La bonne idée

Quête de «dragons», aspirateur à insectes, pêche aux coquillages : six programmes de sciences participatives à rejoindre ce printemps

Bosser dans la science du poil. Et si vous prêtiez main-forte aux scientifiques ? De nombreux programmes de sciences participatives sont accessibles au grand public pour recueillir des données cruciales sur l'état de la biodiversité. Vert vous en présente six, simples et ludiques.
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C’est le printemps ! Les oiseaux chantonnent, les arbres bourgeonnent et les insectes bourdonnent… Mais tout ce beau monde n’est pas à la fête – les pollutions, modifications climatiques et autres destructions humaines perturbent toujours plus le précieux équilibre du vivant (notre article).

Pour documenter l’état de la biodiversité, les scientifiques ont besoin de vous. Partout en France, des dizaines de programmes de sciences participatives proposent des activités simples et accessibles pour remonter de précieuses données sur les espèces animales comme végétales. Rassurez-vous : pas besoin de connaître sur le bout des doigts chaque nom latin d’espèce !

Le printemps est le moment idéal pour sortir les jumelles. © Tom Woodward/Flickr

«Plus que la véracité dans les données, c’est le respect du protocole qui compte, présente Grégoire Loïs, directeur adjoint du programme de sciences participatives Vigie-Nature au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). On ne va pas demander au grand public d’avoir des connaissances prérequises qui relèvent de l’expertise, mais de respecter certains standards.»

L’ornithologue rappelle que la science n’est pas une «tour d’ivoire avec un savoir qui serait inaccessible». Le grand nombre de citoyen·nes participant à ces protocoles aussi rigoureux que ludiques fait toute la puissance de ces données, qui vont ensuite nourrir la recherche scientifique. Vous voulez participer à l’aventure ? Vert vous présente six programmes de sciences participatives accessibles au grand public.

🐦 «Oiseaux des jardins» : pour apprendre à reconnaître les boules de plumes près de chez vous

Envie d’apprendre à distinguer un pinson des arbres d’une sittelle torchepot, tout en aidant les scientifiques à mieux connaître les oiseaux de nos jardins ? Le programme Oiseaux des jardins est fait pour vous. Pour le rejoindre, rien de plus simple : inscrivez-vous sur la plateforme dédiée, puis décrivez votre jardin en remplissant quelques informations de base (taille, végétation…).

Ensuite, prenez un créneau de dix minutes pour observer les oiseaux qui se posent dans le secteur défini. Identifiez-les grâce aux très pédagogiques «fiches espèces», comptez le nombre maximum d’individus vus simultanément, puis validez vos données. «Tout le monde peut participer, même si on a peur de ne pas savoir identifier les oiseaux, rassure Marjorie Poitevin, en charge du programme pour la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). On sous-estime souvent nos capacités ; avec un peu d’entraînement, on peut très facilement apprendre une vingtaine d’espèces.»

Ce comptage peut se faire toute l’année, et des journées nationales sont organisées les derniers week-ends de janvier et de mai. En dix ans, les plus de six millions d’observations dans toute la France ont permis à la LPO et aux scientifiques du MNHN de calculer que 41% des espèces d’oiseaux nicheurs sont en déclin dans nos jardins au printemps (notre article). Parmi les cas les plus alarmants : ceux du bouvreuil pivoine, de l’accenteur mouchet ou du martinet noir.

⏱️ Durée : 10 minutes, pas plus, pas moins… à répéter autant de fois que vous le souhaitez dans l’année !

🔎 Matériel : des jumelles et un guide d’identification, c’est toujours plus pratique (mais pas obligatoire).

🤝 Organisation : Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

🌱 Variantes : le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc) permet aux scientifiques de calculer les évolutions d’abondance d’espèces dans toute la France (il a notamment permis cette vaste étude) – mais attention, le protocole est bien plus rigoureux et il faut être capable d’identifier des dizaines d’espèces à leur chant !

Plutôt commune dans nos jardins, la sittelle torchepot est l’un des seuls oiseaux capables de descendre un tronc la tête en bas. © Flickr

🌷 «Sauvages de ma rue» : à la recherche des discrètes plantes de nos villes

Même au cœur des plus grandes villes, là où la pollution embrasse le béton, la vie n’a pas totalement disparu. Regardez bien : ici, de traditionnels pissenlits parsemés sur un gazon ; là, une grande chélidoine émergeant d’une fissure ; plus loin, une laitue scariole posée au pied d’un mur… Le programme Sauvages de ma rue propose de recenser ces plantes qui peuplent nos rues, tout en apprenant plus sur la botanique.

