Décryptage

«On n’est plus du tout habitué» : la France marquée par un épisode de froid inédit depuis huit ans

L’arène des neiges. L’épisode de froid qui connaît son pic depuis lundi en France hexagonale est «remarquable», note Météo-France. Il est toutefois loin d’être exceptionnel et ne remet pas en cause le réchauffement climatique.
  • Par

-22°C à Mouthe, dans le Doubs, lundi ; -8°C à Bordeaux (Gironde) ; ou -13,4°C à Jaméricourt (Oise), mardi… L’épisode de froid qui touche l’Hexagone depuis Noël, et qui a atteint son pic en début de semaine, est d’une intensité «remarquable», a noté Météo-France. Les températures minimales à l’échelle du pays sont de 6 degrés en dessous de la normale, ce qui n’était pas arrivé depuis fin février 2012.

Des personnes font de la luge au square Louise-Michel, devant la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris, lundi. © Bastien Andr/Hans Lucas via AFP

De la neige, surtout dans le nord. L’épisode a été marqué lundi par des cumuls de 5 centimètres (cm) à Paris. En Bretagne, jusqu’à 10 cm de neige sont tombés par endroits, rapporte Ouest-France. Et, en Charente-Maritime, jusqu’à 30 cm ont été relevés localement sur le centre et le nord du département. Ce mercredi, dès l’aurore, les flocons ont repris leur danse hivernale. Au total, Météo-France a placé 38 départements en vigilance orange pour la neige et le verglas, principalement sur la partie centrale de la France : du Nord jusqu’en Corrèze.

Les cumuls de neige attendus sont de l’ordre de 3 à 7 cm des Hauts-de-France au nord de la région Centre, en passant par la région parisienne. Météo-France prévient également que les chutes de neige pourront être plus fortes localement, avec jusqu’à 15 cm sur les Ardennes.

🟠 Comme prévu, la perturbation neigeuse est arrivée par les côtes de Manche en cette fin de nuit, et circule sur le pays ce mercredi : 38 départements en #VigilanceOrange #neige verglas. Ces cumuls de neige s’ajoutent à ceux déjà tombés lundi. Soyez prudents, tentez de limiter vos déplacements ! ⬇️

[image or embed]

— Météo-France (@meteofrance.com) 7 janvier 2026 à 09:31

Plusieurs victimes de la poudreuse et du verglas ont déjà été dénombrées sur les routes entre lundi et mardi. Trois personnes sont mortes dans les Landes, deux en Île-de-France, et une en Bretagne. Par mesure de sécurité, le ministre des transports Philippe Tabarot a ainsi appelé mardi à «éviter au maximum les déplacements» en Île-de-France, et a annoncé l’interdiction de la circulation de poids lourds dans l’ouest du pays et en région parisienne, où la vitesse maximale des véhicules légers a été abaissée à 70 km/h.

Un épisode pas si extraordinaire

Dans le contexte de changement climatique, cet épisode de neige en plaine peut surprendre, mais il est loin d’être inédit. Selon Météo-France, il ne remplit même pas les conditions d’une «vague de froid». Pour être qualifié ainsi, l’épisode doit durer au moins trois jours, et la moyenne des températures mesurées par les stations doit être au moins une fois inférieure à -2°C, et ne pas remonter plus de deux jours au-dessus de 0,9°C.

Ici, la vague a bien persisté pendant trois jours, mais la moyenne thermique nationale n’a pas atteint des niveaux suffisamment bas. Elle s’est établie à -0,1°C dimanche, puis à -1°C lundi, avant d’avoisiner les -0,7°C mardi. Ce mercredi, une hausse des températures est attendue, qui s’explique par l’arrivée d’une masse d’air atlantique, associée à la tempête Goretti, qui doit mettre fin à la période de froid.

Si celle-ci paraît si intense, c’est tout simplement «qu’on est plus du tout habitué au froid, explique Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. Certes les températures sont basses, mais on est loin des records. Nos hivers ont changé, les gelées sont moins intenses… et cet épisode “remarquable” nous surprend.»

À titre de comparaison, en février 1956 – lors de la vague de froid la plus sévère qu’ait connue la France –, l’indicateur thermique national avait affiché les -10 degrés, rapporte Matthieu Sorel. «C’est inimaginable ! Et cela n’a rien à voir avec aujourd’hui, où l’indicateur n’affiche plus qu’un degré», pointe-t-il.

Côté neige, plusieurs épisodes comparables avaient déjà été mesurés à Paris, pas plus tard qu’en 2019, où 5 cm étaient tombés. En 1966, l’agence de prévision météo avait même mesuré jusqu’à 20 cm dans la capitale. À La Rochelle lundi, il est tombé une quinzaine de centimètres. Cette valeur est comparable aux épisodes les plus neigeux jamais relevés dans cette région : février 1991, février 1978 ou encore février 1955.

«Une raréfaction des vagues de froid»

Le phénomène n’est non plus de nature à remettre en cause le réchauffement du climat. Des épisodes comme celui-ci sont «de moins en moins fréquents», concède Météo-France. Mais «ils ne disparaissent pas pour autant».

La dernière vague de froid remonte à février 2018, il y a huit ans. Sur les 46 que la France a connues depuis 1947, seules 10 se sont produites au 21ème siècle. Ces dernières sont bien plus courtes que celles du siècle passé : jusqu’à 28 jours pour celle de 1956, 27 pour celle de 1963, contre 13 jours pour 2012 et 11 jours pour 2001. De manière générale, note Matthieu Sorel, «on observe une raréfaction des vagues de froid. Elles sont également moins intenses et moins sévères.»

Selon une étude française publiée en 2025 et repérée par Le Monde : avec le réchauffement climatique, la probabilité de revivre au 21ème siècle un événement aussi froid que l’épisode de 1985 s’élève à… 1%.

💚 Mettez l'écologie à la Une avec Vert en 2026

En 2025, le paysage politique, médiatique et climatique a été plus bouleversé que jamais. Mais il y a une bonne nouvelle : grâce à vos dons, l’équipe de Vert a bien grandi, produit des contenus encore meilleurs et a touché beaucoup, beaucoup de monde.

En 2026, plus que jamais, nous sommes déterminés à poursuivre notre mission en toute indépendance, pour imposer l’écologie et ses enjeux vitaux dans le débat démocratique.

Sans milliardaire ni publicité, Vert vit de vos dons. Pour nous permettre d’être plus forts et d’informer toujours plus de monde, nous avons besoin de vous. Le meilleur moyen de nous soutenir est de rejoindre le Club, avec un don mensuel, à partir de 5 euros par mois. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à 66%.

Chaque don compte et servira à 100% à financer une production journalistique indépendante et de qualité. Faisons la différence ensemble !