La COP a moitié vide. Après l’échec de la COP 16 sur la biodiversité en octobre dernier, les 196 pays participants se retrouvent à Rome ce mardi. L’objectif des trois jours de négociations : trouver un accord financier sur la protection de la nature.
On prend les mêmes et on recommence. Quatre mois après la fin de la conférence mondiale (COP16) sur la biodiversité à Cali (Colombie), les pays du monde entier se retrouvent au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome (Italie) ce mardi – et jusqu’à jeudi – pour jouer les prolongations. Un rendez-vous complémentaire exceptionnel, puisque les COP sur la biodiversité se déroulent habituellement tous les deux ans (contrairement à leurs cousines du climat, qui sont annuelles).
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Début novembre 2024, les 196 États membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB) s’étaient quitté sur un goût d’inachevé à Cali (notre article). Les négociateur·ices avaient trouvé un accord sur le partage équitable des ressources génétiques et sur la reconnaissance des peuples autochtones… mais pas sur le soutien financier aux pays en voie de développement, sujet qui avait animé les discussions jusqu’aux derniers instants. Susana Muhamad, ministre colombienne de l’environnement et présidente de la COP16, avait suspendu l’événement, faute de consensus.
La question qui pique : le financement
Cette semaine, à Rome, il sera question du financement de la protection de la biodiversité. «Notre objectif est de trouver un accord ambitieux qui permette une mobilisation de l’ensemble des ressources pour financer la biodiversité», explique le cabinet du ministère de la transition écologique.
Fonds pour l’environnement mondial, fonds pour la biodiversité, prêts des banques de développement, contributions du secteur privé… il y a une grande diversité de sources de financements pour mettre en œuvre la protection de la nature. Et cela défavorise les pays en voie de développement.
«Ceux-ci doivent composer avec des coûts de transaction élevés, car ils doivent naviguer entre plusieurs systèmes d’accréditation [qui donnent l’autorisation nécessaire pour agir, NDLR] et processus de rapportage [qui permettent la remontée des informations, NDLR], détaillent les politistes Juliette Landry et Laetitia Pettinotti, dans un billet de blog publié sur le site de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Déjà limités en termes de capacités, les pays en développement – en particulier les plus vulnérables sur le plan environnemental, comme les pays les moins avancés et les petits États insulaires – se retrouvent dispersés entre de nombreux bailleurs de fonds de la biodiversité, chacun avec ses propres politiques, priorités et exigences.»
«Le piège d’un nouveau fonds»
De leur côté, les pays développés – dont la France – veulent à tout prix éviter la création de nouvelles structures. «Nous pensons qu’il ne faut pas tomber dans le piège d’un nouveau fonds qui viendrait accroitre la fragmentation et baisser les financements pour ceux qui en ont le plus besoin», défend le cabinet du ministère de la transition écologique.
Avant la rencontre à Rome, la présidence colombienne de la COP16 a proposé la création d’un nouvel «instrument mondial de financement», pour mieux organiser l’accès à ces sources d’argent. Une initiative qui comporte plusieurs «points sensibles susceptibles de freiner son adoption», selon l’Iddri.
Preuve de l’importance de ces négociations, la ministre de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher fera le déplacement en Italie ces 26 et 27 février. L’enjeu des échanges n’est pas de faire de nouvelles annonces de financements, souligne son cabinet. En octobre dernier, plusieurs État, dont la France, s’étaient engagés à apporter 163 millions de dollars au Fonds pour le cadre mondial pour la biodiversité – un instrument de financement mis en place après la COP15 sur la biodiversité de Kunming-Montréal, en 2022.
Les discussions à Rome porteront aussi sur la mise en place d’indicateurs communs pour suivre les promesses des États. Avec l’ambitieux accord de Kunming-Montréal (notre article), les signataires doivent protéger 30% des terres et des mers d’ici 2030. La COP17 sur la biodiversité, qui aura lieu en 2026 en Arménie, sera l’occasion de faire un premier bilan.
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