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Des chênes les passions

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🏝️ Presqu’île de la tentation

💄 Gloss Commission

🚘 Marcel Bagnole

🏊🏿‍♀️ Chlore le débat


Ce militant voulait défendre les arbres, il a fini au tribunal.


Il dessinait des ronds sur les arbres pour empêcher leur coupe : le «peintre de Fontainebleau» fait plier l’ONF au tribunal

Forêt parée. Serge Geoffre a été poursuivi par l’Office national des forêts pour avoir recouvert des marques de peinture apposées sur les arbres à abattre. Loin d’être isolée, son action s’inscrit dans la généalogie d’une lutte, vieille de deux siècles, contre l’exploitation de la forêt de Fontainebleau.

La tension finit par refluer. Au tribunal de Fontainebleau (Seine-et-Marne), ce jeudi, Serge Geoffre a été relaxé. L’homme, habituellement prolixe, n’a qu’un silence pour emplir sa bouche bée ; sa fille, venue assister au délibéré, le cueille à la sortie pour le féliciter. Le jury motive son arbitrage : ses actes étant «dénués d’intérêt personnel ou financier», et les poursuites constituant une «ingérence disproportionnée dans l’exercice de [s]a liberté d’expression», décision a été prise de débouter les parties civiles.

Serge Geoffre, devant le tribunal de Fontainebleau, le 16 avril 2026. © Étienne de Metz/Vert

Rembobinons. Depuis plusieurs années, l’Office national des forêts, gestionnaire des bois de Fontainebleau, est à la recherche d’un mystérieux maquilleur. À diverses reprises, les ronds de peinture rouge qui désignent les troncs à abattre ont été recouverts. Parfois de gris, embrouillant le parcours des tronçonneuses. Parfois de bleu, ce même bleu qu’une association locale, les Amis de la forêt de Fontainebleau, utilise pour marquer les arbres remarquables à protéger. Deux tags sont amendés au dossier de l’enquête : «ONF = fric» et «ONF = saccage», sur des barrières et des panneaux forestiers.

Le coupable, qui reconnaît avoir peint une dizaine de ronds bleus – les plaignant·es en ont relevé plus de 3 900 – est finalement identifié grâce à des pièges photos. Ce promeneur en jogging, c’est Serge Geoffre. Au sujet de son action, le père de famille raconte : «J’ai essayé d’informer et de sensibiliser les gens au traitement de la forêt et de ses chênes centenaires par l’ONF. Si on l’écoutait, il faudrait tout raser et replanter des arbres qui satisfont sa logique industrielle.»

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet article d’Étienne de Metz et en apprendre plus sur l’historique de la lutte contre l’exploitation de la forêt de Fontainebleau.

· Jeudi, le syndicat des magasins bio, Synadis Bio, et des filiales de Carrefour et d’Intermarché ont écopé d’amendes de 12,67 millions d’euros pour «entente». Concrètement, pendant sept ans, les magasins spécialisés et les grandes surfaces se sont accordés pour ne pas commercialiser les mêmes marques de produits bio. Cela évitait une comparabilité des prix entre les deux circuits – ce qui aurait pu conduire à leur baisse généralisée – au détriment des magasins spécialisés. - Le Monde (AFP)

· Jeudi encore, le gouvernement a annoncé le remboursement des protections périodiques réutilisables à partir de la rentrée prochaine. Cette mesure, votée il y a trois ans, concernera les femmes de moins de 26 ans, soit 6,7 millions de personnes. L’objectif est de lutter contre la précarité menstruelle alors qu’une femme sur dix utilise des alternatives faute de moyens, selon une étude de l'association Dons solidaires. - France 24 (AFP)

· Mercredi, Mathias Bonneau a reçu le prix du roman d’écologie 2026 pour son livre Bûcheron (Seuil, 2025). Cette récompense distingue chaque année un texte francophone «qui place l’écologie au cœur de son intrigue et dont l’écriture est d’une haute qualité littéraire». Ancien architecte, l’écrivain-bûcheron raconte sa reconversion dans le Tarn de son enfance et questionne sa passion paradoxale pour les arbres, qu’il est pourtant censé abattre. Vert lui a consacré une chronique. - Vert

Mathias Bonneau est le lauréat 2026 du prix du roman d’écologie. © Antoine Berlioz/Hans Lucas via AFP

Le courant océanique qui régule le climat mondial pourrait ralentir de moitié d'ici 2100…
et ce serait désastreux

À la vie, à l’Amoc. L'effondrement de courants océaniques majeurs, comme l'Amoc dans l’Atlantique, fait partie des points de bascule identifiés par la communauté scientifique comme pouvant faire chavirer le climat mondial dans l'inconnu. «En déplaçant la chaleur de l’hémisphère sud vers l’hémisphère nord, l’Amoc participe à l’équilibre de notre climat, en agissant comme un thermostat», détaillait l'océanographe René van Westen dans un entretien à Vert. Une nouvelle étude publiée dans la revue Science Advances par des chercheur·ses de l'université de Bordeaux et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) indique que ce courant majeur pourrait ralentir de 51% d'ici à 2100. Une conclusion «plus grave que ce à quoi on s'attendait», a commenté l’auteur principal, Valentin Portmann. D'autres chercheurs appellent toutefois à la prudence car, à ce stade, la communauté scientifique n'a pas atteint le consensus sur l'état précis de l'Amoc et son évolution.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de ce décryptage d’Anne-Claire Poirier.

Ce schéma montre la circulation des masses d’eau dans le cadre de l’Amoc : la remontée d’eaux chaudes (rouge) vers le nord en surface puis la redescente d’eaux profondes rafraîchies (bleu) vers l'hémisphère sud. © Wikimedia

«Loi Duplomb, le débat confisqué», de Philippe Grandcolas : petit manuel d’autodéfense scientifique sur les pesticides et l’agriculture intensive

À contre-science. Dans ce livre concis et percutant, l'écologue Philippe Grandcolas revient sur l'explosion des attaques contre la science durant les débats sur la loi Duplomb, à l'été 2025. Le chercheur remet à plat les «fausses informations» sur les pesticides, les agences publiques, les bassines…

👉 Cliquez ici pour lire la chronique d’Esteban Grépinet.

«Loi Duplomb, le débat confisqué», Philippe Grandcolas, Éditions du Faubourg, avril 2026, 168 pages, 10 euros.

+ Rémy Calland, Esteban Grépinet, Lilou Hiver, Étienne de Metz, Antoine Poncet et Sanaga ont contribué à ce numéro.