Reportage

«Ces Jeux sont un scandale écologique» : à Milan, des milliers d’Italiens dans les rues contre les JO d’hiver 2026 et Giorgia Meloni

Luge des classes. Les Jeux olympiques d’hiver 2026 ont été lancés vendredi en grande pompe lors d’une cérémonie au stade San Siro de Milan. Mais des milliers d’Italien·nes ont décidé de jouer les trouble-fêtes, en manifestant à proximité de l’enceinte, puis le lendemain autour du village olympique. Toutes et tous dénoncent des Jeux jugés insoutenables, ainsi que le manque d’attention porté par Giorgia Meloni aux difficultés réelles du pays.
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Au rythme de musiques populaires italiennes et de pétards, plusieurs milliers de manifestant·es convergent vers le mythique stade San Siro, en début de soirée, ce vendredi 6 février. C’est ici qu’a été donné un peu plus tard le coup d’envoi des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Mais ces Milanais·es ont décidé de jouer les trouble-fêtes.

Des manifestant·es dansent lors de la manifestation contre les JO d’hiver de Milan-Cortina, dans le quartier de la Porta Romana, à Milan, le 7 février 2026. © Clément Gousseau/Vert

Cette manifestation est l’un des points d’orgue des «Utopiades», un événement de quatre jours organisé par le CIO – le «Comité des olympiades insoutenables». Objectif : protester contre la tenue de ces 25èmes Jeux olympiques d’hiver (l’édition paralympique se tiendra du 6 au 15 mars) et contre la politique menée par la cheffe du gouvernement d’extrême droite en Italie, Giorgia Meloni.

Dans les rues du quartier de San Siro, des enfants jouent au ballon tout en regardant l’assemblée se diriger vers un mur de forces de l’ordre. Le quartier n’a pas été choisi au hasard : il est l’une des zones les plus pauvres de la capitale lombarde. «On est dans un quartier populaire, où les gens ont énormément de problèmes d’argent, rappelle Giovani, un étudiant venu manifester. Et à côté de ça, à quelques centaines de mètres, on organise une cérémonie qui coûte extrêmement cher. C’est délirant.»

À côté de lui, la foule, parsemée d’enfants, fait face aux carabinieri, les gendarmes italiens. «Voilà le seul héritage de ces JO à San Siro : la militarisation, s’emporte Giulia, une manifestante, avant d’invectiver les spectateur·ices de la cérémonie d’ouverture. Je peux vous assurer que pas un dixième des personnes dans ce stade ne sait à quoi ressemble la vie dans ce quartier. Le gouvernement italien nous a oublié.»

«Ils préfèrent tout défoncer»

Cette manifestation n’était qu’une mise en bouche. Le lendemain, dix mille personnes sont réunies à Porta Romana, le quartier milanais qui accueille le village olympique et paralympique, selon les chiffres des organisateurs.

Plus de 70 associations d’horizons divers, dont Greenpeace Italie, se sont donné rendez-vous pour une manifestation nationale. Au rythme des fanfares, des danseur·euses ouvrent le bal de trois heures de déambulation dans les rues de Milan. En chœur, toutes et tous dénoncent les «milliards d’euros dépensés pour l’organisation des JO 2026, la construction d’infrastructures inutiles et une biodiversité saccagée».

Des manifestant·es brandissent des sapins en carton, qui représentent les mélèzes abbatus pour construire la piste de bobsleigh de Cortina-d’Ampezzo. © Clément Gousseau/Vert

À l’avant du cortège, des manifestant·es brandissent des sapins en carton, représentation des centaines de mélèzes (un conifère montagnard) rasés pour construire la piste de bobsleigh de Cortina-d’Ampezzo. «Ces Jeux sont un scandale écologique, hurle Leonardo pour tenter de se faire entendre dans le brouhaha. L’Italie a déjà accueilli les JO d’hiver à Turin, en 2006, et y avait construit des infrastructures aujourd’hui, pour beaucoup, laissées à l’abandon. N’y avait-il pas moyen d’organiser ces Jeux là-bas, en retapant ce qui pouvait l’être ? À la place, ils préfèrent tout défoncer.»

