Cancers, troubles de la fertilité, tumeurs : les pathologies dues à la contamination par des pesticides sont largement documentées depuis des décennies. En amont de la journée mondiale de la santé, qui aura lieu le 7 avril, plus de 80 organisations (associations, collectifs et syndicats) appellent à une grande mobilisation à Paris ce samedi après-midi. L’objectif : dénoncer l’impact des pesticides sur l’effondrement de la biodiversité et alerter sur les conséquences de l’exposition aux produits phytosanitaires sur la santé humaine.
La marche est intitulée Printemps bruyant en référence au célèbre ouvrage Printemps silencieux de la biologiste et lanceuse d’alerte américaine Rachel Carson, qui a contribué à l’interdiction du puissant insecticide DDT (pour «dichlorodiphényltrichloroéthane»).

À la manœuvre, on retrouve deux mouvements de désobéissance civile, Extinction rebellion (XR) et les Scientifiques en rébellion. Ils ont rapidement été rejoints par des collectifs de docteurs, dont Alerte des médecins contre les pesticides, des associations comme Agir pour l’environnement, ou encore le Collectif des ouvriers agricoles et de leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides (Coaadep).
Le cortège s’élancera à 14 heures depuis le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), dans le 5ème arrondissement, puis rejoindra le ministère de la santé (Paris 7ème). Les organisateur·ices promettent une mobilisation joyeuse et festive, ponctuée d’«artivisme» (des représentations artistiques engagées), de prises de parole de scientifiques et de musique.
Un enjeu trop peu médiatisé
Cette journée visera à mettre au centre du débat les sujets des pesticides et du vivant, alors que les manifestations environnementales se concentrent souvent sur le climat. «Le fait que les pesticides tuent la biodiversité et nous menacent aussi vite, voire plus, que le changement climatique est souvent invisibilisé», déplore Lise, porte-parole d’Extinction rebellion pour cette marche. «L’agriculture intensive ne se maintient qu’en détruisant la vie sur Terre et les puissants lobbies de l’agrochimie emploient de nombreux marchands de doute pour le cacher. ll est urgent de lever le voile sur le massacre en cours», prévient le biologiste Pierre-Henri Gouyon, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle.
Pour les organisateur·ices, le sujet de la santé s’est imposé facilement pour cette mobilisation, car il est une porte d’entrée très concrète pour les citoyen·nes. «Centrer la mobilisation autour de l’axe de la santé permet de toucher un public qui est a priori moins sensible à la disparition des insectes ou des papillons, ou pour qui ces choses sont difficiles à appréhender», détaille Lise, d’Extinction rebellion. «Nous sommes tous concernés par le sujet : nous mangeons tous des pesticides, nous en respirons, nous en buvons», abonde Florence Volaire, chercheuse en écologie et représentante des Scientifiques en rébellion pour la mobilisation Printemps bruyant. Pour elle, ce prisme sanitaire explique qu’une si grande variété d’associations ait signé l’appel de la mobilisation.
Une mobilisation inédite
Plus habitués des actions chocs, XR et Scientifiques en rébellion espèrent rassembler le plus de monde possible autour de ces enjeux grâce à cette marche. Une mobilisation d’une telle ampleur n’avait jamais encore eu lieu sur la question de la santé et des pesticides. «Je pense que le fait qu’autant d’organisations s’engagent pour cette cause commune des pesticides est historique, estime Françoise Volaire, de Scientifiques en rébellion. Maintenant, l’idée est d’obtenir une masse critique de participants pour sonner l’alarme.»
Les organisations prévoient d’ores et déjà de pérenniser cette marche annuelle autour de la journée mondiale de la santé. «On espère que ce sera le début d’une lutte qui dure», affirme Lise, d’Extinction rebellion. En parallèle de leur mobilisation, les collectifs engagés réclament des investissements massifs pour permettre aux agriculteur·ices de se détourner des pesticides et de développer des pratiques respectueuses de tous les êtres vivants – humains, animaux et végétaux.
À lire aussi
-
Pas d’interdiction de pesticides sans solutions ? Agriculteurs et scientifiques se sont alliés et présentent leurs alternatives
Au phyto dit, aussitôt fait. Des spécialistes du sujet ont travaillé pendant six ans avec des agriculteur·ices pour tester des solutions alternatives aux pesticides, dangereux pour l’environnement et la santé. Les résultats viennent d’être rendus publics et proposent des méthodes efficaces. -
«Stand up for science» : à Paris, scientifiques et citoyens défilent face à «l’attaque généralisée» de Trump contre la recherche
À contre-science. 2 500 personnes se sont rassemblé·es pour dénoncer les saillies du président américain contre le monde de la recherche, ce vendredi. Entre crainte, détermination et solidarité, des chercheur·ses racontent à Vert pourquoi cette mobilisation leur semble essentielle.