Arme de Point. Alors que la 16ème Conférence mondiale (COP16) sur la biodiversité débutait dimanche dernier, qui Le Point a-t-il interviewé sur le sujet ? Une association qui se positionne à rebours du consensus scientifique sur la question. Décryptage.
Dimanche, l’hebdomadaire a choisi d’interroger Bertrand Alliot, le porte-parole de l’association Action écologie, aux tendances climatosceptiques et proche de l’extrême droite, qui a livré un discours sur la biodiversité à contresens des études scientifiques. Dans cet entretien, on lit que «l’écologie est devenue une religion» ou encore que le «maximalisme environnemental […] fait beaucoup de mal à nos sociétés sans faire de bien aux espèces».
Docteur en sciences politiques et formé à la gestion de l’environnement, Bertrand Alliot ne travaille plus dans le domaine de la recherche depuis 2008. Il a été membre du conseil d’administration de la Ligue de protection des oiseaux pendant 15 ans, association dont il fustige aujourd’hui les positions. Il prend souvent la parole pour les médias d’extrême droite tels que Valeurs Actuelles et Radio courtoisie, il écrit également pour Causeur.
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Les propos de Bertrand Alliot font fi des conclusions de l’IPBES, le groupe d’experts intergouvernemental qui évalue l’état de la biodiversité (notre article). Celui-ci atteste le déclin brutal de la biodiversité à cause des activités humaines, y compris en Europe. L’année dernière encore, une étude publiée dans la revue scientifique Ecology soulignait l’effondrement des populations d’oiseaux en Europe, poussé par les pratiques agricoles. Le directeur de recherche en écologie au CNRS Philippe Grandcolas s’insurge que «la crise de la biodiversité [soit] niée par un grand journal français».
Outils rhétoriques des climatosceptiques
Bertrand Alliot utilise les mêmes ressorts rhétoriques que ceux qui remettent en cause le consensus scientifique sur le changement climatique. Il est un adepte de Steven Koonin, connu pour être l’ancien scientifique en chef du groupe pétrolier BP et coqueluche des climatosceptiques, à l’image du youtubeur d’extrême droite le Raptor (notre article).
Sur son compte X, ex-Twitter, Bertrand Alliot attaque volontiers chercheurs, ONG et politiques. Le porte-parole d’Action écologie utilise les outils rhétoriques habituels de la désinformation, parmi lesquels le soupçon de complot : les ONG dissimuleraient de bonnes nouvelles telles que l’augmentation de certaines espèces animales comme les castors ou les bouquetins en Europe. Or, il s’agit d’exemples très locaux qui ne prennent pas en compte les tendances des populations sur le long terme.
Autre technique courante de la désinformation, le cherry picking, consiste à ne piocher que des données isolées quand bien même celles-ci vont à l’encontre de la tendance générale. Parce que l’on compte davantage de castors ces dernières décennies, cela voudrait dire que les vertébrés se portent bien en Europe. Or, «en France il y a plus de 50 000 espèces diverses et variées, et pour celles qu’on connait le mieux, ça ne va pas du tout», rappelle Philippe Grancolas.
De plus, la bonne santé d’une espèce ne se mesure pas seulement au nombre de spécimens, mais aussi à sa diversité génétique. «Si une espèce a un nombre d’individus important, mais n’a plus de diversité, il suffit de quelques aléas environnementaux pour que sa population ne soit plus capable de s’adapter», explique à Vert Philippe Grandcolas.
Tout au long de l’article, Bertrand Alliot dénonce le «catastrophisme» des ONG qui, avant de porter sur la crise climatique, concernait «les pluies acides et le trou dans la couche d’ozone». «Dans tous les cas, quand on regarde les données, on se rend compte qu’il y a un souci, mais qu’il ne faut pas paniquer», assène-t-il. Or, «on n’a jamais dit que toutes les espèces allaient disparaître d’un coup, on dit juste que si l’on ne fait rien, la tendance est au déclin», précise Philippe Grandcolas.
Par ailleurs, c’est précisément grâce à une mobilisation planétaire et une réglementation internationale que le trou dans la couche d’ozone a pu être résorbé. Une «panique» donc bien utile.
Autre facétie : pour appuyer son point de vue, Bertrand Alliot cite… sa propre étude pour le compte de son association, Action écologie.
Philippe Grandcolas regrette que la parole soit donnée à «des Claude Allègre [physicien climatosceptique] de la biodiversité, comme Christian Levêque, qui a écrit plusieurs livres remettant en question le déclin de la biodiversité». Sommes-nous à l’ère des biodiversité-sceptiques ?
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