«BNP Paribas, la banque d’un monde qui brûle», «Société Générale, banque climaticide»… Ces dernières années, les activistes écologistes ont multiplié les slogans et les actions pour dénoncer le rôle du secteur bancaire dans la crise climatique. En finançant les entreprises polluantes, via des prêts, ou en soutenant des activités économiques par le biais d’investissements sur les marchés financiers, les banques ont un impact considérable sur l’environnement.
C’est quoi le problème ?
«Pour le mesurer, l’un des critères simples est de regarder le soutien des établissements bancaires à l’énergie fossile, donc le développement de nouveaux projets de pétrole, de gaz ou de charbon», indique Raphaël Cros, chargé de campagne et d’engagement de la société civile chez Reclaim Finance, une ONG qui enquête sur le secteur financier.

«Depuis 2021, l’Agence internationale de l’énergie, le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, NDLR] et l’ONU expliquent qu’il ne faut plus développer de nouveaux projets fossiles. Sinon, on met en péril les objectifs de maintenir le réchauffement mondial à +1,5°C» par rapport à 1850, soit le niveau prévu par l’Accord de Paris, explique-t-il. Dans les faits, le secteur bancaire est très loin de respecter cette recommandation.
Selon le dernier rapport Banking on climate chaos, publié chaque année par plusieurs associations internationales – dont Reclaim Finance –, les 65 principales banques mondiales ont investi plus de 869 milliards de dollars (743 milliards d’euros) dans les énergies fossiles en 2024. Entre 2021 et 2024, ce montant s’élevait à la somme démentielle de 3,3 trilliards de dollars (un trillard = 1 000 000 000 000 000 000). Encore plus inquiétant, après avoir diminué entre 2021 et 2023, les investissements sont repartis à la hausse en 2024.
Si les championnes du financement des énergies fossiles sont les banques américaines (JPMorgan Chase, Bank of America et CitiGroup en tête), les principaux établissements français ne sont pas en reste. En 2024, BNP Paribas a ainsi financé le secteur pour 14,1 milliards de dollars (12 milliards d’euros), suivie du Crédit Agricole (12,7 milliards de dollars, soit 10,9 milliards d’euros), de la Société Générale (11,7 milliards de dollars – 10 milliards d’euros) et du groupe BPCE, Banque Populaire-Caisse d’Épargne (11 milliards de dollars – 9,4 milliards d’euros). En bas du classement se trouvent le Crédit Mutuel (53 millions de dollars – 45,4 millions d’euros) et La Banque Postale (37 millions de dollars – 31,7 millions d’euros).

De plus, les banques ne financent pas suffisamment les énergies renouvelables, autre condition indispensable pour respecter les engagements de l’Accord de Paris sur le climat. Toujours selon Reclaim Finance et les ONG coautrices, les banques mondiales soutiennent deux fois plus les énergies fossiles que la transition énergétique. Un rapport publié en 2025 mesure le ratio de financement entre les énergies renouvelables et les énergies fossiles des établissements bancaires français : BNP Paribas obtient un ratio de 1,00:1 (pour 1 euro accordé aux énergies soutenables, 1 euro est alloué aux énergies fossiles) ; Société Générale de 0,64:1 ; Crédit Agricole de 0,60:1 ; et le groupe BPCE de 0,57:1.
«Selon l’Agence internationale de l’énergie, ce ratio doit atteindre d’ici 2030 6:1, c’est-à-dire 6 euros pour les énergies alternatives pour chaque euro investi dans le fossile. On en est très loin», rappelle Raphaël Cros. Certaines banques s’en sortent bien mieux : le Crédit Mutuel, avec un ratio de 6,7:1 et la Banque postale, avec un ratio de 8,97:1.
Plusieurs banques françaises, notamment BNP Paribas et Crédit Agricole, investissent également dans des sociétés minières liées à l’accaparement des terres, à la pollution et aux violations des droits humains, comme le démontre l’ONG Oxfam. Enfin, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et le groupe Banque Populaire-Caisse d’Épargne ont financé, entre 2024 et 2025, deux entreprises liées à la déforestation en Amazonie, d’après Reclaim Finance et Canopée-Forêts vivantes, une association dédiée à la protection des forêts en France et dans le monde.
Quelle banque choisir ?
«Il n’existe pas de banque parfaite actuellement mais, dans l’écosystème français, certaines démontrent une volonté crédible de répondre à l’urgence climatique, quand d’autres ne font pas ou peu d’efforts», estime Raphaël Cros.

