Le château dans l’artificiel. Cette semaine, le rédacteur en chef de Vert s’est intéressé au «Ghibli effect», cette nouvelle tendance sur les réseaux sociaux. Mais oui, vous savez, cette prolifération d’images fabriquées par l’intelligence artificielle et inspirées du célèbre studio d’animation japonais. Cliquez ici pour (ré)écouter cette chronique diffusée sur France inter, mercredi 2 avril 2025.
Mathieu Vidard : Loup, vous allez nous parler d’une tendance des réseaux sociaux qui a des conséquences assez inattendues…
Les films du studio d’animation japonais Ghibli sont connus pour célébrer la beauté de la nature et de la vie ; ils sont désormais associés à une vaste gabegie d’énergie due à l’intelligence artificielle.
Le 25 mars, l’entreprise américaine OpenAI a fait une mise à jour de son outil ChatGPT 4o, qui offre tout un tas de nouvelles fonctionnalités en matière de création d’images. ChatGPT comprend mieux nos instructions, les images sont beaucoup plus détaillées et l’on peut désormais affubler son chat d’un monocle. Comme le dirait ma grand-mère alsacienne : «Yo, on vit vraiment dans une époque !»
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Mais celle qui a retenu l’attention du très grand public, c’est la possibilité de donner à n’importe quelle photo l’esthétique des films du studio Ghibli, fondé en 1985 par Hayao Miyazaki. Comme le raconte Le Monde, c’est un ingénieur de Seattle, Grant Slatton, qui a, le premier, découvert cette possibilité : dès le 25 mars, il a posté sur le réseau social X une photo de vacances de sa famille façon Ghibli. Une image vue 45 millions de fois qui a mis le feu aux poudres d’Internet.
Depuis, à peu près tout le monde s’y est mis, traduisant en Ghibli des images de soi-même ou de chiots, détournant des célèbres memes, comme des clichés iconiques : l’assassinat raté de Trump ou celui, plus réussi, de Kennedy. Les équipes de communication d’Emmanuel Macron et de Gabriel Attal, qui ne ratent jamais une occasion de surfer approximativement sur une tendance des internets, y sont aussi allées de leur cliché.
Hélas, cet emballement mondial, a priori léger, pose de lourdes questions.
Ah oui, et lesquelles ?
La génération d’images virtuelles a des effets bien réels. Ses milliers de processeurs consomment de l’électricité, qui est souvent produite à partir d’énergies fossiles aux États-Unis, charbon en tête.
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S’il est impossible de savoir avec précision combien le remix de votre dernière beuverie façon Ghibli a consommé – puisqu’OpenAI, comme les autres géants de l’IA, refuse délibérément d’être transparent là-dessus –, voici un petit aperçu, donné par son fondateur, Sam Altman, ce dimanche : «C’est super amusant de voir les gens aimer les images dans ChatGPT ! Mais nos GPU [c’est-à-dire les processeurs graphiques] sont en train de fondre.»
Pour répondre à cette explosion, il a annoncé qu’il y aurait une limitation à cette fonctionnalité, mais il n’a pas précisé de quel type. Et, à en croire l’image manga de Mathieu Vidard et sa chienne Margot, qui tourne sur les réseaux depuis ce matin, j’ai l’impression que c’est toujours open bar.
Et l’écologie n’est pas le seul problème…
Devinez qui a dit ces mots : «Jamais je ne voudrais incorporer cette technologie dans mon travail. Je pense sincèrement que c’est une insulte à la vie-même.» Cette phrase, elle a été prononcée par Hayao Miyazaki, interrogé dans un documentaire de 2016 qui a refait surface ces jours-ci.
Il y a donc une ironie particulière à voir OpenAI, colosse de l’IA, s’offrir un buzz planétaire sur le dos de Miyazaki, qui a passé une vie entière à créer cet univers. Un univers dévoyé et jeté gratuitement en pâture au monde.
Il y a encore plus impressionnant et même inquiétant comme fonctionnalité, c’est la génération de poèmes un peu cringe façon Cyril Dion. Écoutez plutôt :
Ils ont promis des merveilles, des pinceaux sans main,
Des muses sans fièvre, des poèmes sans faim.
Mais l’algorithme broie ce qu’il ne sait sentir,
Efface les blessures, les éclats, le désir,
Et laisse un monde lisse, sans ombre et sans matin.
Je vous laisse deviner si c’est l’IA ou moi qui ai écrit ça. Bref, l’intelligence artificielle est chaque jour plus irrésistible, et son pouvoir croissant nous rapproche irrémédiablement de l’abîme culturel et climatique. Et plutôt que de s’en inquiéter, nos dirigeants jouent avec le feu pour gratter quelques likes de plus. Au train où vont les choses, on va tous crever…
Mais qu’est-ce qu’on aura ri !
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