En ce début d’année 2026, l’espace médiatique français est saturé d’insanités, proférées pour la plupart par le président étasunien Donald Trump. Folies impérialistes, saillies racistes, fake news climatosceptiques : «Il y a de quoi faire tous les jours, tout le journal sur Donald Trump !», s’exclame Jean-Marc Four, directeur de Radio France internationale (RFI), station plutôt discrète en France, qui rayonne dans le monde entier.
Pourtant, «c’est un piège typique», prévient celui qui a pris les commandes de l’antenne publique (elle fait partie du groupe France médias monde) en 2023. «Le temps qu’on passe à parler de ces folies est perdu pour autre chose. Il y a des enjeux qui sont bien plus structurels sur lesquels on veut garder le cap», défend-il.
«C’est plus important que du simple journalisme»
À RFI, l’enjeu structurel «par excellence», selon Jean-Marc Four, c’est l’état de la planète. Au classement des médias audiovisuels français qui parlent le plus d’environnement, la station caracole en tête. L’édition en langue française y a consacré entre 9 et 18% de ses journaux d’information (de 10 minutes, toutes les heures) ces douze derniers mois, selon l’Observatoire des médias sur l’écologie.
La moyenne s’établit à 5% pour les 18 autres médias étudiés. Grâce à son empreinte internationale, l’antenne visibilise des enjeux peu traités ailleurs, tels que les impacts de l’extractivisme pour fabriquer nos appareils numériques. Elle apporte aussi de la nuance, en abordant le braconnage comme moyen de survie ou la volonté de se développer des pays qui exploitent leurs ressources fossiles.

«Ce qui est encore plus important, c’est de ne pas dire de conneries», insiste le directeur, fier de souligner que RFI est le seul média – avec M6 – qui n’a pas commis de «mésinformation climatique» en 2025, selon le terme employé par l’ONG QuotaClimat. Les éditions en 15 autres langues ne sont pas en reste : «Pour l’édition en peuhl [une langue parlée en Afrique de l’Ouest, NDLR], il a fallu inventer des mots qui n’existaient pas, comme “recyclage”, raconte-t-il encore. Faire ça, c’est plus important que du simple journalisme.»
Alors que l’écologie est, depuis plusieurs mois, malmenée sur les antennes, y compris sur celles du service public, «chez nous, il n’y a pas de backlash», ce fameux retour de bâton, assure Simon Rozé, chef du service environnement-climat de RFI. «On a un peu l’impression d’être le village d’Astérix», estime de son côté Anne-Cécile Bras, animatrice de l’émission environnement «C’est pas du vent», diffusée trois jours par semaine. Aux manettes de ce rendez-vous écolo depuis 2009, elle se sait soutenue par la direction. À France inter, son alter ego Mathieu Vidard, qui anime «La Terre au carré», ne peut pas en dire autant.
100% de journalistes formés en 2028
«Les choses sont désormais structurées dans la chaîne pour qu’une place importante soit accordée aux sujets climat», souligne Jean-Marc Four. Depuis fin 2021, Simon Rozé et une green team de journalistes motivé·es ont obtenu la nomination de référent·es environnement (des personnes qui s’engagent à davantage suivre ces sujets) dans toutes les rubriques et toutes les rédactions de la station.
Le premier service environnement-climat de RFI est né en 2024 et ses dix journalistes sont issu·es d’autres rubriques et rédactions de la chaîne (française, espagnole, chinoise). «C’est la seule équipe aussi transversale, car c’est le seul enjeu véritablement global», justifie le directeur de RFI.
Pour Simon Rozé, la principale avancée est que «les journalistes du service participent aux conférences de rédaction [au cours desquelles le contenu du journal est élaboré, NDLR]. C’est ce qui nous manquait pour défendre nos sujets», souligne-t-il. «Le fait qu’on en parle quotidiennement a eu pour effet d’acculturer les autres services», se félicite-t-il.
Enfin, «si l’encadrement s’en fout, inutile d’avoir des journalistes intéressés», comme l’expliquait la prédécesseure de Jean-Marc Four, Cécile Mégie. Dès 2022, une trentaine de personnes de la direction a suivi une formation de deux jours aux enjeux climatiques et environnementaux*. L’antenne aspire à former 100% de ses 477 journalistes et 400 correspondant·es d’ici 2028.
Quel résultat côté audiences ? «Quand on fait des enquêtes sur ce qu’attendent les auditeurs, clairement, ce n’est pas l’environnement qui vient en premier», reconnaît Simon Rozé. «Pour autant, on ne nous sanctionne manifestement pas d’en parler», souligne Anne-Cécile Bras. En 2025, la station a franchi le seuil symbolique des 100 millions de «contacts» par semaine (audiences radio et internet cumulées), contre 84 millions en 2022.
*La formation, proposée par l’organisme Samsa, a été dispensée par Juliette Quef et Loup Espargilière, les fondateur·ices de Vert.
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