Vibromasseur, godemichet ou masturbateur pénien… Peut-être possédez-vous l’un de ces jouets sexuels. En France, au moins une personne sur deux a déjà utilisé un sextoy, selon un sondage Ifop de 2021 – un chiffre multiplié par trois en dix ans.
Le marché du jouet sexuel est surtout stimulé à l’approche de la Saint-Valentin, où les ventes bondissent de 30 à 45%, en fonction des plateformes de vente. Derrière cet engouement se cache une réalité moins glamour : fabriqués majoritairement en Chine, ces objets sont composés de plastiques, souvent dotés de batteries au lithium et parfois de phtalates, des perturbateurs endocriniens. En plus, ils sont difficiles à recycler, et leur transport à travers le globe alourdit encore l’empreinte carbone.
À Briouze, au cœur de la campagne ornaise, Bénoni Paumier a voulu renverser la vapeur. Il y a deux ans, cet ingénieur en sciences des matériaux a fondé Réjouis, présenté comme le premier reconditionneur de sextoys au monde. «On sait que l’essentiel de l’impact carbone d’un sextoy se joue au moment de sa fabrication. Alors, au lieu d’acheter du neuf, pourquoi ne pas les réutiliser ?», résume-t-il.

Une idée née d’une problématique personnelle. «Il y a quelques années, avec une précédente conjointe, nous avons voulu acheter un jouet intime. Le problème, c’est qu’on voulait se faire plaisir sans trahir notre conscience écologique. Et il n’y avait pas de solution», retrace l’ingénieur.
Ce lundi 26 janvier, les cartons s’amoncellent sur une longue table en bois, dans une pièce qui appartenait autrefois à un collège privé catholique. Cutter en main, Bénoni Paumier ouvre l’un d’eux et en sort un vibromasseur et des boules de geisha.
Dans la «capitale du sextoy reconditionné», comme l’a surnommée la presse locale, des colis similaires arrivent chaque semaine d’un peu partout en France et, à la marge, d’Allemagne ou de Belgique. La majorité provient de particulier·es, via le site internet de Réjouis ou via des bornes de collecte installées dans des sexshops. On y dépose son jouet en échange de bons d’achat chez Réjouis ou dans la boutique partenaire. «On en traite une centaine par semaine», précise l’Ornais, épaulé au quotidien par trois salarié·es.
«Donner une valeur écologique» aux sextoys
En deux ans, sa PME normande a infusé l’idée d’une filière du jouet intime reconditionné dans un secteur dominé par le neuf. D’après un rapport publié en 2024 par le cabinet d’études Spherical insights, entre 1,8 et 2 milliards de sextoys sont vendus chaque année dans le monde. Un secteur valorisé à 38 milliards d’euros en 2025, qui pourrait atteindre 63 milliards d’ici 2030.
L’entrepreneur se remémore : «Je voulais sortir d’une logique qui pousse à consommer toujours plus, pour donner une valeur écologique à ces objets. Beaucoup finissent au fond d’un placard, notamment après la Saint-Valentin, parce qu’ils ne sont pas toujours désirés. Mon pari a été de dire qu’eux aussi avaient droit à une seconde vie.»

Dans son atelier de 150 mètres carrés, on trie, on vérifie le fonctionnement des batteries, on désinfecte et on remet en circulation des objets qui étaient promis à la poubelle. Mais ce procédé garantit-il une hygiène irréprochable ?
Dans une pièce jouxtant la zone de réception, Corentin Postel est occupé à astiquer un vibromasseur. Blouse de laboratoire sur le dos et charlotte sur la tête, il ne laisse aucun geste au hasard. «Il faut être extrêmement rigoureux. Quand on parle d’hygiène, on n’a pas le droit à l’erreur», décrit-il. Autour de lui, des sextoys sèchent sur une plaque.
Dans cet exigu laboratoire, chaque jouet intime est soumis à un véritable parcours du combattant. «Il y a d’abord une phase de détergence, avant que chaque jouet soit désinfecté, mis en quarantaine, puis de nouveau désinfecté grâce à une machine à UV, avant d’être emballé et scellé, détaille Bénoni Paumier. Ce protocole est extrêmement strict et a été établi avec un médecin.»
Les jouets sont ensuite classés en différents grades : parfait état (sans aucun défaut esthétique), très bon état (comportant quelques rayures) et… «gueule cassée». «C’est un produit qui est vendu à bas prix, car l’une de ses fonctions est défectueuse. Dans tous les cas, les parties en silicone, en contact avec les muqueuses, sont toujours sans aucun défaut», assure le fondateur de Réjouis.
Un exemple unique au monde
Malgré les précautions prises pour garantir un reconditionnement totalement hygiénique, Bénoni Paumier le reconnaît, son concept peut «surprendre, voire désorienter au départ. On reçoit tous les jours des messages de gens qui s’interrogent sur les sextoys reconditionnés.»
Le reconditionnement de jouets sexuels, bien que novateur, est marginal. Si certaines entreprises, notamment américaines, proposent des réparations de sextoys, aucune autre que Réjouis ne propose une remise en état à l’échelle industrielle.

«Évidemment, on ne peut pas demander aux gens de préférer les sextoys reconditionnés du jour au lendemain, reconnaît le chef d’entreprise, au milieu de rangées de jouets qui attendent d’être expédiés. Cela prend du temps. En général, quand je parle du concept, les personnes me disent qu’elles ne pourraient pas acheter ces jouets. Puis, souvent, elles en parlent avec des potes et, ensuite seulement, elles osent passer à l’achat.»
L’entreprise voit d’ailleurs ses ventes bondir de 12% chaque mois depuis sa création. «L’âge moyen des acheteurs est de 42 ans, avec une mixité parfaite, même si la moitié des hommes achètent pour faire un cadeau», souligne-t-il. Un succès d’autant plus visible lors des fêtes de fin d’année, de la Saint-Valentin… et des soldes. Même s’il y a tout un aspect écologique qui intéresse les gens, le fait de vendre nos jouets 30 à 40% moins chers que le neuf attire aussi.»
Des sextoys qui attirent l’œil
Le concept a tapé dans l’œil de certains mastodontes du secteur. Réjouis est parvenu à se faire repérer par Passage du désir, l’un des leaders français du domaine. «L’entreprise n’était même pas ouverte qu’ils étaient déjà intéressés», savoure Bénoni Paumier.
Leurs paquets transparents sont désormais vendus dans une rubrique spécifique sur le site de la marque, et dans certaines boutiques. «Qui aurait pu croire, il y a deux ans, qu’ils vendraient des jouets reconditionnés ?», s’émerveille l’entrepreneur.
À l’avenir, il espère convaincre d’autres grands noms du secteur de distribuer ses sextoys : «Aujourd’hui, cela me semble quand même difficile de continuer d’ignorer l’impact écologique de ces produits.» Il réfléchit à ouvrir d’autres ateliers, notamment en Belgique, car «la place sur le marché est réellement énorme, il y a une vraie attente.»
Bientôt, Réjouis devrait aussi agrandir ses locaux briouzains. Une nouvelle étape pour séduire encore davantage, avec ses sextoys reconditionnés.
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