Les Jeux olympiques et paralympiques de Milan-Cortina, présentés comme durables et responsables par leur organisation, sont pointés du doigt par diverses associations italiennes pour leurs dérives environnementales. Dans les haut-parleurs perchés sur des camions, des membres du Comité des olympiades insoutenables égrènent les noms des sites construits pour l’événement : la piste de bobsleigh, la patinoire inachevée de hockey sur glace de Santa Giulia…

Theresa, une septuagénaire venue manifester contre l’organisation des JO 2026 et la politique menée par Giorgia Meloni, à Milan, le 7 février 2026. © Clément Gousseau/Vert

Au centre de la manifestation, Theresa, une septuagénaire, s’emporte : «Je suis très, très énervée contre ce système capitaliste et le gouvernement italien. Ils nous prennent notre liberté et détruisent notre planète. C’est important de sortir dans la rue contre ça, même quand on est vieux !» Devant elle, des panneaux brandis dans le ciel appellent au boycott des JO et à «libérer les montagnes».

«On veut envoyer un message au gouvernement italien»

Plus largement, cette manifestation est aussi l’occasion de montrer aux yeux du monde l’opposition d’Italien·nes à la politique menée par le gouvernement de Giorgia Meloni – une centaine de journalistes du monde entier étant présent·es à cette occasion.

«On veut envoyer un message au gouvernement italien, précise Guglielmo. L’Italie est devenue un pays d’extrême droite où l’on limite notre liberté de manifester. Mais on sera toujours là pour résister.»

Un manifestant dans le quartier de la Porta Romana, à Milan, le 7 février 2026. © Clément Gousseau/Vert

Dans les rues, le chant antifasciste Bella Ciao est repris à tue-tête, alors que les insultes visant les organisateurs des JO et Giorgia Meloni pleuvent. «Vous vous rendez compte ? L’Italie a quand même été capable de faire venir l’ICE à Milan», renchérit Guglielmo. Le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (l’«ICE» en anglais) est en effet présent dans la capitale lombarde, officiellement dans un rôle «consultatif», avait affirmé en janvier Tilman Fertitta, l’ambassadeur américain à Rome.

Ce service de police américain est au cœur d’une polémique mondiale après la mort, sous leurs balles, de Renee Good et d’Alex Pretti, deux manifestant·es qui s’opposaient à leur présence à Minneapolis (Minnesota), dans le cadre d’une vaste opération anti-immigration lancée par l’administration Trump. «L’ICE n’exerce pas et n’exercera jamais d’activités opérationnelles de police sur notre territoire national»a affirmé, mercredi 4 février, le ministre de l’intérieur italien, Matteo Piantedosi.

Des manifestant·es protestent contre la présence de l’ICE, la police de l’immigration des États-Unis, à Minneapolis et Milan, dans les rues de la capitale lombarde, le 7 février 2026. © Clément Gousseau/Vert

Qu’importe. Dans le quartier de Porta Romana, la police anti-immigration américaine est largement prise pour cible. «L’ICE, ce n’est bon que dans les boissons» ou «ICE, hors de de Minneapolis et Milan», peut-on lire sur des banderoles.

Dans l’assemblée, où les musiques joyeuses contrastent avec les revendications, on appelle aussi le monde à réfléchir à l’avenir. «Quand on voit à quoi ressemblent ces Jeux d’hiver, sommes-nous encore sérieux à vouloir en organiser d’autres ailleurs ?», s’interroge une manifestante. Un clin d’œil à peine voilé aux futurs JO d’hiver de 2030, qui se tiendront dans les Alpes françaises.

Dans les rues de Milan, la gronde populaire a montré la face cachée de ces Jeux. Et l’affrontement, en début de soirée, entre un groupe de manifestant·es isolé·es et les forces de l’ordre, a contribué à assombrir davantage le tableau.

«La démocratie meurt dans les ténèbres»

Ce slogan du Washington Post résonne tristement, alors que ce monument de la presse étasunienne, propriété de Jeff Bezos, licencie 300 de ses 800 journalistes.

Motif : le journal perd de l’argent, 100 millions de dollars en 2024. Soit un 2400ème de la fortune de son propriétaire.

Un sabotage en règle de son propre journal pour l’empêcher d’être un contre-pouvoir à Donald Trump, à qui il a prêté allégeance.

Dans le même temps, sa célèbre société de vente de colis a déboursé 75 millions de dollars pour produire et diffuser un documentaire de propagande sur la First Lady Melania Trump.

Chaque achat sur sa plateforme, c’est de l’argent en plus pour Bezos, qui lui sert à aggraver la désinformation, s’acheter du pouvoir politique, précariser les travailleur·ses et aggraver la crise climatique.

Elle doit disparaître de nos vies, maintenant et pour toujours.

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