispositif peu coûteux convainc au-delà des clivages partisans.