Analyse

Du Venezuela au Groenland, les rêves de pétrole de Trump sont-ils réalistes ? «L’exploitation pourrait n’avoir jamais lieu»

Pétrole âne. Venezuela, Groenland, Congo, Ukraine, Malaisie, Australie : le président américain est prêt à tout pour s'accaparer les ressources pétrolières et minières de nombreux pays. Des velléités extractivistes parfois irréalistes, pointent les spécialistes.
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L’extraordinaire attaque du Venezuela par les États-Unis, samedi, a remis en lumière l’obsession du président américain, Donald Trump, pour la relance de l’extractivisme. Il en avait d’ailleurs fait son slogan de campagne, «Drill, baby, drill»  («fore, bébé, fore»). Elle a surtout montré l’ampleur des moyens qu’il est prêt à mettre en œuvre pour arriver à ses fins.

Le président américain n’en est pas à son premier coup de force pour s’arroger les ressources pétrolières ou minières de nombreux pays. En avril 2025, il a ainsi conditionné la poursuite du soutien militaire et financier américain à l’Ukraine à des contrats d’exploitation de ses minerais.

Au Groenland, dont il a fait sa nouvelle «priorité absolue», Donald Trump étudie «plusieurs options» pour s’emparer du territoire, y compris «utiliser l’armée», a déclaré sa porte-parole, Karoline Leavitt, mardi. L’intérêt du président américain pour ce territoire autonome appartenant au Danemark tient d’abord à sa localisation : au carrefour d’importantes routes commerciales arctiques, que le réchauffement climatique dégage peu à peu. Mais Trump veut aussi s’emparer des ressources pétrolières et minières du pays, toujours inexploitées.

Des accords tous azimuts

Sur la seule année 2025, la liste des accords qu’il a négociés – de gré ou de force – avec des pays qui disposent de ces ressources est pour le moins conséquente. Donald Trump est notamment obsédé par l’idée de contrer la toute-puissance de la Chine dans l’exploitation et le raffinage de minerais critiques et de terres rares, dont les industries énergétiques et technologiques raffolent.

En République démocratique du Congo, les États-Unis ont promis d’apporter leur soutien aux forces gouvernementales dans la lutte contre les groupes armés, en échange de faire du pays une «réserve stratégique de minerais» pour les entreprises américaines.

Le président Donald Trump salue Félix Tshisekedi, son homologue en République démocratique du Congo, le 4 décembre 2025, à la Maison-Blanche. © Daniel Torok/La Maison-Blanche/Flickr

La RDC possède des réserves très importantes de minerais critiques, dont le cobalt, le lithium, le coltan ou le cuivre, indispensables à l’industrie technologique (batteries, téléphones, véhicules électriques, défense). Le partenariat stratégique signé le 4 décembre entre les deux pays engage Kinshasa à «faciliter un accès stable, prévisible et à long terme aux minéraux critiques pour les ressortissants américains et leurs alliés».

Les États-Unis ont signé en octobre un accord-cadre avec l’Australie sur l’exploitation de minerais critiques, en particulier les terres rares, disponibles en abondance sur l’île. Le même mois, Donald Trump a noué avec la Malaisie un accord sécurisant l’accès des États-Unis aux terres rares de ce pays. Selon la Maison-Blanche, «la Malaisie s’est engagée à garantir qu’aucune restriction ne soit imposée à la vente de terres rares aux entreprises américaines». Enfin, la Thaïlande a aussi promis de coopérer avec les États-Unis sur le développement de son industrie des minerais, en échange du transfert de technologies américaines.

Vraie stratégie ou «sane-washing» ?

Interrogé par Vert sur la «stratégie» de Donald Trump, le prospectiviste et analyste canadien Philippe Gauthier redoute de faire lui-même du «sane-washing» (laver sain, littéralement). Un concept en vogue outre-Atlantique pour qualifier les tentatives de journalistes ou d’analystes de donner un sens aux insanités de Donald Trump.

Dans le cas du Venezuela, son regard sur la situation va ainsi totalement à l’encontre du storytelling trumpien sur les immenses réserves pétrolières du pays. À l’unisson d’autres analystes, il a rappelé sur Linkedin que «les supposés 300 milliards de barils de réserve au Venezuela sont une pure invention». «Ces chiffres viennent de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui ne les vérifie pas. Tous les pays trichent, car leurs quotas d’extraction sont alloués en fonction des réserves qu’ils déclarent», détaille-t-il.

Certaines ambitions extractivistes de Donald Trump paraîssent «incohérentes». © Daniel Torok/Maison-Blanche/Flickr

Sans compter que les gisements de bonne qualité se font rares dans le pays. Philippe Gauthier ajoute : «Au Venezuela, on exploite le pétrole depuis 1878, on a fait le tour du jardin ! Ce qui reste, c’est du pétrole extrêmement lourd et visqueux, chargé en soufre et en métaux lourds, à 1 500 mètres de profondeur.»

Selon lui, la quantité de pétrole économiquement exploitable s’établit plutôt autour de 70 milliards de barils mais, là encore, il doute fortement que des multinationales du pétrole se lancent dans l’aventure, alors que la demande mondiale de pétrole se stabilise et que les cours resteront durablement bas. «Trump dit qu’il veut envoyer ses grandes entreprises se faire beaucoup d’argent, mais elles n’ont jamais demandé ça et aucune n’a dit qu’elle irait», souligne-t-il.

«Pétrole de mauvaise qualité, marges maigres… l’exploitation pourrait bien n’avoir jamais lieu en réalité», estime de son côté Cédric Philibert, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et ancien analyste à l’Agence internationale de l’énergie.

Forer ou montrer les muscles

Au Groenland, «ça paraît incohérent là-aussi», estime Philippe Gauthier. Même si 28,43 milliards de barils seraient à découvrir, d’après le Service national de géologie du Danemark et du Groenland (GEUS), jamais un forage industriel n’a été exploité tant les conditions sont hostiles. Même chose pour les minerais critiques, dont les gisements économiquement et techniquement récupérables sont jugés faibles.

Par exemple, les réserves de terres rares sont évaluées à 36,1 millions de tonnes, mais seulement 1,5 million de tonnes sont économiquement accessibles. «Surtout, pourquoi créer une situation coloniale alors que le Groenland est déjà un fidèle allié des États-Unis et qu’ils y ont tout ce qu’ils veulent ?», s’interroge Philippe Gauthier.

Donald Trump lors d’une conférence de presse aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, à Mar-a-Lago (Palm Beach, Floride, États-Unis), le 28 décembre 2025. © Daniel Torok/La Maison-Blanche/Flickr

«C’est vrai que Trump s’illusionne parfois assez largement», confirme Cédric Philibert. Rappelez-vous le cinéma insensé qu’il s’est fait sur les terres rares de l’Ukraine, alors qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’exploitation de terres rares en Ukraine !» Le pays compte moins de 1% de ces ressources mondiales et l’institut de géologie des États-Unis ne répertorie même pas l’Ukraine parmi les pays qui ont des réserves de terres rares (notre article).

D’un point de vue purement économique et stratégique, les expert·es s’attendent donc à ce que les opérations de Trump se soldent par de grandes déconvenues. À moins qu’il s’agisse essentiellement de montrer les muscles, avec tous les dangers que cela comporte.

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