Duplomb dans l’aile. Cette semaine, la présidente de Vert revient sur la loi d’orientation agricole, qui devrait être adoptée définitivement avant l’ouverture du salon de l’agriculture samedi. Elle se penche aussi sur le profil du rapporteur du texte, Laurent Duplomb, un anti-écolo revendiqué. Cliquez ici pour (ré)écouter cette chronique diffusée sur France inter, mercredi 19 février 2025.
Mathieu Vidard : Cet après-midi, vous nous emmenez en expédition, Juliette. Où allons-nous ?
Oui, Mathieu, ajustez bien votre lampe frontale et lacez vos chaussures de rando, nous partons en quête d’écologie dans la loi d’orientation agricole. Attention, la pente est raide, et la vue pas très folichonne. Mais bon, je sais que vous avez le cœur bien accroché, alors allons-y !
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La loi d’orientation agricole, c’est un projet de loi écrit par le gouvernement pour dessiner l’avenir de notre agriculture, et censé répondre au mal-être des agriculteurs, exprimé avec force depuis plus d’un an. C’est un défi monumental quand on sait qu’un agriculteur sur deux sera en âge de partir à la retraite d’ici 2030.
En ce mois de février, le projet de loi est arrivé au pas de course au Parlement. Hier, après l’avoir largement remanié, la majorité de droite du Sénat l’a validé. Dans la foulée, sept députés et sept sénateurs se sont enfermés en commission mixte paritaire pour ficeler un compromis. Et devinez quoi ? Les Républicains, Renaissance et le Modem, avec le soutien du Rassemblement national, ont repris les grandes lignes du Sénat et signé de sérieux reculs environnementaux.
Ah oui, lesquels ?
La philosophie de ce texte, c’est : produire plus, de façon plus intensive, avec moins de contraintes. Et surtout, moins de «contraintes environnementales». À droite, c’est devenu un classique : introduire des règles pour protéger l’eau, l’air et la biodiversité nuirait à l’agriculture.
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Au Sénat, Les Républicains s’en sont donnés à cœur joie, menés par le rapporteur du texte, Laurent Duplomb, éleveur de vaches laitières en Haute-Loire et anti-écolo revendiqué. Hier, il a fustigé «ce délire décroissant, cette folie normative, ces oppositions stériles» qui mèneraient, selon lui, les agriculteurs «sur le chemin du déclin». Par «déclin», il ne parle pas ni de l’effondrement de la biodiversité, ni de la santé des agriculteurs. D’ailleurs, le texte «abandonne toute volonté politique de diminuer les usages de pesticides», selon la Fondation pour la nature et l’homme.
Le bien nommé Duplomb a tiré sur à peu près toutes les règles environnementales qu’il pouvait. Il a introduit la notion de «non-régression de la souveraineté alimentaire» pour contrer la «non-régression environnementale» qui existe dans la loi. Autrement dit, il veut une «égalité de traitement» entre écologie et agriculture – à nouveau, il les oppose comme si elles étaient irréconciliables.
Autre gros coup de rabot : la loi allège les sanctions pour les atteintes faites à la nature. Jusqu’ici, détruire une espèce protégée ou un habitat naturel pouvait coûter cher : jusqu’à trois ans de prison et 150 000 euros d’amende. Désormais, si l’atteinte est jugée «non intentionnelle», elle sera punie d’une simple amende de 450 euros.
Dites-nous, Juliette, il y a des bonnes nouvelles quand même ?
Quelques maigres consolations : la commission mixte paritaire a réintégré la transition climatique et environnementale parmi les enjeux agricoles – oui, ça avait été supprimé par le Sénat. Même chose pour l’objectif de 21% de surfaces bio d’ici 2030. Mais sous la pression des sénateurs, le mot «agroécologie» a disparu du texte et rien de concret n’est prévu pour l’installation des nouveaux agriculteurs. Voilà, il ne faut pas trop en demander, Mathieu !
Lundi, la ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, avait jugé sur LCP le texte inacceptable «en l’état». Mais, affaiblie au sein de ce gouvernement, elle a peu de chances d’inverser la tendance. Les ONG dénoncent «le pire recul environnemental depuis une décennie». Le projet de loi doit encore être validé par le Parlement avant l’ouverture du Salon de l’agriculture, samedi.
Alors que les agriculteurs sont en première ligne face aux effets du réchauffement climatique, on continue de saboter les services gratuits que nous rend la nature, comme la pollinisation des cultures, le stockage du carbone ou la fertilité des sols.
Comme le disait la brillante biologiste américaine Rachel Carson dans son Printemps silencieux en 1962 : «Les générations à venir nous reprocherons probablement de ne pas nous être souciés davantage du sort futur du monde naturel, duquel dépend toute vie.»
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