Quel est le point commun entre Sud Radio, Pascal Praud, Le Figaro Magazine ou L’Association des climato-réalistes ? Tous sont des acteurs du déni climatique. Ils diffusent des narratifs contraires au consensus scientifique sur le réchauffement du climat. Les conclusions sont pourtant limpides : il y a un réchauffement mondial et il est causé «sans équivoque» par les activités humaines.
Dans une grande cartographie, consultable en ligne, le journaliste indépendant Jules Xenard a répertorié 140 personnes, médias ou associations qui nient ou minimisent cette réalité.

Il voit dans cette ressource «une banque d’informations qui peut être utile pour se repérer dans le paysage audiovisuel» et désamorcer les discours mensongers.
Comment fonctionne la carte ?
L’outil permet de repérer les «habitués du climatodénialisme, pour les personnes qui ne sont pas fines connaisseuses du sujet quand elles entendent un discours étrange», explique-t-il à Vert. Il peut aussi servir «à comprendre en quoi les arguments sont fallacieux». Il sera régulièrement actualisé.
Le journaliste de 31 ans, aussi contributeur de l’encyclopédie en ligne Wikipédia depuis une quinzaine d’années, a travaillé pendant six mois sur le projet. Pour chaque entité, il a rédigé une fiche pédagogique qui présente la personne ou l’organisation et décrypte ses positions fallacieuses. Pour hiérarchiser les discours, il s’est appuyé sur une classification mise au point par des chercheur·ses en 2021 (sa méthodologie complète).
La matière a été recueillie en ligne, via des enquêtes de presse déjà publiées, et surtout par de la recherche en source ouverte. «Il s’agissait d’écouter ce que ces personnes disent, de consulter les articles qu’elles publient, leurs interventions médiatiques à la télévision ou à la radio, et de voir comment elles se citent les unes les autres, énumère Jules Xenard. En renseignant tout ça, on comprend quels sont leurs liens, qui est lié avec qui et de quelle manière.»
Une fois ces informations rentrées dans les fiches, les liens entre les entités apparaissent sur la carte. Une couleur est attribuée en fonction de la catégorie dont ces acteurs se rapprochent le plus : extrême droite, complotistes, droite conservatrice et réactionnaire, libéraux et libertariens ou scientifiques. Pour cette dernière catégorie, Jules Xenard précise que ce sont des scientifiques qui, le plus souvent, ne travaillent pas sur les sciences du climat.
«Mon hypothèse de départ était que ces groupes allaient être assez distants. Mais la cartographie montre que ce n’est pas le cas. Toutes ces sphères sont extrêmement liées les unes aux autres», remarque-t-il.
Les mêmes arguments
«Tant qu’ils sont d’accord sur le climatodénialisme, il n’y a pas de sectarisme chez ces acteurs de la désinformation, poursuit le journaliste. Qu’on soit d’extrême droite, de droite classique, complotiste ou militant libéral, on utilise les mêmes arguments et on ne voit pas d’inconvénient à aller sur un plateau avec des personnes d’un autre groupe.»
Sur la carte, on retrouve des médias comme CNews, la chaîne d’information en continu du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, où le philosophe et essayiste Michel Onfray déraille régulièrement sur le climat. Sud Radio est aussi référencée (notre enquête), avec son animateur vedette, André Bercoff, qui invite à l’antenne des figures climatosceptiques comme le physicien retraité François Gervais ou l’essayiste anti-énergies renouvelables Fabien Bouglé.
Si l’on dresse son portrait-robot, le climatodénialiste typique est presque toujours un homme (sur les 78 personnes physiques cartographiées, quatre sont des femmes), souvent âgé de plus de 50, voire 60 ans.
Dernier enseignement : «Les arguments employés par les personnalités climatodénialistes, quelles que soient leur sphère de rattachement ou la période, restent les mêmes», note Jules Xenard. En octobre dernier, une étude des associations QuotaClimat, Data for Good et Science Feedback montrait que seulement 19 narratifs de désinformation climatique étaient à l’origine de 80% des 529 fake news recensées dans les principaux médias audiovisuels français entre janvier et août 2025.
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