La contamination de notre environnement par les «polluants éternels» – les PFAS, des substances chimiques extrêmement persistantes et toxiques – va coûter cher à l’humanité. Très cher. La Commission européenne l’a confirmé jeudi dans une vaste étude. Selon les scénarios retenus, les coûts engendrés pourraient atteindre entre 330 milliards et 1 700 milliards d’euros d’ici à 2050, pour le seul continent européen.

Derrière ces montants vertigineux se cachent des dépenses liées à la dépollution des sols et de l’eau, mais aussi à la prise en charge médicale des personnes exposées aux PFAS. Si aucune mesure n’est prise pour limiter leur production dans les prochaines années, les émissions de «polluants éternels» dans l’environnement pourraient tripler entre 2020 et 2050, pour atteindre 4,4 millions de tonnes, d’après l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
La Commission européenne estime que près d’un·e Européen·e sur six – soit environ 76,5 millions de personnes – pourrait alors présenter des niveaux de contamination élevés, susceptibles d’entraîner le développement de maladies : cancers, obésité, troubles hormonaux, endométriose, entre autres.
Au-delà de la nécessité de mettre en place des mesures de régulation fortes pour réduire la contamination future, la question centrale, et particulièrement épineuse, reste celle-ci : qui va payer pour les impacts réversibles passés ? Il y a un an, la chercheuse Ali Ling rappelait dans Le Monde qu’il n’y avait «pas assez d’argent sur Terre pour retirer les PFAS de l’environnement aussi vite que nous les y émettons actuellement».
Tu pollues, tu paies
Certaines associations entendent toutefois ouvrir des pistes de réflexion pour mobiliser une partie des fonds nécessaires au chantier colossal de dépollution. Leur réponse : appliquer strictement le «principe pollueur-payeur».
Consacré au niveau européen comme en droit français, il stipule que «les frais résultant des mesures de prévention, de réduction et de lutte contre la pollution doivent être supportés par le pollueur». En d’autres termes : tu pollues, tu paies. Dans le cas des PFAS, «penser une prise en charge financière incluant les acteurs privés à l’origine de ces émissions apparaît essentiel et urgent», estime l’ONG Notre Affaire à tous dans un rapport publié jeudi, jour de la publication des chiffres de la Commission.
Ce document vise à éclairer les autorités françaises sur les leviers financiers mobilisables – un modèle potentiellement extrapolable à l’ensemble de l’Europe. Il a été élaboré en collaboration étroite avec plusieurs ONG : le European environmental bureau, ClientEarth, l’Observatoire du principe pollueur-payeur et le Center for international environmental law. Un deuxième rapport dédié à la généralisation de ce modèle à toute l’Europe a été adressé le même jour à la Commission européenne pour l’éclairer sur la marche à suivre.
Créer un fonds pour lutter contre les PFAS
Concrètement, les défenseur·ses de ce principe en France misent sur la création d’un Fonds national PFAS. Celui-ci permettrait de financer la dépollution des sites contaminés, «en accordant une priorité aux hotspots et [aux] sites […] où la responsabilité de la pollution est trop diffuse». Il aurait également vocation à «indemniser les victimes de préjudices sanitaires dont le lien avec une exposition aux PFAS serait reconnu selon des critères précis».
Pour l’alimenter, plusieurs sources de financement sont envisagées. Une dotation initiale de l’État, qui pourrait être complétée par des contributions de pollueurs identifiés, à la suite d’actions en justice notamment : les amendes et sanctions administratives liées aux infractions environnementales pourraient abonder ce fonds.
Le rapport évoque surtout la mise en place «d’une ou plusieurs redevances» ou taxes sur les PFAS. En France, la loi Thierry adoptée en février 2025 prévoit déjà un tel mécanisme. Elle cible certaines usines, appelées Installations classées pour la protection de l’environnement, ou ICPE. À partir du 1er mars 2026, elles devront s’acquitter de 100 euros par tranche de 100 grammes de PFAS rejetés dans l’eau. La création d’autres redevances comme celle-ci pourrait «créer une forte incitation économique à la réduction de l’utilisation et des émissions de PFAS», estiment les ONG.
Ces pistes ne constituent qu’un point de départ, nuancent-elles : «Ces propositions doivent être comprises comme des bases de discussion, illustrant qu’il est possible […] d’avancer sur la problématique des coûts liés aux PFAS.»
Le principe du «pollueur-payeur» reste le plus juste aux yeux de Flore Berlingen, de l’Observatoire du principe pollueur-payeur. Auprès de Vert, elle confie : «Si nous avions décidé collectivement et démocratiquement de polluer nos milieux aux PFAS, la charge liée à cette dépollution serait collective. Mais ce n’est pas le cas. Seuls quelques industriels ont fait ce choix de les utiliser, et en ont tiré des profits. Il n’y a aucune raison pour que ce soit les collectivités qui en paient le prix.»
À lire aussi
-
Municipales 2026 : PFAS, pesticides, CVM… que peuvent faire les communes face aux polluants ?
Poison frais. À l’approche des élections municipales, Vert explore des solutions concrètes, déjà testées ou appliquées à divers endroits du territoire, pour faire progresser la santé environnementale à l’échelle de sa commune. -
«C’est comparable au scandale des PFAS» : des résidus toxiques de pneus retrouvés en grande quantité dans le lac d’Annecy
Abrase ouvert. Une analyse menée par France Nature Environnement et France 5 révèle que des microparticules et des molécules chimiques entrant dans la composition des pneus sont présentes dans tous les échantillons d’eau et de sédiments puisés dans le lac d’Annecy.