Décryptage

Municipales 2026 : à Strasbourg, logement, stationnement et tram nord au cœur d’une campagne chahutée pour la maire écolo

Stras’ et planète. Bilan, dossiers chauds, candidat·es : en partenariat avec le média local Rue89 Strasbourg, Vert passe en revue les enjeux des élections municipales. Destination la capitale alsacienne, où la multitude de candidat·es et la lenteur de la campagne rendent le scrutin très incertain. 
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Après six années d’un mandat chahuté, la maire sortante, Jeanne Barseghian (Les Écologistes), est candidate à sa réélection à Strasbourg (Bas-Rhin). Elle ne peut plus compter sur l’élan de 2020 et la fameuse «vague verte», et doit composer avec des candidatures à gauche et sur sa droite, en plus du retour d’une figure tutélaire du socialisme municipal, l’ancienne maire Catherine Trautmann.

Cet article est issu de la série de Vert sur les enjeux des élections municipales, en partenariat avec plusieurs médias locaux indépendants. Média d’actualité et d’enquêtes, Rue89 Strasbourg est implanté dans l’eurométropole alsacienne.
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Parmi les prétendant·es à l’hôtel de ville, il y a Jean-Philippe Vetter (Les Républicains). Déjà sur la ligne de départ en 2020, l’élu d’opposition a annoncé sa candidature dès le mois de mars 2025. Dans ses rangs, il a été rejoint en septembre dernier par l’ex-membre de Renaissance Nicolas Matt, malgré la liste présentée par le centriste Pierre Jakubowicz (Horizons), soutenu par le parti présidentiel et le Modem.

Catherine Trautmann (Parti socialiste) n’a pas attendu l’investiture de sa famille politique pour se lancer. L’ancienne ministre de la culture sous Lionel Jospin se pose comme la candidate qui va «remettre de l’ordre à Strasbourg».

Après son bon score dans la capitale alsacienne aux élections européennes de 2024, La France insoumise (LFI) a soutenu Florian Kobryn, un élu d’opposition à la Communauté européenne d’Alsace, qui a rejoint les rangs mélenchonistes en juin 2025. À l’extrême droite, c’est l’eurodéputée Virginie Joron qui représente le Rassemblement national. Pour tenter d’amorcer une dynamique, elle a bénéficié du soutien direct du président du parti à la flamme, Jordan Bardella, lors d’une plénière au Parlement européen.

Face à tous ces opposant·es, la maire sortante a fédéré les représentant·es de nombreux micropartis de gauche : Génération.s, Place publique, Debout, L’Après… Elle a aussi convaincu le Parti communiste français (PCF), actuellement dans sa majorité.

Cinq chiffres clés du mandat écologiste

70%. C’est la proportion de cours d’école végétalisées pendant la mandature des Écologistes. Si Jeanne Barseghian avait annoncé en 2020 l’objectif de verdir l’intégralité des 140 établissements scolaires, les premiers projets ont rencontré des difficultés et ont nécessité une réorganisation. Les ambitions ont ainsi été revues à la baisse.

5 500. Comme le nombre d’arbres plantés à Strasbourg dans le cadre du plan Canopée. Intégré au plan climat 2030 de la ville, dont 92% des 130 mesures ont été engagées pendant le mandat, selon la maire sortante, son objectif est d’atteindre 30% de couverture arborée d’ici 2030. En 2020, Les Écologistes avaient estimé à 10 000 le nombre d’arbres à planter en dix ans.

40 000. C’est le nombre de logements alimentés en eau chaude et chauffage par le réseau de chaleur urbain strasbourgeois, soit 12 000 de plus qu’en 2020. L’idée de la majorité est d’atteindre 80 000 logements branchés au réseau de chaleur public en 2030.

4,5. Ce sont les kilomètres de rails de tramway supplémentaires installés pendant le mandat en cours. Un chiffre historiquement bas : le projet d’extension du tram vers le nord de l’agglomération a reçu un avis défavorable de la commission d’enquête publique, le premier depuis 1994.

Le projet du tram nord est l’un des gros enjeux pour la prochaine équipe municipale à Strasbourg. © Dorian Mao/Vert

500. Il s’agit du nombre de places d’hébergement d’urgence créées en six ans. Le montant du financement alloué à cette mesure a par ailleurs atteint 1,8 million d’euros en 2024, contre 334 000 euros en 2018, un effort conséquent pour lequel la municipalité a engagé une procédure contentieuse contre l’État.

Une élection imprévisible avec de nombreux candidats

L’interrogation Jakubowicz. Si Jean-Philippe Vetter, Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz s’affrontent au premier tour, elle et ils partagent des propositions communes et ont passé six ans ensemble dans l’opposition. Les trois candidat·es ont été uni·es à de multiples reprises, notamment contre le projet du tram nord. Alors que la tête de liste Les Républicains a déjà promis de ne pas faire d’alliance au second tour, l’ancienne maire n’a pas fermé la porte à son adversaire centriste. Mais Pierre Jakubowicz reste déterminé à se présenter sur son nom.