Pour participer, choisissez un morceau de trottoir où mener votre expédition. Notez préalablement le nom des rues adjacentes, le numéro des bâtiments entre lesquels vous vous situez, ainsi que le côté du trottoir (pair ou impair). Puis, place à l’inventaire : vous devez repérer toutes les plantes sur le chemin, les identifier à l’aide d’une clé de détermination, et noter l’endroit précis où elles se trouvent (dans une haie, une fissure, sur un mur…). Rentrez ensuite vos observations sur la plateforme dédiée, avec des photos si vous avez un doute.

Ces plantes vous paraissent anecdotiques ? Détrompez-vous ! Grâce à ces données, des scientifiques ont par exemple mis en évidence un phénomène de «gradient urbain» : plus on se rapproche du centre des villes, plus les végétaux qui survivent sont ceux qui préfèrent les températures les plus élevées.

⏱️ Durée : de 10 minutes à l’infini (si vous voulez inventorier l’intégralité des rues de Paris, par exemple).

🔎 Matériel : des fiches d’identification, et pourquoi pas une petite loupe ou un appareil photo pour aider.

🤝 Organisation : Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et l’association Tela Botanica.

La cymbalaire des murs porte bien son nom : elle se plaît dans les fissures ombragées. © Jean Guérin/Flickr

🐛 Le «Spipoll» : pour devenir un paparazzi des petites bêtes

Autant vous prévenir, ce programme-là est vraiment addictif. «C’est viral, il y a des gens qui sont vraiment contaminés !», en rit même Grégoire Loïs, qui en est le co-animateur. Le Suivi photographique des insectes pollinisateurs – ou Spipoll, pour les intimes – permet au grand public de se plonger dans le monde merveilleux des petites bêtes.

Là encore, le protocole est simple, mais rigoureux : dans un espace vert (parc, jardin, prairie, clairière…), vous sélectionnez un type de fleur et la photographiez sous toutes ses coutures pour faciliter son identification. Ensuite, vous devez prendre en photo tous les différents insectes se posant sur ses fleurs dans un rayon de cinq mètres pendant vingt minutes. Il faut aussi noter certains paramètres (température, vent, nuages…).

Une fois ce travail de terrain fini, vous devez rentrer vos données, recadrer les photos et les trier par type d’insecte, puis proposer une identification des espèces en question. C’est là que se produit la magie des sciences participatives : pour être validée, une identification doit être confirmée par trois autres bénévoles. Le projet peut devenir un véritable jeu de passionné·es, avec l’aide d’expert·es pour les identifications les plus complexes. «Les validations fonctionnent même sur des groupes compliqués d’insectes ; c’est impressionnant de voir qu’il y a peu d’erreurs», salue Marjorie Poitevin. Les données servent ensuite aux scientifiques pour étudier les interactions entre les insectes pollinisateurs et les plantes.

⏱️ Durée : 20 minutes pour l’observation, puis un temps variable (jusqu’à une bonne heure) pour le travail de tri et d’identification des insectes.

🔎 Matériel : un appareil photo qui vous permettra de faire un bon focus sur les insectes (un téléphone peut faire l’affaire, mais c’est moins pratique).

🤝 Organisation : Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Office pour les insectes et leur environnement (Opie).

🌱 Variantes : il existe aussi un observatoire des bourdons et papillons pour les compter dans son jardin et apprendre à reconnaître ces superbes insectes ailés.

Une guêpe ? Une abeille ? Eh non, c’est un syrphe, une famille de mouches butineuses tout à fait inoffensive ! © Maxime Raynal/Flickr

🐸 «Un dragon ! Dans mon jardin ?» : sur la piste des reptiles et amphibiens

Rassurez-vous, il n’est pas du tout question de monstres cracheurs de feu, mais bien d’adorables grenouilles, lézards, tritons, serpents et autres amis à sang froid. Le programme Un dragon ! Dans mon jardin ? permet à tout quidam qui croiserait la route d’un paisible amphibien ou reptile de le photographier et d’envoyer sa découverte sur la plateforme consacrée. Des herpétologues confirmé·es viendront ensuite confirmer (ou rectifier) l’identification.

Entre septembre et novembre, vous pouvez aussi participer aux «nuits des dragons», consacrées plus spécifiquement aux salamandres. Vous devez identifier un endroit favorable à la présence de ces flamboyants amphibiens (une forêt le plus souvent, un bocage, un jardin…) ou vous rapprocher d’associations locales, qui organisent parfois des sorties groupées. La nuit venue, quand les conditions sont favorables (de préférence à 7-10°C, après une averse), vous devrez marcher lentement le long du chemin défini, pendant une demi-heure, et repérer toutes les salamandres trouvées (sans les toucher !). Les données – nombre d’individus, localisation, type d’environnement… – sont ensuite à transmettre par mail.

Ces observations réalisées dans la France entière permettent de mieux connaître l’état des populations de reptiles et amphibiens et d’identifier les zones où mener des actions de conservation. Une mission loin d’être anodine tant ces petits êtres sont fragiles : une espèce sur cinq est menacée de disparition dans l’Hexagone.

