En Europe comme ailleurs, le système électrique est au cœur de la transition énergétique. Pour bouter les énergies fossiles hors de nos sociétés, il faut électrifier un maximum d’usages (passer de la voiture thermique à l’électrique, du chauffage fossile à la pompe à chaleur, etc.) tout en produisant de plus en plus d’électrons propres, afin de répondre à cette demande nouvelle.
L’électrification des usages à la peine
En 2025, l’heure est au ressac écologique. La transition énergétique européenne a essuyé de nombreuses attaques et plusieurs coups de frein, tels que la fin de l’interdiction de vente des véhicules thermiques neufs à partir de 2035.
Résultat, «le boom de l’électrification des usages n’a pas lieu, ce qui est un problème énorme», a expliqué Vincent Jacques Le Seigneur, président de l’Observatoire des énergies renouvelables, lors de la présentation du Baromètre 2025 de l’électricité renouvelable en France.
Mais ces revers n’ont – pour l’instant – pas empêché le mix électrique européen de poursuivre sa mue, comme le révèle le dixième Panorama annuel de l’électricité européenne (European electricity review) publié ce jeudi par le think tank Ember.
Les renouvelables produisent la moitié de l’électricité européenne
En 2025, les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydroélectricité et biomasse) ont ainsi fourni 48% de l’électricité européenne, malgré le manque de pluie qui a entraîné une sévère baisse de la production hydroélectrique (-12%).
Le nucléaire reste la première source d’électricité européenne (23,3%), quoiqu’en baisse par rapport au début des années 2000 (en proportion du mix et en absolu). Au global, plus de 70% de l’électricité du continent est donc décarbonée, se félicitent les auteur·ices du rapport.
En France, plus de 95% de l’électricité est décarbonée, notamment grâce au nucléaire. Les énergies renouvelables représentaient 32,5% du mix électrique à fin septembre 2025.

Le solaire explose partout en Europe
L’électricité photovoltaïque, toujours moins chère, affiche une croissance particulièrement insolente, avec une production en hausse de plus de 20% pour la quatrième année consécutive. En 2025, le solaire a produit 13% de l’électricité européenne, soit plus que le charbon (9,2%) ou que l’hydroélectricité (11,7%).

En France aussi, le secteur a enregistré une croissance spectaculaire, malgré les nombreuses attaques orchestrées par la droite et l’extrême droite. Selon le Baromètre 2025 de l’électricité renouvelable en France, le solaire a représenté plus de 73% des nouvelles capacités d’énergies renouvelables installées en France à fin septembre 2025.
Pour la première fois, solaire et éolien surpassent les énergies fossiles
En 2025, le solaire et l’éolien ont généré 30% de l’électricité européenne, contre 29% pour l’ensemble des énergies fossiles réunies (pétrole, gaz et charbon). En 2000, ces dernières représentaient plus de 50% du mix électrique européen, tandis que le solaire et l’éolien constituaient moins de 1% en cumulé.
En France, ces chiffres records contrastent avec les inquiétudes des professionnel·les. Voilà déjà trois ans – depuis que le camp présidentiel a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale – que le gouvernement échoue à faire atterrir son projet de nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie, une feuille de route pourtant indispensable pour programmer le développement des énergies renouvelables dans le pays.
Résultat, «les services de l’État ont suspendu les appels d’offres pour l’attribution de projets éolien et solaire fin 2025», constate Frédéric Tuillé, en charge des études à l’Observatoire des énergies renouvelables. «Il y a aujourd’hui un moratoire qui ne dit pas son nom et qui va entraîner une baisse des installations d’ici quelques années», prédit-il.

Le charbon à son plus bas niveau historique
Après 25 ans de baisse continue, la production d’électricité à partir du charbon est tombée à son plus bas niveau historique en Europe l’année dernière, en proportion et en quantité. En 2000, le charbon représentait encore 30% de l’électricité européenne, pour une production de plus de 800 térawattheures. Cette source d’énergie a atteint 9,2% en 2025, et 257 térawattheures produits.
Alors que la part du charbon est tombée bien en deçà des 5% dans 19 pays européens, la production reste fortement concentrée en Allemagne et en Pologne. Mais, dans ces deux pays aussi, le charbon a atteint son plus bas niveau historique en 2025, note Ember.
Pour rappel, le charbon est – de très loin – l’énergie la plus émettrice qui soit, avec plus de 800 grammes de CO2 par kilowattheure produit, contre 490 pour le gaz et moins de 50 grammes pour l’ensemble des énergies décarbonnées, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).
Le gaz, (gros) point faible de l’Europe
À l’inverse des autres énergies fossiles, la production de gaz n’a que peu baissé par rapport à son pic de production (2008). Selon Ember, elle a même progressé en 2025, en grande partie à cause de la baisse de la production hydroélectrique, atteignant 16% du mix électrique européen.
Sa dépendance au gaz expose l’Union européenne au «chantage énergétique» de ses partenaires, souligne le think tank Ember. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’UE s’est massivement tournée vers les importations américaines (majoritairement composées de gaz de schiste). Pas de quoi rassurer, alors même que les relations avec Donald Trump s’enveniment.
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