Une cinquantaine d’ostréiculteur·ices en colère ont bloqué lundi l’accès au siège du quotidien Midi Libre. Leur objectif ? Dénoncer une couverture jugée «à charge» de la suspension de commercialisation (depuis le 30 décembre et pour un mois) de leurs coquillages après la détection d’un virus dans l’eau de l’étang de Thau (Hérault).
Vers 19h30, ces manifestant·es, pour la plupart «encagoulés», ont «mis le feu à des palettes et des pneus, bloquant ainsi tous les accès» au journal, à Saint-Jean-de-Védas (Hérault), explique Midi Libre dans son édition de ce mardi.

Les flammes ont endommagé le portail d’entrée, ajoute le quotidien régional, selon qui les manifestant·es ont «insulté les journalistes et les personnels présents, leur reprochant le traitement médiatique de la crise sanitaire qu’ils traversent et les menaçant de représailles».
Vers 23h30, les gendarmes sont intervenu·es pour «inciter les manifestants à quitter les lieux», selon le journal. «Il y avait de la tension, mais l’évacuation s’est passée en bonne intelligence», a confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) un porte-parole de la gendarmerie, précisant qu’il n’y avait pas eu d’interpellations.
«Mise en danger des consommateurs»
«Hier soir, la violence et la stupidité ont franchi un nouveau cap», a cinglé dans un éditorial le directeur de l’information de Midi Libre, Olivier Marino, en fustigeant «une atteinte intolérable à la liberté de la presse». Le groupe Midi Libre va déposer plainte, a indiqué son directeur général délégué, Alain Baute.
«Ce qui s’est passé n’est pas une atteinte à la liberté de la presse» mais la dénonciation d’articles qui «nous stigmatisent injustement», a réagi le président du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM), Patrice Lafont.

Depuis le 30 décembre, la récolte et la commercialisation des huîtres, moules et palourdes de l’étang de Thau sont suspendues par arrêté préfectoral en raison de la présence de virus dans l’eau ayant causé «plusieurs cas de toxi-infections alimentaires collectives». Selon la préfecture, la contamination est très probablement une conséquence de l’intense épisode pluvieux survenu dans la deuxième quinzaine de décembre dans le département.
Patrice Lafont a indiqué avoir déposé plainte lundi pour «mise en danger des consommateurs» et «contamination du milieu», afin que la lumière soit faite sur l’origine de la contamination et pour «obtenir la reconnaissance du préjudice» de cette «fermeture dévastatrice».
Petite mer intérieure, la lagune de Thau s’étend sur 7 000 hectares, à proximité de Sète et d’Agde. Elle constitue un écosystème d’exception et la plus grosse zone conchylicole de la Méditerranée, avec 10% de la production nationale d’huîtres. Elle représente 3 000 emplois.
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