Le mot d’ordre de cette mobilisation était clair : «L’agriculture, on veut en vivre, pas en mourir.» Mercredi, peu après 16h, une centaine d’agriculteur·ices de la Confédération paysanne – syndicat défenseur d’une agriculture paysanne et respectueuse de l’environnement – se sont introduit·es dans l’enceinte de la direction générale de la performance économique, à Paris (7ème arrondissement).
L’enjeu de ce rendez-vous était de dénoncer la politique agricole du gouvernement. La Confédération paysanne s’oppose à la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (notre article), ainsi qu’à la signature de l’accord de libre-échange UE-Mercosur. L’objectif était aussi d’exiger la «décolonisation de l’agriculture». Des agriculteur·ices d’outre-mer étaient venu·es pour clamer «la solidarité entre les paysans». Et pour contester l’accaparement, selon elles et eux, des subventions publiques par un petit nombre d’exploitant·es et de grands groupes agro-industriels.

Les manifestant·es ont pénétré dans cette annexe du ministère de l’agriculture, «à pied et sans aucune violence», défend le syndicat, puis ont déployé plusieurs banderoles.
Une heure après le début du rassemblement, la police a évacué les lieux et interpellé 50 personnes, selon la préfecture. Elles ont été placées en garde à vue, a annoncé le préfet dans la soirée, précisant que le groupe de paysan·nes avait «pénétré sans autorisation l’enceinte extérieure d’une annexe du ministère de l’agriculture» et que ces faits étaient «constitutifs d’un grave trouble à l’ordre public et de plusieurs délits».
La préfecture a par ailleurs indiqué qu’un·e représentant·e du ministère de l’agriculture avait déposé plainte.
«Deux poids deux mesures»
De son côté, la Confédération paysanne évoque 52 gardé·es à vue, parmi lesquel·les ses trois porte-parole à l’échelle nationale, ainsi que le président de la chambre d’agriculture de Guyane, Jean-Yves Tarcy. Le syndicat appelle à un rassemblement ce jeudi à la mi-journée, devant le commissariat du 18ème arrondissement, pour demander leur libération «immédiate» et protester contre «le deux poids deux mesures de ce gouvernement dans la répression syndicale et dans les réponses politiques aux demandes» des agriculteur·ices.
Cette mobilisation intervient au lendemain d’une nouvelle salve d’annonces gouvernementales. Le premier ministre Sébastien Lecornu a promis une «loi d’urgence agricole» portant sur la prédation (du loup, notamment), l’eau et les moyens de production. Ces mesures recoupent les revendications de l’alliance FNSEA-Jeunes agriculteurs, syndicats agricoles majoritaires.

La FNSEA, qui a longtemps été le seul interlocuteur de l’État avant l’émergence d’autres syndicats – notamment la Confédération paysanne, en 1987 –, est régulièrement accusée par les autres forces d’imposer son ordre du jour à l’État. «Nous demandons la fin de cette cogestion insupportable de la FNSEA et du ministère de l’agriculture», a dénoncé Fanny Métrat, l’une des porte-parole de la Confédération paysanne, pendant l’action.
«La FNSEA peut faire défiler 400 tracteurs et est reçue en grande pompe par Yaël Braun-Pivet et le premier ministre. Nous, à chaque fois qu’on se mobilise, tout ce qu’on obtient, c’est de la répression», abondait alors Thomas Gibert, également porte-parole du syndicat. Vendredi dernier, avec Stéphane Galais (le troisième porte-parole), il avait été interpellé au pied de l’Arc de Triomphe, où il attendait six tracteurs après une opération escargot sur le boulevard périphérique.
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