«Gauche rassemblée» versus «gauche populaire». Jeanne Barseghian se targue de rassembler la plus large coalition de forces de gauche mais, en face, le candidat LFI se pose comme celui de la «gauche populaire et alternative». Parce qu’il envisage un rapprochement avec la maire sortante si elle accède au second tour et lui non, Florian Kobryn l’épargne dans ses discours de campagne. Il préfère s’attaquer au «traitre» Parti socialiste et à «la montée du fascisme». Du côté de l’écologiste, les résultats du premier tour détermineront la place qu’elle accordera à La France insoumise.

De haut en bas et de gauche à droite : Jeanne Barseghian, Pierre Jakubowicz, Jean-Philippe Vetter et Catherine Trautmann. © Eva Chibane/Dorian Mao/Rue89 Strasbourg/Montage Vert

Un retour du RN au conseil municipal ? Avec ces élections, Virginie Joron espère obtenir des sièges au conseil municipal «pour réimplanter le RN» dans la cité alsacienne. Le parti d’extrême droite avait deux conseillers municipaux entre 2014 et 2020.

Pléthore de candidat·es. Une surprise peut-elle se cacher parmi les représentant·es de listes plus confidentielles ? À l’extrême gauche, Cem Yoldas, militant antifasciste et ancien porte-parole du mouvement dissous de la Jeune garde, défend un programme axé autour de la lutte contre l’extrême droite et de la défense des plus précaires. Il a reçu le soutien de Philippe Poutou (NPA-L’Anticapitaliste) lors de son premier meeting avec la liste «Strasbourg c’est nous». Dans le paysage politique strasbourgeois, il faut aussi compter sur Fahad Raja Muhammad. Candidat de 21 ans du Mouvement populaire indépendant (MPI), qu’il a lui-même fondé, il se revendique «ni de droite, ni de gauche» et mène une campagne très active sur les réseaux sociaux.

Cinq dossiers chauds qui pèseront sur l’élection

L’urgence des logements. À Strasbourg, près de 35 000 ménages vivent sous le seuil de pauvreté. Malgré la création de 6 500 logements sociaux pendant le mandat écologiste, plus de 30 000 personnes attendaient toujours d’en obtenir un en 2024. En parallèle, le manque de biens à pourvoir a créé un effet d’entonnoir et les prix de l’immobilier ont continué d’augmenter malgré la crise du secteur. Entre le 1er janvier 2023 et le 1er janvier 2024, le montant médian des loyers a augmenté de 4%.

Le prix du stationnement. Après un mandat sous le signe de la réduction de la place de la voiture en ville, notamment avec la hausse du prix du stationnement résident, les différents candidats – y compris la maire sortante – proposent des mesures pour alléger la facture. Jean-Philippe Vetter préconise la gratuité entre 12h et 14h ; Jeanne Barseghian plaide pour un forfait à 15 euros pour les résident·es ; Pierre Jakubowicz soutient la même mesure pour les professionnel·les et les responsables d’associations ; Catherine Trautmann veut la gratuité pour les 30 premières minutes et un forfait entre 5 et 20 euros pour les résident·es ; et Florian Kobryn souhaite exempter les ménages les plus précaires grâce à la taxation des conducteur·ices de SUV.

Les finances de la ville. La question de la dette a animé une grande partie des débats autour du budget pendant le mandat écologiste. Pour cause, elle a doublé en six ans, de 200 à environ 400 millions d’euros. Jeanne Barseghian l’explique par un recours massif à l’emprunt pour «financer la transition écologique et sociale». Le problème est que la capacité de désendettement de la Ville se situe désormais autour de 11 ans et que cela a alerté la chambre régionale des comptes. Elle «appelle la commune à la vigilance» et à contenir «la capacité de désendettement en dessous du seuil de 12 ans à l’horizon 2027».

Tram nord, le retour. Après le revers retentissant sur le projet du tram nord pour la municipalité, la majorité écologiste a décidé de lancer une convention citoyenne sur le sujet, qui a rendu ses conclusions en novembre 2025. Il en ressort que les participant·es soutiennent l’initiative, mais qu’elles et ils proposent un trajet différent. Sa réalisation apparaît donc comme centrale pour la prochaine mandature. Mais le sujet est tellement inflammable que les candidat·es n’ont pas encore proposé leurs mesures, hormis la maire sortante. Elle a annoncé qu’elle suivra les conclusions de la convention citoyenne en cas de réélection.

La sécurité et l’ordre. Strasbourg n’échappe pas à la tendance nationale de faire de la sécurité un enjeu central des échéances électorales. Les questions de l’éclairage public, des animaux classés comme «nuisibles», de la police municipale et des incivilités du quotidien font donc l’objet de propositions politiques. Une thématique traitée de manière significative alors que, dans le même temps, l’enjeu de la transition écologique et de l’adaptation de la ville au changement climatique est quasi-absent de la campagne.

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