Ce sera «l’un des plus grands procès civils d’Europe», promet l’association de juristes Notre Affaire à tous. Jeudi, 192 riverain·es ont assigné en justice Arkema et Daikin, deux industriels de la chimie qui ont, ces dernières années, rejeté de quelques kilos à plusieurs tonnes de PFAS dans l’environnement, au sud de Lyon (Rhône). Quatre lettres qui ont «bouleversé nos vies pour des décennies», accuse Claudie Grizard, membre du collectif de riverain·es PFAS contre terre. Ces molécules, aussi appelées «polluants éternels», sont extrêmement persistantes dans l’environnement et le corps humain, entraînant des risques pour la santé.
Frapper les industriels au porte-monnaie
En aval de la plateforme chimique d’Oullins-Pierre-Bénite (Rhône), l’eau potable est massivement contaminée aux PFAS, utilisés dans les poêles anti-adhésives, les produits de beauté, les vêtements imperméables ou encore les emballages alimentaires.

«On a testé les œufs de nos poules et reçu un courrier comme quoi ils étaient trois fois au-dessus des normes» anti-pollution, témoigne Serge Perrin, un riverain de 71 ans, réuni avec d’autres plaignant·es ce lundi. «On les donnait à nos petits enfants», regrette sa femme, Yvette Bailly, qui se bat contre son deuxième cancer du sein, une maladie qui figure sur la longue liste des pathologies susceptibles d’avoir été provoquées par une exposition aux «polluants éternels», d’après la recherche scientifique.
Les riverain·es réclament plus de 36 millions d’euros aux géants de la chimie, en compensation des préjudices subis : anxiété, problèmes de santé, consommation de fruits et légumes pollués, dépenses liées à l’installation de systèmes de filtration… L’objectif, selon Yvette Bailly, est surtout d’obliger les industriels, «par la contrainte économique», à réduire leur pollution. «Il faut vraiment que les pollueurs payent», renchérit Martine, victime du même cancer.
«Les gens n’osent pas» agir
Fruit d’un an de travail du cabinet d’avocat·es Keizen, cette plainte civile devant le tribunal judiciaire de Lyon rassemble moins de plaignant·es que ce qui avait été annoncé. Confiante à l’origine pour réunir plus de 500 riverain·es, l’avocate Louise Tschanz avoue avoir été un peu trop optimiste. «C’est déjà un travail colossal de réunir 192 personnes, estime-t-elle. L’assistance de protection juridique a aussi été un frein. On a envoyé des centaines de mails individuels pour convaincre chacune des assurances» de financer les frais juridiques.

«Parce qu’ils n’ont pas de problèmes de santé aujourd’hui», certain·es d’entre elles et eux ne se seraient pas senti·es légitimes à franchir le cap, d’après l’avocate. «Le simple fait de vivre dans la zone impactée rend légitime le fait d’agir en justice», assure-t-elle. «Les gens n’osent pas, confirme Serge Perrin, alors que c’est une démarche collective. On a organisé une réunion publique à Saint-Fons [au sud de Lyon, dans le Rhône, NDLR]. Il devait y avoir une trentaine de personnes et, au final, on a été moins de cinq à déposer plainte.»
De nouvelles et nouveaux plaignant·es peuvent s’ajouter à la procédure jusqu’au 1er mars, précise Keizen Avocat. «L’action collective est importante, appuie Claudie Grizard. C’est une façon de ne plus taire notre inquiétude et nos angoisses face à cette pollution invisible.»
Les industriels finiront-ils par mettre la main à la poche ? Aux États-Unis, Arkema a déjà accepté d’offrir 100 millions d’euros à l’État du New Jersey pour dépolluer. «S’ils ont réussi à les contraindre un peu au niveau de la loi, je me dis qu’il n’y a pas de raison qu’on y arrive pas en France», estime Yvette Bailly. Une première audience est attendue cette année.
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