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Attaque américaine au Venezuela : pourquoi Donald Trump revendique-t-il les réserves de pétrole du pays ?

Paix troll. Après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, samedi, les États-Unis de Donald Trump affirment vouloir rouvrir le Venezuela aux compagnies pétrolières américaines. Que représente le pétrole vénézuélien ? Pourquoi Donald Trump s'y intéresse-t-il aujourd'hui ? Son plan est-il réaliste ? Vert fait le tour de ces questions.
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Que représente le pétrole vénézuélien ?

Le Venezuela dispose aujourd’hui des plus importantes réserves d’or noir au monde, avec plus de 303 milliards de barils, loin devant l’Arabie saoudite et l’Iran, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

Mais la production y est très faible, «environ un million de barils par jour», selon l’analyste américain Peter McNally, du cabinet Third Bridge, soit environ 1% seulement de l’offre mondiale de pétrole brut. En cause, «la négligence, la médiocrité des infrastructures, le sous-investissement et la corruption» qui ont fait s’effondrer la capacité d’exploitation. Depuis 2019, l’embargo américain sur le pétrole vénézuélien contraint le pays à vendre ses barils à prix cassé sur le marché noir, principalement à la Chine et à Cuba.

Pourquoi Trump revendique-t-il l’accès au pétrole vénézuélien ?

Exploité depuis le début des années 1910, le pétrole vénézuélien a longtemps été «pour ainsi dire donné» aux majors étrangères, comme l’explique l’économiste français Gabriel Zucman dans un récent article. Dès le départ, «le dictateur Juan Vicente Gomez accorde des concessions extraordinairement généreuses aux multinationales américaines et britanniques, qui y développent rapidement la production», détaille-t-il. Ce partage de la rente pétrolière, «qu’on peut difficilement imaginer plus injuste et inégalitaire», représente pour Donald Trump un «âge d’or» auquel il souhaite revenir aujourd’hui.

À partir des années 1960, les gouvernements vénézuéliens successifs ont rétabli peu à peu des conditions financières plus équilibrées, jusqu’à la nationalisation des ressources pétrolières vénézuéliennes en 1976. En 2007, le président de gauche Hugo Chávez a imposé que l’État devienne actionnaire majoritaire de toutes les entreprises présentes dans le pays, provoquant le départ d’ExxonMobil et de ConocoPhillips. Une partie du pétrole vénézuélien continue toutefois d’être produite par le groupe américain Chevron.

Le président Donald Trump lors d’une conférence de presse à Palm Beach (États-Unis), aux côtés du directeur de la CIA John Ratcliffe (à gauche) et du secrétaire d’État Marco Rubio (à droite), le 3 janvier. © Molly Riley/Maison-Blanche/Getty images via AFP

50 ans plus tard, l’administration Trump parle de ce processus comme d’un «vol». «Le pétrole volé doit être restitué aux États-Unis», estime ainsi son secrétaire d’État Marco Rubio. Comment ? «Nos très grandes compagnies pétrolières américaines vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays», s’est félicité le président américain samedi lors d’une conférence de presse. «Il y a beaucoup d’argent à tirer de ce sol», a-t-il ajouté, affirmant que les États-Unis seraient rapidement «remboursés pour tout» l’argent «dépensé» dans le pays.

Le plan de Trump est-il réaliste ?

«Toute reprise de la production nécessiterait des investissements considérables, compte tenu de l’état de délabrement des infrastructures», affirme à l’Agence France-Presse (AFP) Giovanni Staunovo, analyste spécialisé en matières premières au cabinet suisse UBS. Or, investir aujourd’hui est peu intéressant car les cours de l’or noir sont plombés par un surplus d’offre et ont reculé en 2025.

«Les grandes compagnies pétrolières américaines ont pour principale responsabilité de rendre des comptes à leurs actionnaires, et non au gouvernement. Dans cette optique, je doute que nous assistions à un regain d’intérêt pour le Venezuela dans un avenir proche», affirme Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank, interrogé par l’AFP.

D’un point de vue climatique, l’exploitation des immenses réserves de pétrole du Venezuela serait mortifère. Pour rappel, l’Agence internationale de l’énergie a appelé dès 2021 à cesser immédiatement tout nouveau projet pétrogazier si l’on souhaite atteindre la neutralité carbone, c’est-à-dire l’équilibre entre le dioxyde de carbone (CO2) émis par les activités humaines et son absorption par les écosystèmes, en 2050 (notre article). Une conclusion partagée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) lors de son dernier rapport, publié en 2022 (notre article).

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