Il n’y a «aucun lien de causalité» entre le glyphosate et le handicap de Théo Grataloup, comme il n’y a «aucun effet sur la reproduction» humaine, a assuré, tout en s’appuyant sur de nombreuses études scientifiques, l’avocat de Bayer-Monsanto Jean-Daniel Bretzner lors du procès qui opposait l’industriel à l’adolescent, jeudi 3 avril. Au tribunal de Vienne, en Isère, le géant de la chimie était assigné par la famille Grataloup, dont le fils, Théo, souffre de graves malformations que lui et sa famille imputent à son exposition in utero au pesticide. La décision du tribunal sera rendue le 31 juillet prochain.
Cette exposition remonterait à l’été 2006, lorsque Sabine Grataloup, la mère de Théo, a épandu à plusieurs reprises dans sa carrière équestre du Glyper, un désherbant similaire au Roundup, dont la substance active, le glyphosate, est fournie par Monsanto. À l’époque, elle ne savait pas encore qu’elle était enceinte. Son fils est né plusieurs mois plus tard avec «l’œsophage et la trachée qui ne se sont pas séparés correctement», a-t-elle rappelé jeudi 3 avril. Théo a subi depuis sa naissance 55 opérations chirurgicales qui lui permettent de manger normalement, de respirer et parler par un «trou dans la gorge». Le fonds français d’indemnisation des victimes des pesticides a reconnu en 2022 le lien possible entre le glyphosate et ses malformations. Depuis, il reçoit une indemnité mensuelle de 1 000 euros.

En 2018, la famille Grataloup avait lancé une action au civil pour faire reconnaître, par les tribunaux cette fois-ci, la responsabilité de Bayer-Monsanto. Une «première», selon elle, puisque les autres procès intentés au groupe allemand portaient surtout sur des cancers. Lors de l’audience, le géant de l’agrochimie s’est vivement défendu. Ses avocats ont critiqué deux témoignages d’ouvriers qui travaillaient avec Sabine Grataloup, qualifiés d’«attestations impropres», car «rédigées onze ans après les faits» pour établir l’exposition de Sabine Grataloup au produit. Jean-Daniel Bretzner a aussi renvoyé la responsabilité de la fabrication du produit, à l’époque, sur une entité belge du groupe – ce que réfute la partie adverse.
«Il y a des présomptions, graves, précises et concordantes», concernant le lien de causalité entre cet usage du glyphosate et le handicap de Théo, ont plaidé les avocats de la famille Grataloup, soulevant notamment «la proximité temporelle» et l’absence d’autres «causes et éléments extérieurs». Ils ont aussi dénoncé une tentative «de dilution de responsabilités» de Bayer.
David contre Goliath
À l’issue de l’audience, Sabine Grataloup a comparé son combat à celui de «David contre Goliath». Réagissant à l’argumentation de la partie adverse, elle a ironisé : «C’était un peu : “C’est pas moi, c’est mon cousin belge”. Et, nous, petite famille du nord Isère, il aurait fallu que l’on assigne la société belge, puis la société italienne, et probablement aussi la société américaine…»
En amont du procès, Sabine Grataloup avait confié à Vert : «Nous espérons avant tout faire triompher la vérité et la justice. Pour nous, et toutes les autres victimes». Le glyphosate, herbicide le plus vendu au monde (800 000 tonnes en 2014), a été classé en 2015 comme un «cancérogène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis qu’il a racheté Monsanto, le groupe Bayer a dû verser plus de dix milliards de dollars en dommages et intérêts dans plus de 100 000 dossiers, à cause du glyphosate, notamment aux États-Unis.
Le produit est interdit en France pour un usage domestique depuis fin 2018. Son approbation en Europe a cependant été renouvelée en novembre 2023 pour dix ans, «sous réserve de certaines conditions et restrictions».
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