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Aux Émirats arabes unis, l’intelligence artificielle servira bientôt à faire tomber la pluie

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IA de l’orage dans l’air. Lors du forum international sur l’amélioration des précipitations à Abou Dabi (Émirats arabes unis) en janvier, les expert·es ont mis l’intelligence artificielle à l’honneur. Grâce à cette technologie, elles et ils espèrent améliorer l’ensemencement des nuages pour faire tomber la pluie. Une pratique dont l’efficacité n’est pas prouvée.

Les Émirats arabes unis sont bien décidés à faire tomber la pluie eux-mêmes. Ces dernières décennies, des millions de dollars ont été consacrés aux méthodes d’ensemencement des nuages pour déclencher les précipitations dans ce riche État du golfe situé dans l’un des plus grands déserts du monde. Dernière nouveauté pour tenter d’y parvenir : utiliser l’intelligence artificielle (IA).

En janvier, lors du forum international sur l’amélioration des précipitations à Abou Dabi, cette technologie était sur toutes les lèvres. Réuni·es dans un hôtel de luxe, des expert·es ont débattu de cette nouvelle approche pour déclencher la pluie aux Émirats arabes unis.

Abou Dabi, aux Émirats arabes unis. © Kevin Villaruz/Pexels

Elles et ils misent sur un système dopé à l’IA qui permettrait d’améliorer l’ensemencement des nuages – une méthode déjà pratiquée par les Émirats arabes unis depuis des décennies. Celle-ci consiste à y injecter du sel ou d’autres produits chimiques pour accroître les précipitations. Entre des avions qui envoient de l’iodure d’argent dans le ciel – un composé similaire à de la glace qui transforme la vapeur d’eau en gouttelettes – et des drones expérimentaux destinés à provoquer des secousses au moyen de décharges électriques… à les croire, toutes les techniques de géo-ingénierie seraient bonnes pour faire pleuvoir. Pourtant, leur efficacité n’a pas été démontrée scientifiquement.

Une méthode «pratiquement au point»

Comment l’IA pourrait améliorer ces méthodes ? Un projet sur trois ans, financé à hauteur d’1,5 million de dollars (environ 1,38 million d’euros) par des fonds émiratis, vise à nourrir un algorithme avec des données satellitaires, radar et météorologiques pour lui permettre de localiser des nuages susceptibles d’être ensemencés dans les prochaines six heures.

«C’est pratiquement au point, nous apportons les dernières touches», déclare Luca Delle Monache, directeur adjoint du Centre pour les conditions météorologiques et hydrologiques extrêmes de l’ouest à l’Institut d’océanographie «Scripps» de l’université de Californie, à San Diego (États-Unis).

Selon lui, l’ensemencement des nuages permet d’augmenter les précipitations de 10 à 15%. Mais cette technique ne fonctionne qu’avec les cumulus, des nuages formés de vapeur d’eau, situés assez bas, et risque d’empêcher les précipitations si elle n’est pas appliquée correctement.

«Il faut le faire au bon endroit et au bon moment, c’est pourquoi nous utilisons l’intelligence artificielle», explique-t-il. Il promet d’améliorer la technique actuelle, qui repose sur l’étude d’images satellites par des expert·es pour guider les centaines de vols d’ensemencement des nuages effectués chaque année dans le pays.

Les besoins en eau ne cessent d’augmenter

Avec une pluviométrie de 100 millimètres par an, les quelque dix millions d’habitants des Émirats arabes unis dépendent de l’eau produite dans les usines de dessalement, qui fournissent environ 14% de la production mondiale, selon les chiffres officiels.

Et la demande ne cesse d’augmenter, avec une population en pleine croissance. Celle-ci est composée à 90% d’expatrié·es et a été multipliée par 30 depuis la naissance du pays en 1971. Elle est concentrée dans les villes côtières de Dubaï, d’Abou Dabi et de Sharjah.

Mais le pays compte aussi sur les nappes souterraines, rechargées par les précipitations et soutenues par un réseau de barrages, afin d’alimenter l’agriculture et l’industrie. Toutefois, la pluie est tellement rare qu’elle apparaît comme une attraction touristique. À la «Raining Street» de Dubaï (ou rue pluvieuse), les visiteur·ses paient 300 dirhams (79 euros) pour marcher sous une fausse bruine.

Bien que rares, les précipitations peuvent être abondantes, comme en avril dernier. Elles avaient alors provoqué la fermeture de l’aéroport de Dubaï et paralysé la cité-État pendant plusieurs jours.

«Ne pas aller pas trop vite vers l’IA»

Depuis la création du forum à Abou Dabi en 2017, son programme d’amélioration des précipitations a alloué 22,5 millions de dollars (environ 21 millions d’euros) d’aides. «Pour l’ensemencement des nuages, ce programme est le meilleur au monde, soutient Luca Delle Monache. Il s’agit d’un secteur très spécialisé, il y a peu d’experts internationaux et ils sont pratiquement tous ici.»

D’autres applications de l’IA ont été étudiées par les expert·es. Marouane Temimi, professeur associé à l’Institut de technologie Stevens dans le New Jersey, a présenté un système développé aux États-Unis qui permet de suivre les tempêtes en temps réel.

Marouane Temimi, comme Luca Delle Monache, convient que ces méthodes ont des limites. Un manque de données détaillées sur la composition des nuages – problème courant étant donné le coût important des équipements de surveillance – empêche de faire des prévisions précises, même avec l’IA, souligne-t-il.

«Nous avons encore du travail à faire, parce que nous avons des données, mais pas suffisamment pour alimenter les modèles correctement», précise-t-il. Loïc Fauchon, président du groupe de réflexion du Conseil mondial de l’eau, a également mis en garde ces apprentis sorciers : «Soyez prudents. Essayez de trouver le bon équilibre entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine». Il conseille de «ne pas aller pas trop vite vers l’IA, car l’Homme est probablement la meilleure option».

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