L'étude

Il faut «agir dès à présent» : le cri d’alerte de l’Anses sur la contamination au cadmium des Français

D’engrais ou de force. Les céréales, le pain, les pâtes, les pommes de terre et le riz sont les principaux facteurs d’exposition des Français·es à ce métal toxique, confirme ce mercredi l’Autorité sanitaire. L’usage d’engrais phosphatés dans l’agriculture est mis en cause.
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Voilà plus de dix ans que les scientifiques alertent sur la «bombe sanitaire» que représente le cadmium, un métal lourd hautement toxique qui contamine la population française. L’étude Esteban menée par Santé publique France en 2021 a notamment montré que 47,6% de la population générale adulte (18-60 ans) dépassait le seuil de concentration critique de cadmium urinaire de 0,5 microgramme par gramme de créatinine (l’indicateur de santé des reins, que l’on retrouve dans l’urine). Avec des niveaux jusqu’à trois à quatre fois supérieurs à ceux observés dans d’autres pays nord-américains et européens.

Les produits à base de céréales sont les principaux facteurs d’exposition au cadmium. © Adobe Stock

Moins connu que le plomb ou bien le mercure, ce métal est identifié au niveau européen comme un contaminant préoccupant pour la santé publique, car reconnu comme «cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction» (CMR). Il est associé aussi, comme le rappelle l’Anses, à des «atteintes rénales» et à «une fragilité osseuse à la suite d’une exposition prolongée», qui peut même conduire à l’ostéoporose.

Pour trouver l’origine de cette contamination, pas besoin d’aller chercher très loin. Ce mercredi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) confirme dans une vaste étude qu’une «part significative» de la population française est imprégnée à des niveaux «préoccupants» au cadmium, et que «l’alimentation est de loin la source majeure d’exposition». L’agence a étudié l’ensemble des facteurs d’exposition possibles : «alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme», ainsi que les différentes voies d’exposition : «ingestion, inhalation, cutanée». Résultat, l’alimentation représente jusqu’à 98% de l’exposition au cadmium dans la population hors fumeur·ses.

Les aliments qui y contribuent sont à la fois ceux dont la teneur en cadmium est importante, mais aussi les plus consommés par les Français·es. Les «produits céréaliers : céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes», détaille l’Anses. Mais aussi le tabac, «qui constitue une source supplémentaire d’imprégnation au cadmium». À l’inverse, note l’institution, «le chocolat est un contributeur mineur à l’exposition au cadmium, par rapport aux produits céréaliers et aux pommes de terre».

Un métal cancérogène, mutagène et reprotoxique

Cette contamination n’a rien d’un hasard. Naturellement présent dans l’environnement, le cadmium est contenu surtout dans les engrais phosphatés, des fertilisants fabriqués à partir de roches contenant du phosphore que les agriculteur·ices (en bio ou en conventionnel) utilisent pour augmenter les rendements. Après avoir été épandu dans les champs, le cadmium est absorbé par les végétaux et contamine les aliments.

En France, l’usage d’engrais phosphatés à forte teneur en cadmium importés du Maroc peut expliquer les concentrations plus élevées chez les Français·es qu’ailleurs. «Le pays possède les plus grandes réserves minières en phosphate du monde, mais ses roches affichent des teneurs en cadmium très élevées, jusqu’à 73 mg/kg», rapporte Le Monde.

En juin 2025, toujours selon Le Monde, des médecins de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) avaient envoyé une lettre au premier ministre et aux ministres de la santé, de l’agriculture et de la transition écologique pour faire part de leur «grande inquiétude» vis-à-vis de la contamination au cadmium des Français·es.

Des «effets néfastes à terme sont probables»

L’Anses appelle à «agir dès à présent». «Si les niveaux d’exposition actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population», alerte Géraldine Carne, qui a coordonné l’expertise à l’Anses.

Pour freiner cette contamination jugée «préoccupante», l’agence identifie plusieurs leviers d’action. En premier lieu, «appliquer dès que possible des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes épandues sur les sols agricoles, en particulier pour les engrais minéraux phosphatés». Pour cela, l’institution rappelle les valeurs qu’elle avait déjà recommandées en 2019 : ne pas dépasser un apport de 2 grammes de cadmium par hectare de surface agricole et par an. Pour respecter ce seuil, une teneur maximale de 20 milligrammes de cadmium par kilogramme (mg/kg) de phosphate dans les produits «de type engrais minéraux phosphatés» est «recommandée».

Actuellement, le seuil appliqué en France est de 90 mg/kg de phosphate, soit plus du double de la norme en vigueur dans l’Union européenne – de 40 mg/kg depuis 2025. Ce seuil va d’ailleurs diminuer, pour passer à 20 mg/kg à partir de 2035 dans toute l’UE. Certains pays tels que la Finlande, la Hongrie et la Slovaquie l’appliquent déjà.

Vers de «nouvelles pratiques agricoles»

Par ailleurs, l’Anses dit soutenir les nouvelles pratiques agricoles qui ajustent «le type et les quantités de matières fertilisantes en fonction des sols et des cultures», ainsi que le recours à des techniques «permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports».

Si possible, les agriculteur·ices sont encouragé·es à s’approvisionner en engrais moins riches en cadmium, ou à mettre en œuvre des «procédés de décadmiation» de ces engrais. Une «révision de l’étiquetage des engrais», qui mentionnerait notamment la teneur en cadmium, est poussée par l’Anses.

À l’échelle individuelle, l’agence sanitaire préconise de limiter la consommation de produits à base de blé, sucrés et salés, «tels que les céréales du petit-déjeuner, gâteaux, biscuits». Et d’introduire, à l’inverse, plus de légumineuses dans les repas.

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