L’accord du Mercosur n’est même pas encore conclu que la résistance aux produits importés d’Amérique du Sud s’organise en France. Alors que la ratification de ce traité de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays latino-américains (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) est suspendue depuis le vote du Parlement européen mercredi (notre article), les appels au boycott se multiplient.

Tout a commencé le 14 janvier avec le département du Loiret, qui a annoncé «[interdire] les produits d’Amérique du Sud pour sa restauration scolaire». Dirigé par l’Union des démocrates et indépendants (UDI, centre-droit), ce dernier a demandé aux cantines de ses 58 collèges de ne plus acheter de denrées issues des pays du Mercosur. Le mouvement se poursuit ces derniers jours dans les cantines de collèges d’autres départements : Marne, Côte-d’Or ou Seine-et-Marne.
Dans les régions et départements, un geste politique et symbolique
Plus récemment, ce sont les régions qui ont emboité le pas. Jeudi, le médiatique Laurent Wauquiez (Les Républicains), «conseiller spécial» d’Auvergne-Rhône-Alpes, a annoncé le «boycott des produits concernés par le Mercosur pour ses propres commandes ainsi que pour celles réalisées pour le compte de mille structures régionales par sa centrale d’achat». Les cantines de lycées et la restauration dans les Ehpad sont notamment concernées.
Le même jour, au micro d’Ici, la vice-présidente de la région Pays de la Loire, en charge de l’agriculture, s’est également dite favorable à plus de produits régionaux dans les assiettes des étudiant·es, tout en précisant qu’elle ne pouvait pas contraindre les conseils d’administration des lycées.
«Le boycott ne sera jamais à 100%, et on ne pourra pas se passer de politiques publiques en matière de régulation de notre alimentation et du monde agricole.»
«C’est un instrument de bataille idéologique et politique qui peut être intéressant, analyse Maxime Combes, économiste et co-animateur du collectif Stop-Mercosur. Mais le boycott ne sera jamais à 100%, et on ne pourra pas se passer de politiques publiques en matière de régulation de notre alimentation et du monde agricole.»
«C’est vrai que c’est un peu de la politique, je ne m’en cache pas», a reconnu auprès du journal Libération le président du conseil départemental du Loiret, Marc Gaudet, à l’origine de la fronde des collectivités. Une petite part des aliments servis dans les cantines des collèges loirétains sera concernée par le boycott (ananas, avocats et produits transformés à base de viande brésilienne ou argentine), mais le département prône aussi un «approvisionnement local et durable».
Déjà très peu de viande sud-américaine dans les grandes surfaces françaises
Cette vague de boycott dans les collectivités territoriales en rejoint une autre, plus ancienne : celle des grandes enseignes de supermarchés français. «On n’achètera pas ces produits-là», a rappelé le président du groupement Les Mousquetaires (qui possède notamment Intermarché), Thierry Cotillard, sur le plateau de France info, le 12 janvier. Le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, a aussi promis qu’il continuerait de «s’approvisionner quasi exclusivement, voire exclusivement, selon les filières, en produits français».
Dans Ouest-France, la plupart des enseignes de grande distribution en France ont promis que l’accord du Mercosur ne mènerait pas à un afflux de viandes fraîches, de fruits ou de légumes d’Amérique du Sud dans leurs magasins – ces produits étant déjà très minoritaires dans leurs rayons. En France, leader européen de la production de viande bovine, «il n’y a pour l’instant quasiment pas de viande du Mercosur consommée en grande surface ou dans les cantines scolaires, confirme Baptiste Buczinski, en charge du suivi des accords de libre-échange au sein de l’Institut de l’élevage. Un boycott est donc symbolique, cela les engage à peu.»
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«Ce serait beaucoup moins symbolique si des opérateurs allemands ou hollandais s’engageaient», complète l’expert. Les 99 000 tonnes de viande de bœuf (notamment de morceaux nobles, comme l’aloyau) supplémentaires qui risquent d’inonder le marché européen en cas de conclusion de l’accord du Mercosur devraient surtout arriver dans les pays voisins : Allemagne, Pays-Bas, Italie…
Un «effet-prix» européen indépendant d’un boycott français
Pour le monde agricole français, le principal risque de l’accord du Mercosur se calcule à l’échelle du marché commun de l’Union européenne. «En augmentant les quotas de viande qui arrivent sur le territoire européen à des prix moins chers, on va tirer les prix vers le bas sur l’ensemble du marché, éclaire Maxime Combes. Cet effet-prix va être le plus significatif, et un boycott ne pourra pas le contrebalancer.»
Si les morceaux de bœuf brésiliens produits à bas coût ne se retrouveront pas directement dans les cantines ou les supermarchés français, ils alimenteront les États membres voisins et entraîneront donc une baisse du niveau général des prix sur l’ensemble du marché européen, France comprise. «La crainte des éleveurs, c’est qu’en ouvrant de plus en plus notre marché au Mercosur, on risque de le saturer. Avec des effets sur les prix, y compris en France», résume Baptiste Buczinski.
«Si l’accord passe, les beaux morceaux qui arriveront créeront un marché concurrentiel à des prix cassés», redoute Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne (syndicat qui défend une agriculture respectueuse de l’environnement), qui estime que «la grande distribution n’est pas le levier». Son syndicat, et les autres, ont prévu de poursuivre la mobilisation pour empêcher toute entrée en application du traité du Mercosur.
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