«J’étais hors de moi quand j’ai appris qu’il revenait à la charge», confesse auprès de Vert l’auteur de la pétition contre la nouvelle proposition de loi Duplomb. Ce texte du sénateur (Les Républicains) Laurent Duplomb vise à réintroduire plusieurs néonicotinoïdes – des pesticides dits «tueurs d’abeilles» – interdits en France depuis 2018 (hors dérogation).
Depuis l’été dernier et la loi Duplomb 1, l’élu de Haute-Loire a affiné son texte et demande la réautorisation de ces produits uniquement pour les champs de betteraves, noisettes, pommes et cerises. En août dernier, sa tentative de réintroduction des néonicotinoïdes avait été censurée par le Conseil constitutionnel parce qu’elle contrevenait à la charte de l’environnement. À l’époque, une première pétition contre son texte décrié avait rassemblé plus de deux millions de signatures. Lancée à l’initiative d’une étudiante de 23 ans, Éléonore Pattery, elle a permis d’obtenir un débat sur le sujet qui se tiendra mercredi 11 février à l’Assemblée nationale.

Pour toutes ces raisons, la nouvelle proposition de Laurent Duplomb ne passe pas. «On ne se sent plus écouté», s’indigne Ludovic Lévy. Ce lecteur de Vert a rédigé une nouvelle pétition, «Non c’est non, Monsieur Duplomb», pour rappeler l’opposition d’une large partie de la population à l’utilisation de ces substances nocives pour la santé et la biodiversité.
Le texte qu’il a déposé sur le site de l’Assemblée nationale le 30 janvier a déjà recueilli plus de 52 000 signatures en une semaine. «Les élus ne peuvent pas rester dans le déni de ce que veut la population», s’offusque-t-il. Celui qui se décrit comme un citoyen engagé n’avait jamais déposé de pétition auparavant, mais le retentissement de la première l’a incité à passer à l’action.
«Donner de la voix en évitant les flash-balls»
Contacté par Vert, le Collectif Nourrir, qui a coorganisé plusieurs manifestations ce week-end contre la nouvelle loi Duplomb, dit avoir du mal à évaluer l’intérêt de la démarche et a choisi de ne pas la relayer. «La pétition est un moyen qui permet de mobiliser beaucoup de monde de manière simple, plaide Ludovic Lévy. Aujourd’hui, c’est compliqué de manifester, les gens ont peur, moi le premier, la pétition permet de donner de la voix en évitant les flash-balls.»

Candidat aux élections municipales et membre d’une association depuis plusieurs années, il ne s’en tient pas qu’aux revendications en ligne mais il préfère rester discret sur ses positionnements et activités. «Ce n’est pas moi ni mon avis qui compte, c’est le consensus scientifique sur le sujet que je rappelle dans ma pétition», assure-t-il. Plusieurs études ont montré les risques que l’acétamipride faisait peser sur les populations d’insectes et sur la santé. En 2019, des chercheur·ses ont retrouvé un produit de dégradation du pesticide, potentiellement toxique, dans l’urine de plusieurs bébés en soins intensifs.
«Être de nouveau des millions à signer»
C’est la vulnérabilité des plus jeunes à ces substances qui a favorisé la prise de conscience de Ludovic Lévy, d’autant plus depuis l’arrivée de son premier enfant. «Des études pointent des risques de perturbation du développement cérébral», rappelle-t-il dans son texte. Les élections législatives anticipées de l’été 2024 ont été un autre facteur majeur de son engagement. «Contre la montée du Rassemblement national et le massacre de la planète, il faut bouger, alors j’essaye de faire des choses à mon niveau», conclut-il.
Comme la première de l’été dernier, la nouvelle pétition a été relayée par des scientifiques, notamment dans les domaines de la biologie, de l’écologie et de l’agronomie. Isabelle Goldringer, chercheuse en génétique à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a ainsi appelé à «ne pas abandonner et à être de nouveau des millions à signer pour continuer à se faire entendre». Ce nouveau mouvement citoyen apportera du grain à moudre au débat de l’Assemblée nationale, ce mercredi.
À lire aussi
-
Municipales 2026 : «Source commune», un site pour tout savoir sur l’eau, les pesticides et le bio dans votre commune
Commune aimant. Qualité de l’eau du robinet, pesticides épandus, part de bio à la cantine… L’association Générations futures lance «Source commune», un outil qui rassemble des données publiques environnementales, commune par commune, à l’approche des élections municipales. -
Municipales 2026 : PFAS, pesticides, CVM… que peuvent faire les communes face aux polluants ?
Poison frais. À l’approche des élections municipales, Vert explore des solutions concrètes, déjà testées ou appliquées à divers endroits du territoire, pour faire progresser la santé environnementale à l’échelle de sa commune.