⏱️ Durée : quelques minutes pour une observation occasionnelle, 30 minutes de marche pour une «nuit des dragons», et un temps variable (30-60 minutes) pour remonter les données.

🔎 Matériel : un guide d’identification (ça aide toujours) et, pour les «nuits des dragons», de bonnes chaussures et une lampe.

🤝 Organisation : le réseau des Centres permanents d’initiatives pour l’environnement (CPIE), la Société herpétologique de France et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

Contrairement à ce que disaient les légendes anciennes, les salamandres ne vivent pas dans le feu. © Frank Vassen/Flickr

🪱 Le «Qubs» : voyage dans les profondeurs des sols

Faisons une expérience : prenez une cuillère à café de terre. Pas pour manger son contenu, bien sûr, mais pour prendre conscience de l’incroyable biodiversité qui vit sous nos pieds. Dans ces quelques grammes, on estime qu’il y a plus d’un million d’organismes : bactéries, champignons microscopiques, acariens, vers minuscules… Un quart des espèces de la planète vivent dans les sols, et elles ont un rôle crucial pour le recyclage des matières organiques, le stockage du carbone, la purification de l’eau ou le brassage et la porosité de la terre.

Le programme Qualité biologique des sols (le «Qubs») vous permet de vous plonger dans ce monde merveilleux, en aidant les scientifiques à documenter l’état des sols et des espèces qui les peuplent. L’expérience la plus amusante est probablement l’Aspifaune : il faut d’abord fabriquer un «aspirateur à bouche» à l’aide de deux morceaux de tuyau reliés à un pot en verre (avec une compresse fine à l’une des extrémités, pour ne pas avaler de petites bêtes !). Sur un carré de sol bien défini de 25 centimètres de côté, vous devez ensuite capturer tous les insectes pendant sept minutes chrono.

Reste ensuite à photographier votre collecte (sans oublier de la rendre à la terre ensuite !) et à transmettre vos trouvailles sur la plateforme du «Qubs». Là encore, il faut tenter d’identifier chaque organisme à l’aide d’une clé de détermination, qui doit être validée par trois autres participant·es. «Il n’y a pas d’erreur possible, la plus grosse serait de ne pas respecter le protocole», rassure Grégoire Loïs.

⏱️ Durée : sept minutes pour la collecte des insectes, puis un temps variable (30-60 minutes) pour le travail d’identification et de partage des données.

🔎 Matériel : un tuyau, une compresse fine, de la pâte à fixe, un élastique, un pot en verre et son couvercle pour l’«aspirateur à bouche», une ficelle et 4 piquets pour former le carré, un appareil photo et une pièce de 10 centimes pour estimer la taille des insectes récoltés.

🤝 Organisation : Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), plusieurs universités, l’association Plante & Cité

🌱 Variantes : le «Qubs» propose d’autres protocoles pour recenser des escargots, des vers de terre ou encore des petites bêtes nocturnes.

Sous vos pieds vivent des pseudoscorpions : contrairement aux «vrais» scorpions, ces derniers n’ont ni queue, ni aiguillon… et mesurent quelques millimètres. © Jasper Nance/Flickr

🐚 «BioLit» : à la recherche des algues perdues

Les sciences participatives s’invitent même jusqu’aux confins du pays, là où l’océan grignote la terre. Le programme BioLit propose plusieurs protocoles pour aider les scientifiques à comprendre et à protéger les écosystèmes littoraux.

L’expérience Algues et bigorneaux est l’une des plus simples. Il suffit de se rendre sur une plage de l’océan Atlantique ou de la mer du Nord, là où se déposent les vagues. Dans un carré de 33 centimètres de côté sélectionné au hasard, il faut photographier la zone et identifier l’espèce d’algue principale. Puis, place aux coquillages : vous récoltez les différents mollusques dans le carré, les regroupez par espèces, puis les photographiez face ouverte.

Ne reste plus qu’à compter et à déterminer les différentes espèces de coquillages grâce aux fiches dédiées. Ces données vont aider les scientifiques du MNHN à comprendre les causes du déclin des algues brunes observé ces dernières décennies.

⏱️ Durée : environ une heure (baignade non comprise).

🔎 Matériel : un quadrat de 33 centimètres de côté, de quoi prendre des photos et des notes.

🤝 Organisation : le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et l’association Planète mer.

🌱 Variantes : «BioLit» propose aussi des protocoles pour recenser les «nouveaux arrivants» des plages (crabe bleu, moule asiatique, sargasse…) ou les restes d’herbiers de posidonie échoués.

Vous en voulez plus ? Le portail des Observatoires participatifs des espèces et de la nature compile plus de 200 programmes dans toute la France, pour le grand public comme pour les naturalistes. Lucioles et vers luisants, lichens, hérissons… Il y en a pour tous les goûts !

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