TotalEnergies, Solvay ou encore BASF… On connait désormais le nom des plus gros émetteurs de «polluants éternels», ces molécules toxiques ultra-persistantes dans l’environnement et le corps humain, que l’on appelle aussi PFAS. Dans un rapport publié mardi 1er avril, l’ONG Générations futures – qui lutte contre les pesticides et autres produits chimiques – dresse une liste exhaustive des sites concernés par la pollution aux PFAS en France.
Ce rapport, qui repose sur des données publiques récoltées par les autorités depuis 2023 – date à laquelle l’État a pris un arrêté exigeant de certaines usines susceptibles d’utiliser des PFAS de mener une campagne d’analyse dans leurs rejets aqueux –, révèle que 1 599 établissements sont concernés (59% du nombre total d’usines impliquées dans la campagne de mesure). Il montre surtout que 5,4% des usines sont responsables de plus de 99% des émissions de PFAS du pays.

Quelles sont ces usines ? Que produisent-elles ? Vert a dressé une liste des dix plus gros sites émetteurs de PFAS, en se basant sur le classement établi par Générations futures. Ce top 10 repose sur un indicateur : le flux, mesuré en grammes de PFAS rejetés en moyenne chaque jour.
1. Euroapi France, à Saint-Aubin-les-Elbeuf, en Normandie
Avec 87 434 grammes rejetés par jour, l’usine de fabrication de principes actifs pour médicaments prend la première position du classement. Si ses flux de PFAS sont aussi importants, c’est que l’usine reçoit et traite les effluents de BASF, le géant de l’agrochimie (et sixième du classement).
2. Gie Chimie, à Salindres, en Occitanie
Le site atteint les 10 281 grammes de PFAS en moyenne par jour. Derrière ce nom cryptique se cachent en réalité les usines d’Axens et de Solvay. Mise sur le devant de la scène en février dernier par Générations futures, Solvay a décidé d’arrêter une partie de son activité industrielle, et poussera 68 salarié·es au chômage en mai prochain (notre article). Le site produisait plusieurs PFAS, dont l’acide trifluoroacétique (TFA), le plus petit mais aussi le plus répandu des «polluants éternels». Celui-ci sert à fabriquer des pesticides, des produits pharmaceutiques ou encore des batteries électriques.

3. Finorga, à Mourenx, en Nouvelle-Aquitaine
Grande révélation de ces derniers jours : l’usine Finorga de Mourenx. Occupant la troisième place du podium, l’usine qui fabrique des principes actifs et des produits intermédiaires pour l’industrie pharmaceutique atteint les 2 200 grammes rejetés par jour. À quelques mètres d’elle, dans le même bassin industriel, l’usine Sanofi de Mourenx a été épinglée il y a plusieurs années pour des rejets de substances cancérogènes et toxiques pour la reproduction.
4. Sarrel PNA, à Marolles-les-Braults, en Pays de la Loire
À la 4ème place, on trouve Sarrel, un sous-traitant de l’automobile, spécialisé dans les revêtements métalliques sur support plastique. Dans un rapport publié en 2023, l’Inspection générale de l’environnement a pointé les «rejets importants» de PFAS sur le site. Une molécule reconnue comme «cancérogène possible», appelée le «6:2 FTS», a notamment été retrouvée à des niveaux anormaux dans une rivière, l’Orne saosnoise, comme le rapporte Ouest-France.
5. Arkema France, à Oullins-Pierre-Bénite, en Auvergne-Rhône-Alpes
Avec 562,5 grammes rejetés par jour, l’usine Arkema d’Oullins-Pierre-Bénite occupe la cinquième place du classement. Spécialisée dans la fabrication de polymères fluorés – utiles pour fabriquer des revêtements antiadhésifs, des joints, des tuyaux et des câbles électriques, notamment –, l’usine a rejeté jusqu’à 3,5 tonnes de polluants éternels par an dans le Rhône et est aujourd’hui poursuivie pour écocide et mise en danger de la vie d’autrui. Dans une enquête publiée en janvier dernier, plusieurs médias, dont Complément d’enquête (France 2), venaient contredire les arguments de lobbying utilisés par cet industriel.

