L'étude

«Une bonne nouvelle pour la santé» : la pollution de l’air par les microplastiques est moins massive qu’on ne le pensait

C’est polymère à boire. La pollution aux microplastiques reste une menace sérieuse pour l’environnement et la santé, mais son ampleur dans l’atmosphère pourrait avoir été largement surestimée. Une nouvelle étude révèle que les concentrations mondiales de ces particules dans l’air sont bien inférieures aux chiffres avancés jusqu’à présent.
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Voilà une nouvelle qui a de quoi redonner un peu d’espoir. La présence des microplastiques dans l’atmosphère – ces particules microscopiques, plus fines qu’un cheveu – serait bien moindre que ce que nous pensions jusqu’ici. Les concentrations mondiales avancées ont été surestimées de deux à quatre ordres de grandeur, selon une équipe de chercheur·ses de l’université de Vienne (Autriche). Elle publie ses travaux ce mercredi, fruits de près de deux ans de recherche, dans la prestigieuse revue scientifique Nature. Les alertes de la communauté scientifique sur les effets préoccupants de la pollution aux microplastiques ne sont pas remises en cause pour autant.

Cette publication intervient une semaine après les révélations du Guardian. Le quotidien britannique avait montré, le 13 janvier dernier, que plusieurs études très médiatisées affirmant la détection de microplastiques dans l’ensemble du corps humain étaient aujourd’hui contestées.

Pour saisir l’ampleur de ces nouveaux résultats, il faut d’abord comprendre comment les microplastiques se retrouvent dans l’air. Une partie est émise directement dans l’atmosphère, notamment via l’abrasion des pneus ou via certaines pratiques agricoles utilisant des plastiques. D’autres proviennent de la fragmentation de plastiques plus grands, déjà présents dans l’environnement (des sacs, des pailles, etc.)

Les microplastiques semblables au «sel de mer»

L’océan peut aussi jouer un rôle. «Il y a beaucoup de plastique qui flotte à la surface des océans, explique Andreas Stohl, chercheur au sein du département de météorologie et de géophysique de l’université de Vienne et co-auteur de l’étude. Lorsque les vagues s’agitent, ou lorsque des bulles éclatent à la surface, une partie de ces particules peut être projetée dans l’atmosphère, un peu comme le sel de mer.»

Tout au long de sa durée de vie, un véhicule perd entre 17 et 40 kilogrammes de gomme pneumatique, selon les chiffres de l’association Agir pour l’environnement en 2024. © Carl Tronders/Unsplash

Pendant plusieurs années, les scientifiques du monde entier ont tenté d’estimer la quantité de microplastiques présents dans l’atmosphère à partir de mesures ponctuelles. Des campagnes menées dans plusieurs lieux servaient ensuite de base pour extrapoler des chiffres à l’échelle mondiale.

Le problème, soulignent les chercheur·ses, c’est que la pollution aux microplastiques n’est pas uniforme : elle est beaucoup plus élevée près des continents et des activités humaines que dans les régions isolées ou au-dessus des océans. «Les mesures que nous avons pu récolter montrent en réalité qu’elles sont 30 fois moins importantes au niveau des océans qu’au niveau terrestre», précise Andreas Stohl. Elles varient aussi beaucoup en fonction des régions du monde. En généralisant des mesures locales, réalisées loin des océans, à l’ensemble du globe, certaines études antérieures ont donc mécaniquement gonflé les estimations.

76 études passées au crible

Pour corriger ces surestimations, les chercheur·ses ont fait un très dense travail de collecte de données, rassemblant toutes les mesures déjà réalisées dans le monde sur les microplastiques dans l’air et dans les dépôts (pluie, neige, etc.). Au total, elles et ils ont compilé près de 2 800 mesures, provenant de 76 études.

L’équipe de recherche a ensuite simulé le transport des particules avec ce qu’elle appelle «un modèle». Ce dernier «n’est pas parfait», concède le chercheur. Il sert à reproduire le fonctionnement de l’atmosphère : les microplastiques y sont transportés par les vents, restent en suspension pendant un certain temps, selon leur taille, puis finissent par retomber au sol ou dans les océans…

Grâce à cette approche, les scientifiques ont pu estimer les véritables émissions mondiales : environ 6 × 10¹⁷ particules par an pour les sources terrestres et 3 × 10¹⁶ particules par an pour les sources océaniques – soit deux à quatre ordres de grandeur inférieurs aux estimations de certaines études antérieures.

«Une bonne nouvelle pour la santé»

«Ces chiffres ne sont pas en valeur absolue, il reste des incertitudes d’environ un ordre de grandeur», nuance Andreas Stohl. Elles sont notamment liées aux techniques actuelles de mesure, qui peinent à détecter les particules les plus petites. Néanmoins, ces résultats constituent, «dans un certain sens, une bonne nouvelle pour la santé», explique le chercheur. Et d’ajouter : «Si toutes les études précédentes surestimaient les émissions, elles extrapolaient également les concentrations globales.»

Les microplastiques peuvent être ingérés par toute la chaîne alimentaire, des plus petits organismes comme le zooplancton aux plus grands comme les baleines. Ils sont considérés aujourd’hui comme un sujet d’étude de «haute importance», par l’Agence nationale de sécurité sanitaire française (Anses). Une étude d’octobre 2024 a mis en évidence les effets irritants et inflammatoires des microplastiques sur les poumons. D’autres ont déjà pointé le risque que ces microparticules de plastiques servent d’habitat à toutes sortes de bactéries pathogènes.

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