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À Bouzel, dans le Puy-de-Dôme, le projet de «gigabassines» hors normes est à l’arrêt

Eau les mains. Selon les informations de Vert, ce projet de creuser deux immenses retenues d’eau, porté par 36 agriculteur·ices près de Clermont-Ferrand, a du plomb dans l’aile. Elles sont «abandonnées», selon les opposants du collectif Bassines Non Merci 63. L’un des irrigants préfère parler d’une «pause» à durée indéterminée.
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Ce fut l’un des moments forts de la mobilisation contre les «mégabassines» en France. Le 11 mai 2024, environ 6 000 personnes avaient manifesté dans un champ à Bouzel, près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), à l’appel du collectif Bassines Non Merci 63 (BNM63), du syndicat agricole Confédération paysanne ou encore des Soulèvements de la Terre. Selon les informations de Vert, le projet de construction des deux «giga-bassines» dans le viseur des manifestant·es ce jour-là est à l’arrêt.

Des manifestant·es opposé·es à la construction d’une «megabassine», lors d’une randonée entre Vertaizon, Bouzel et Vassel (Puy-de-Dôme), le 11 mai 2024. © Annabelle Hamil/AFP

Pour rappel, sur cette parcelle agricole auvergnate, 36 agriculteur·ices réuni·es au sein de l’Association syndicale libre (ASL) des Turlurons projetaient de creuser une retenue d’eau de 14 hectares. Vert s’était rendu sur place deux mois après la manifestation afin d’interroger la pertinence de cette solution d’irrigation agricole face à la sécheresse. Résultat, cela apparaissait comme une réponse à court terme pour maintenir le modèle agro-industriel local, tourné en partie vers l’exportation de semences, mais pas comme un remède miracle à la crise de l’eau.

Le projet de l’ASL des Turlurons, destiné à irriguer 800 hectares de cultures en période de sécheresse estivale, comportait aussi un autre réservoir artificiel de 18 hectares dont l’emplacement restait à définir, soit un volume total envisagé pour les deux ouvrages de 2,3 millions de mètres cubes d’eau. De quoi les faire monter virtuellement sur le podium des plus grosses mégabassines de France. À titre de comparaison, la médiatique mégabassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) peut atteindre 628 000 mètres cubes d’eau.

L’ombre de Limagrain, puissant groupe semencier auvergnat

Selon un membre du collectif BNM63, le projet «ne se fera pas». Il se fonde sur une annonce faite fin septembre par Sébastien Vidal, l’un des agriculteurs engagés dans le projet, lors du dernier comité de suivi du protocole départemental pour la création de retenues d’eau à usage agricole dans le Puy-de-Dôme. Sébastien Vidal est aussi président de l’Association pour le développement de l’irrigation en Auvergne et président de Limagrain, le puissant groupe semencier auvergnat au cœur du projet. Contacté via le service presse de Limagrain pour confirmer cette information, Sébastien Vidal n’a pas répondu avant la publication de notre article.

Auprès de Vert, Cédric Duzelier, président de l’ASL des Turlurons, évoque un projet «en pause» plutôt qu’abandonné. Il dit réfléchir à d’autres alternatives, «plus petites que les deux retenues imaginées à la base», mais également plus chères. Ce qui revient à dire que les deux giga-bassines ne se feront pas ? «Je ne peux pas vous en dire plus, mon pauvre», termine l’agriculteur, qui n’a pas participé au comité de suivi.

Face à ce discours flou, les membres de BNM63 promettent de rester sur leurs gardes. «Nous devons poursuivre le combat car le système agro-industriel en Limagne, fort du soutien des pouvoirs publics, ne renonce pas à accaparer l’eau. D’autres projets sont en préparation : multiplication de bassines de taille plus modeste, forages, rehaussement du barrage de la Sep, nouveaux barrages, etc.» Dans le Puy-de-Dôme, la guerre de l’eau est donc loin d’être terminée.

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