6. BASF Agri Production SAS, à Saint-Aubin-les-Elbeuf, en Normandie
À Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime), le géant de l’agrochimie BASF est connu pour rejeter dans l’environnement des quantités très importantes de TFA, le plus petit des «polluants éternels». Dans le classement, il occupe la 6ème position, avec 215 grammes rejetés par jour en moyenne. Pour Vert, le journaliste Nicolas Cossic a retranscrit le sentiment des riverain·es de l’usine, partagé·es entre inquiétudes, résignation et méfiance.

7. TotalEnergies Raffinage, à Donges, en Pays de la Loire
TotalEnergies occupe la septième place du classement, avec 33,4 grammes rejetés par jour en moyenne. La pollution de cette usine de raffinage de pétrole provient essentiellement de l’usage de mousses anti-incendie. Ces mousses, parfois utilisées pour contrôler des incendies de liquides inflammables – comme les huiles et les carburants, par exemple – contiennent des PFAS. Il y a dix jours, une association locale de protection environnementale, ainsi que Générations futures, ont adressé une lettre au préfet, raconte Ouest-France. Elles lui demandent de mettre en place une surveillance des sols aux abords des aires de jeux, terrains de sport, groupes scolaires et Ehpad.
8. CNPP, à Saint-Marcel, en Normandie
Ce Centre d’entraînement à l’utilisation de mousses anti-incendie occupe la 8ème place du classement, avec 28,4 grammes rejetés chaque jour. D’après Le Monde, les exercices menés depuis 1980 dans cette ancienne usine chimique transformée en centre de formation auraient contaminé la source Chevrier de Saint-Just (Eure), qui alimentait en eau potable un millier d’habitant·es.
9. Solvay France, à Tavaux, en Bourgogne-Franche-Comté
L’Usine Solvay de Salindres, dans le Gard, n’a pas l’exclusivité de la pollution aux PFAS. Sa cousine franc-comtoise, l’usine Solvay de Tavaux, a elle aussi sa place dans le top 10 des plus gros émetteurs. Avec 27,7 grammes rejetés par jour, elle occupe la 9ème place du classement.
10. Lyondell Basell Services France SAS, à Berre-l’Étang, en Provence-Alpes-Côte d’Azur
Non loin de l’étang de Berre, dans la région PACA, 26,3 grammes de PFAS par jour ont été rejetés par ce gigantesque pôle pétrochimique. Ce site regroupe des usines spécialisées dans la production d’énergie, de chaudières, ou bien de traitement des eaux.
Et les inclassables…
Quelques usines, chanceuses, ont échappé au classement. Comme celle de TotalEnergies, à Gonfreville-l’Orcher, en Normandie. Ou bien celles de Chemours, à Villers-Saint-Paul, dans les Hauts-de-France et d’Ovako, à Redon, en Bretagne. Ces deux dernières auraient peut-être figuré dans le classement, si elles avaient fourni les mesures de leurs flux de PFAS, et pas uniquement la concentration – très importante, au demeurant – de leurs rejets en grammes par litre.
Générations futures alerte : ces analyses portent sur une liste de substances restreintes, et donc, elles risquent de sous-estimer les émissions de PFAS. Certaines substances telles que le «6:2 FTS» ou le TFA, qui figurent parmi les responsables de la majorité des rejets, n’ont pas été recherchées de manière systématique par les industriels. Et, pour certaines d’entre elles, il n’existe pas encore de méthode d’analyse permettant de les identifier… L’ONG espère malgré tout que ces données «accablantes» seront le point de départ de mesures «qui s’imposent» de réduction de rejets à la source.
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