Malgré sa mise à mort programmée dans la loi Hulot de 2017, l’exploitation d’hydrocarbures n’a pas dit son dernier mot en France. D’abord, parce qu’une quarantaine de puits de pétrole sont toujours en exploitation dans le pays, notamment dans le bassin parisien, comme l’indique le ministère de la transition écologique. Ensuite, parce que les entreprises qui ont décroché un permis exclusif de recherche d’hydrocarbures avant l’adoption de la loi Hulot peuvent toujours demander une concession d’exploitation, dans le cas où elles trouveraient un gisement exploitable.

C’est manifestement le cas de la Société pétrolière de production et d’exploitation (SPPE), détentrice depuis 2008 d’un permis d’explorer, et qui a soumis à l’été 2023 une demande de concession d’exploitation portant sur un périmètre de 105 kilomètres carrés (km2) à cheval entre les départements de la Marne et de l’Aube. La PME, qui dispose d’une vingtaine d’autres concessions dans le bassin parisien, souhaite y redémarrer l’exploitation de pétrole, pourtant abandonnée il y a plus de vingt ans, explique l’Autorité environnementale, qui a examiné le dossier pour le compte de l’État et officialisé son avis consultatif mardi.
Réouverture en 2027-2028
Concrètement, la SPPE souhaite rouvrir deux puits exploités à partir de la moitié des années 1980 par la société SNEA(P), à Saint-Eloi (Aube) et à Saint-Just-Sauvage (Marne). À la fin de leur exploitation, dans les années 1990, «les puits ont été abandonnés et cimentés», explique l’Autorité environnementale. Les plateformes situées en surface ont été «mises à l’arrêt pendant une quinzaine d’années, avant la relance de tests de production» par la SPPE. Finalement, «les études et travaux réalisés par SPPE dans le cadre du PERH [le permis exclusif de recherche d’hydrocarbures, NDLR] ont démontré que les quantités de pétrole récupérables au niveau de ces deux gisements sont suffisantes pour envisager un redémarrage de l’exploitation», détaille encore l’Autorité.
Toujours selon cette entité, «une fois la concession obtenue, le porteur de projet prévoit environ six mois pour remettre en état les puits, une période similaire pour obtenir des résultats d’études et de tests, ce qui conduirait à une date de mise en exploitation vers fin 2027/début 2028». La concession, elle, ne pourra courir que jusqu’au 31 décembre 2039, au plus tard, après quoi la loi Hulot prévoit bel et bien la fin de l’exploitation d’hydrocarbures en France. D’ici là, la SPPE estime le potentiel de production des deux gisements à 74 000 tonnes, soit 546 000 barils. À titre de comparaison, la France a consommé 60,9 millions de tonnes de produits raffinés en 2024.
244 000 tonnes de CO2 équivalent
Dans son avis, l’Autorité environnementale «considère que les opérations prévues dans le cadre de la demande de concession ne présentent pas de risque majeur pour l’environnement», en particulier du fait de l’absence de nouveaux forages. Elle conclut notamment que «l’exploitation de la concession n’aura pas d’effet néfaste sur la qualité et la quantité des eaux souterraines et superficielles».
En revanche, elle tique sur l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre présentée par la SPPE. Alors que l’entreprise estime que «d’un strict point de vue bilan carbone, il est préférable de produire les hydrocarbures en local plutôt que de les importer de pays éloignés», l’Autorité juge l’affirmation «erronée ou non démontrée à ce stade», en raison «des teneurs très élevées de gaz dissous dans le cas du gisement de Saint-Just-Sauvage» et «faute de précisions sur les dispositifs prévus pour le traitement de ces gaz».
Selon la SPPE, le volume total des émissions généré par l’exploitation des puits s’élèvera à 244 000 tonnes de CO2 équivalent sur toute la durée de la concession (soit à peu près l’empreinte carbone annuelle de 30 000 Français·es). L’Autorité environnementale juge que la prise en compte des émissions générées par ces gaz «conduira à revoir à la hausse l’estimation présentée pour les émissions totales d’au minimum 30% dans le cas du gisement de Saint-Just-Sauvage». Contactée par Vert, l’entreprise n’a pas encore donné suite.
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