Tout comme au premier épisode, le grand final des élections municipales n’a pas passionné les électeur·ices. Avec un taux de participation de 57% (identique au premier tour), le scrutin devient même le plus boudé de toute la cinquième République (hors pandémie de Covid). Le suspense était pourtant intense dans la plupart des grandes villes.

Alors que des résultats très contrastés se confirment, «il est intéressant de voir que tout le monde ou presque revendique une victoire», plaisante Guillaume Caline, directeur adjoint du cabinet d’analyse Verian. À treize mois de l’élection présidentielle, le message envoyé est crucial pour beaucoup de partis.
L’extrême droite en fanfare
«Nos maires ont été plébiscités partout !», a ainsi vanté le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, tandis que sa formation communiquait sur une «vague de victoires partout en France». Confortablement réélu dans ses bastions lors du premier tour, le parti à la flamme vient en outre de remporter Agde (Hérault), Carcassonne (Aude), Liévin (Pas-de-Calais), Montargis (Loiret), Tarascon (Bouches-du-Rhône), Carpentras (Vaucluse), Orange (Vaucluse), Castres (Tarn), La Flèche (Sarthe), La Seyne-sur-Mer (Var), Saint-Avold (Moselle) ou encore Menton (Alpes-Maritimes). En tout, Mediapart a comptabilisé 62 communes gagnées.

«Ce sont de petites villes, conformément à la sociologie de l’électorat RN», rappelle Guillaume Caline, en référence au plafond de verre rencontré par les candidat·es d’extrême droite dans les grands pôles urbains. Seule la cinquième ville de France, Nice (Alpes-Maritimes), a basculé aux mains du candidat de l’Union des droites pour la République (UDR, allié au RN), Éric Ciotti. Mais l’extrême droite a tout de même réalisé des scores élevés à Marseille (40,3%) ou Toulon (47,65%).
«Nous sommes toujours la première force politique locale en France», a revendiqué de son côté le président des Républicains, Bruno Retailleau. «La bataille a été gagnée», a-t-il ajouté revendiquant «le plus grand nombre de voix et le plus grand nombre d’élus». La droite peut se targuer d’avoir ravi à la gauche des fiefs comme Besançon (Doubs), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Brest (Finistère) et Limoges (Haute-Vienne). Mais elle perd Nîmes (Gard) au profit du candidat communiste Vincent Bouget.
Même le camp présidentiel, mutique pendant la campagne, s’est vanté hier de l’avoir emporté pour la première fois dans deux villes de plus de 100 000 habitants (Bordeaux et Annecy prises aux Ecologistes) et gagné «plus d’une vingtaine de villes de plus de 10 000 habitants», selon le député Renaissance Paul Midy. Il n’en fallait pas moins pour crier victoire : «On est le seul parti hors extrêmes en progression !», a-t-il souligné au micro de France Info.
La gauche désunie
À l’autre bout du spectre, La France insoumise se félicite aussi de sa «victoire». Son coordinateur national, Manuel Bompard, affirme que sa «percée» du premier tour se «renforce». Après Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) dès le premier tour, LFI remporte aussi Roubaix (Nord), La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Vénissieux (Rhône), Creil (Oise) et Tampon (La Réunion). Le parti échoue en revanche à ravir Toulouse (Haute-Garonne) à la droite, malgré l’alliance entre son candidat François Piquemal et le socialiste François Briançon.
Le PS se maintient à Paris, Marseille (Bouches-du-Rhône), Rennes (Ille-et-Vilaine), Nantes (Loire-Atlantique) et Dijon (Côte-d’Or), et s’empare de Pau (Pyrénées-Atlantiques), Amiens (Somme) et Saint-Étienne (Loire). En revanche, il perd Avignon (Vaucluse), Brest (Finistère), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et Tulle (Corrèze, fief de François Hollande).
Les Écologistes apparaissent en recul, d’autant plus qu’elles et ils étaient à la tête de plusieurs métropoles du pays. Les élu·es vert·es se maintiennent à Lyon (Rhône) et Tours (Indre-et-Loire). A Grenoble, la candidate Laurence Ruffin l’emporte avec leur soutien. En revanche, ils et elles perdent à Annecy (Haute-Savoie), Poitiers (Vienne), Besançon (Doubs), Colombes (Hauts-de-Seine), Strasbourg (Alsace) et Bordeaux (Gironde). Des candidat·es écologistes l’emportent à Villepinte (Seine-Saint-Denis), Bagnolet (Seine-Saint-Denis) et Conflans-Saint-Honorine (Yvelines), mais pas à Mulhouse (Haut-Rhin) et Lorient (Morbihan), où le parti avait placé ses espoirs.
Alors que la droite fanfaronne, «à gauche c’est plus que jamais le déchirement», constate Guillaume Caline. «La gauche a été toxique pour elle-même dans cette campagne», a résumé la cheffe des Écologistes Marine Tondelier, en référence aux attaques entre caciques du Parti socialiste et de La France insoumise qui ont émaillé la campagne.
Les alliances entre le PS et LFI, scellées dans la douleur, se sont soldées par des échecs à Limoges, Avignon, Brest, Clermont-Ferrand ou Tulle. Ce qui a fait dire au secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, que «la France insoumise fait perdre». «Inversement, on peut considérer que ce sont des alliances qui avaient été scellées justement parce qu’il y avait un risque de défaite», relativise Guillaume Caline. Ces alliances ont été victorieuses à Lyon, Grenoble, Nantes, Pau et Agen (Lot-et-Garonne).
«S’il n’est pas possible de tirer de conclusion en termes de comportement électoral. On voit clairement que certains partis sortent endoloris de ce scrutin», juge-t-il. Plus que treize mois pour avancer…