L’abeille coule. Partout dans le monde, les populations d’insectes font face à un déclin sans précédent. En cause notamment : la nocivité des produits phytosanitaires. Illustration en France avec les bourdons.
À quand remonte la dernière fois que vous avez vu un bourdon ? Ces gros insectes sont en net déclin : un quart des 68 espèces vivant en Europe sont menacées d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
💡 Pollutions, surexploitation, changements climatiques… le «Giec de la biodiversité» a identifié cinq grandes causes de l’effondrement de la biodiversité. À l’occasion de la COP16 de Cali (Colombie), Vert part à la rencontre de cinq espèces qui symbolisent ces problématiques en France.
Pour Philippe Grandcolas, directeur de recherche en écologie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et spécialiste des insectes, les bourdons sont emblématiques du déclin généralisé des populations d’invertébrés : «plusieurs études ont mis en évidence les dégâts du glyphosate sur les bourdons, mais ils subissent aussi des pertes d’habitat dans les plaines agricoles, des fleurs avec moins de nectar, et des étés de plus en plus chauds».
Les pesticides, une «double peine»
Robustes et velues, ces «abeilles du froid» souffrent particulièrement du réchauffement climatique. Pour fuir la hausse des températures, les bourdons doivent monter vers les pôles et en altitude. «Ce bouleversement climatique est avant tout la conséquence des deux principales causes du déclin des bourdons : la destruction des habitats et les pollutions», précise auprès de Vert Hugues Mouret, directeur scientifique de l’association de protection de la biodiversité Arthropologia.
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L’agriculture intensive a un impact considérable sur ces insectes : destruction des haies, uniformisation des cultures… et bien sûr, utilisation massive de pesticides. Ceux-ci «ont des effets mortels directs sur les bourdons et des effets sublétaux, qui ne vont pas les tuer directement, mais les désorienter, diminuer leur reproduction, affaiblir les colonies», liste Hugues Mouret.
Moins de descendance, perte de poids… en décembre 2023, une vaste étude menée dans 14 pays européens (dont la France) et publiée dans Nature a mis en évidence l’impact des produits phytosanitaires sur les bourdons.
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Si les insecticides sont particulièrement nocifs, c’est aussi le cas d’autres produits qui ne ciblent pas spécifiquement les insectes, comme le célèbre glyphosate – le désherbant le plus utilisé en France. Des études récentes ont montré ses effets sur la flore intestinale et la reproduction de cet insecte qui niche principalement dans le sol. «Insecticides, mais aussi herbicides, c’est la double peine», résume Philippe Grandcolas.
Des insectes parmi tant d’autres
Pois, haricots, lavande, romarin… avec leurs longues langues, les bourdons butinent plus de fleurs que le commun des abeilles. «Ce sont des pollinisateurs clés pour les plantes sauvages comme pour les plantes cultivées», alerte Hugues Mouret. Il rappelle que près de 90% des plantes à fleurs sont pollinisées par des insectes et que les trois quarts de l’alimentation mondiale en dépendent.
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Car dans le sillage des bourdons, c’est tout un monde qui décline silencieusement : abeilles de ruche, papillons, coccinelles, libellules… «Le plus effrayant, c’est la disparition globale des biomasses d’insectes [leur poids total dans la nature]», souffle Patrick Giraudoux, professeur émérite en écologie à l’université de Franche-Comté.
Ces dernières années, les études s’accordent sur un déclin de près de 80% des populations d’insectes en Europe sur trente ans. Le rôle des pesticides est de plus en plus documenté. La semaine dernière, une étude publiée dans la revue Science qui porte sur plus de 1 000 produits, a montré leur impact sur la survie à long terme des insectes. Selon les chercheur⸱euses, ces effets sont accentués par la hausse des températures.
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