Pour aider les consommateur·ices, Reclaim Finance a créé le site Change de banque. En compilant diverses données, elle classe les établissements en trois catégories.
«Aggrave le chaos climatique»
Pour les raisons évoquées ci-dessus, les quatre principales banques françaises contribuent à aggraver le changement climatique : BNP Paribas et sa banque en ligne Hello Bank ; le groupe BPCE ; le Crédit Agricole et ses filiales Crédit Lyonnais/LCL et BforBank ; la Société Générale/Crédit du Nord et sa filiale BoursoBank. Si tous ces établissements doivent changer leurs pratiques, il existe toutefois des différences notables entre eux. «Par exemple, BNP Paribas et le Crédit Agricole ont arrêté en 2024 les émissions d’obligations pour les entreprises qui développent des projets de pétrole et de gaz, comme Total. De leur côté, la Société générale et la BPCE n’ont pas pris ce type d’engagement et continuent massivement à soutenir ces entreprises. L’an dernier, elles ont par exemple alloué plusieurs milliards de dollars à TotalEnergies via l’émission d’obligations», détaille Raphaël Cros.
«N’en fait pas assez»
Dans cette catégorie, on retrouve le Crédit Mutuel et ses filiales CIC et MonaBanq. Le groupe s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050, tout en se laissant la possibilité de financer des entreprises développant des projets gaziers ou pétroliers. Y figure aussi la néobanque Sumeria, anciennement Lydia. Les néobanques sont des entreprises proposant une offre bancaire entièrement dématérialisée, avec un accès 100% mobile, et ayant reçu un agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), l’organe de supervision français de la banque et de l’assurance. Sumeria place les dépôts de ses client·es auprès de la banque française BNP Paribas, ce qui lui vaut sa place dans cette catégorie.
«Agit pour le climat»
Plusieurs banques traditionnelles font figure de bonnes élèves. La Banque Postale, et sa filiale Ma French Bank, a pris en 2021 et 2022 de forts engagements pour stopper totalement les financements du secteur fossile en 2030. Elle soutient par ailleurs des secteurs clés de la transition écologique et affirme avoir financé, entre 2017 et 2025, 4,6 milliards d’euros pour des projets de production d’énergies renouvelables.
Dans cette catégorie, on trouve également le Crédit Mutuel Arkéa et sa banque en ligne Fortuneo Banque. Il est affilié à l’ensemble Crédit Mutuel, mais applique ses propres choix en matière d’investissements et de financement. Le Crédit Mutuel Arkéa, composé des fédérations du Crédit Mutuel de Bretagne et du Sud-Ouest, s’est notamment engagé dans une sortie totale du charbon thermique d’ici fin 2027, et dans une sortie des énergies fossiles en 2030. Il entend également, d’ici deux ans, dédier 2,2 milliards d’euros de crédits à la transition environnementale.
Autre banque agissant davantage pour le climat : le Crédit Coopératif. S’il fait partie du groupe BPCE, l’établissement bancaire reste lui aussi indépendant dans sa politique de financement. Il exclut strictement les énergies fossiles, la production de pesticides de synthèse et l’armement. La banque explique avoir prêté ou financé près d’un milliard d’euros pour des projets liés à l’environnement, à la justice sociale, à la solidarité internationale ou à l’entrepreneuriat en 2024. L’année dernière, le Crédit Coopératif a également lancé Bank for the planet, une nouvelle offre bancaire conçue en partenariat avec l’entreprise Team for the Planet, qui permet notamment de financer des entreprises innovantes de la transition.
Enfin, Hélios et Green-Got figurent aussi dans cette catégorie. Ces deux entreprises de la fintech (ou technologie financière) ne sont techniquement ni des néobanques ni des banques en ligne, car elles ne disposent pas encore de leur propre licence bancaire, délivrée par l’ACPR. Ces structures proposent toutefois de nombreux services, hormis, pour l’heure, certains comptes d’épargne rémunérés et des prêts (voir tableau ci-dessus). Quant aux fonds de leurs clients, ceux-ci sont déposés dans des comptes dits «de cantonnement» au Crédit Mutuel Arkéa. Ces deux entreprises affichent des ambitions environnementales fortes et excluent strictement le financement d’activités destructrices pour l’environnement, comme les énergies fossiles ou les pesticides chimiques. Hélios explique ainsi avoir investi 10 millions d’euros dans la transition écologique. L’année dernière, l’entreprise a été rachetée par Younited, spécialiste français du crédit à la consommation. De son côté, Green-Got assurait, en mai 2025, avoir investi 56 millions d’euros dans des entreprises utiles à la transition écologique.
Acteur incontournable de la finance éthique, la NEF ne figure pas sur le site Change de banque, car il s’agit pour l’heure d’une banque d’épargne. Il n’est donc pas encore possible d’y ouvrir un compte courant et d’avoir une carte bancaire. Après avoir été adossée pendant 35 ans au Crédit Coopératif, elle a reçu son agrément bancaire en 2024, devenant une banque à proprement parler. «Cela nous permet de mener de nouveaux projets, notamment de proposer une carte bancaire et un compte courant. Pour les professionnels, cela arrivera a priori à la fin du premier semestre 2026. Pour les particuliers, nous serons prêts d’ici 11 à 14 mois», précise Ivan Chaleil, président de La NEF. L’épargne reste toutefois au cœur du projet de la banque éthique : «Notre objectif, c’est de transformer la société et le monde de la finance. Et c’est avec les 6 000 milliards d’euros d’épargne [l’épargne totale des Français·es, NDLR] qu’on peut le faire, plutôt qu’avec les comptes courants, qui renferment dix fois moins d’argent.»
En tant que citoyen·ne préoccupé·e par l’urgence écologique, il est donc possible de changer de banque pour privilégier celles qui agissent en faveur du climat. «Votre départ aura toutefois plus d’impact si vous vous faites entendre, conseille Raphaël Cros. Vous pouvez par exemple prendre rendez-vous avec votre conseiller bancaire pour lui expliquer vos raisons et qu’il les fasse remonter. Ou, mieux encore, le faire de manière collective : afficher vos revendications et en parler autour de vous, pour lancer un mouvement.»
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