Si l’on en juge par les étranges égards dont elle a fait l’objet au plus haut niveau de l’État – réécriture de certains passages par l’Élysée, publications reportées in extremis –, le contenu de la Stratégie nationale pour l’alimentation et le climat (SNANC) était visiblement un sujet sensible. Le document, visant à aligner les politiques alimentaires sur les impératifs de santé publique et de transition écologique, était attendu depuis juillet 2023.

Finalement, la version officialisée ce mercredi est «une occasion manquée», selon le Réseau action climat (RAC). Et ce, «en raison des multiples reculs entérinés par les gouvernements d’Emmanuel Macron ces derniers mois», estime l’ONG. Le RAC déplore en particulier un «triple renoncement à restreindre la publicité et le marketing pour la malbouffe, à s’emparer du sujet de l’alimentation ultratransformée et à assumer un objectif chiffré de réduction de la consommation de viande» (voir plus bas).
Diagnostic clair
Pourtant, le constat dressé par la Snanc est on ne peut plus clair : «Au regard de l’étude Esteban (2014-2016), 32% de la population adulte consomme trop de viande hors volaille, 63% trop de charcuterie, 87% insuffisamment de légumineuses et 71,7% insuffisamment de fruits et légumes», écrivent ses auteur·ices. «Les régimes alimentaires en France, marqués désormais par une industrialisation de notre alimentation et l’augmentation de la consommation d’aliments transformés», se traduisent par une consommation de sel et de sucre «toujours trop élevée», lit-on encore.
Les conséquences sanitaires et économiques sont également détaillées. «Cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, surpoids et obésité ou encore ostéoporose : ces pathologies liées à l’alimentation sont devenues une cause majeure de décès, en étant responsables de 80% des décès prématurés par maladies non transmissibles», souligne la Snanc. «La FAO [l’organisation onusienne pour l’alimentation et l’agriculture, NDLR] a estimé les coûts cachés du système alimentaire en France à environ 177,5 milliards d’euros, dont 134,3 Mds€ liés au fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation», rappellent ses auteur·ices.
Idem pour les impacts environnementaux et climatiques : «La perte de biodiversité est occasionnée par la surexploitation des espèces à des fins alimentaires, ainsi que par les pollutions occasionnées par les pratiques agricoles», détaille la Snanc. Si l’alimentation représente en moyenne «24% de l’empreinte carbone des ménages français […], les produits d’origine animale (viande, produits laitiers, poisson) sont responsables de la majorité (61%)», détaillent les auteur·ices de la stratégie, soulignant que «l’évolution des régimes alimentaires est reconnue comme l’un des principaux leviers de réduction des émissions» de gaz à effet de serre (GES).
Préconisations floues
Malgré ce constat, aucune mesure forte ne figure parmi les «14 actions phares» présentées. Le texte ne prévoit pas d’objectif chiffré concernant la consommation de viande. En septembre, Le Monde et Contexte ont révélé que l’équipe de l’ancien premier ministre François Bayrou était intervenue pour faire disparaître la mention de la «réduction de la consommation de viande», remplacée par des termes comme «limitation» ou «modération».
Autre notion effacée, cette fois à la demande du ministère de l’agriculture, comme l’a révélé France inter, la «limitation des produits ultratransformés». Prétextant un manque de connaissances autour de la «définition opérationnelle» de ces produits, le texte final appelle uniquement à «poursuivre l’expertise sur le sujet des aliments ultratransformés (AUT)».
La bataille des mots s’est aussi jouée sur la question du marketing et de la publicité. Le gouvernement veut «réduire efficacement l’exposition des enfants et des adolescents aux publicités et parrainages pour des produits trop gras, sucrés, salés». Mais le texte repose uniquement sur des incitations, alors que les ONG demandaient l’interdiction de ces publicités.
Quelques avancées
À noter, malgré tout, dans les «actions phares», que la Snanc prévoit d’«encadrer réglementairement pour la première fois la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance, Ehpad, établissements pénitentiaires, en cohérence avec les nouvelles recommandations nutritionnelles».
La restauration collective sera «accompagnée» vers l’objectif (prévu par la loi) de 50% de produits durables et de qualité, avec une aide financière pour les cantines rurales. Contre le gaspillage alimentaire, le texte évoque «la mise en place de contrôles coordonnés chez les différents opérateurs concernés».
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