Chronique

Avec «Péquenaude», Juliette Rousseau retisse un lien au paysage dévasté par l’exploitation agricole intensive

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Dans son troisième ouvrage, Péquenaude, tout juste paru aux éditions Cambourakis, l’autrice Juliette Rousseau pose un regard doux, intense et parfois cru sur la campagne bretonne où elle a grandi. Un appel qui résonne comme un cri pour réclamer sa terre. 

«J’ai grandi avec la honte de mon village et la fierté de ma région», confie l’autrice et éditrice Juliette Rousseau dans un ouvrage court et saisissant. Un village breton, bien loin des décors de carte postale, où elle est revenue s’installer après plusieurs années passées en ville. C’est le féminisme, dit-elle, qui lui a appris «à regarder autrement le territoire» d’où elle vient pour «écrire un monde qui n’existe plus, mais qui existe encore». Elle s’y adonne par jaillissements, comme autant de tentatives pour repriser le lien avec les lieux de son enfance.

L’autrice explore les replis d’une terre rendue stérile par l’exploitation agricole, par la violence intériorisée et les silences. Une terre exsangue où se mêlent les souvenirs de l’adolescence – la boîte de nuit, la cabane à frites, les accidents de voiture – et le présent d’une poétesse qui vit au rythme des saisons et de sa propre sensibilité. Des émotions aussi : la culpabilité d’être partie, la «futilité» de l’écrivaine.

«Il me semble parfois qu’en moi comme autour de moi l’offensive a déjà fait trop de dégâts pour que puisse y naître quoi que ce soit d’autre» : dès lors, comment renouer avec le paysage dévasté ?

Juliette Rousseau va chercher au plus profond d’elle-même, pioche dans l’histoire de ses grands-parents, dans la langue populaire – le gallo -, «qui s’est évanouie avec la vie de nos aïeux, leurs usages, leurs pratiques, leur cosmogonie». Elle convoque aussi les histoires ancestrales, comme celle des saintes des forêts, qui bruissent encore en un murmure du temps profond pour qui sait tendre l’oreille. «L’histoire remonte bien avant moi, elle ne m’appartient pas, elle est collective, écrit-elle. Elle est aussi parcellaire, trouée comme son territoire».

Par-delà la violence, l’absence et la dévastation du paysage, l’autrice nous montre un chemin de crête pour renouer avec la terre : celui d’une poésie qui répare, dont elle a le secret et dont nous avons toutes et tous terriblement besoin.

Péquenaude, Juliette Rousseau, Editions Cambourakis, septembre 2024, 120p, 16€

«La démocratie meurt dans les ténèbres»

Ce slogan du Washington Post résonne tristement, alors que ce monument de la presse étasunienne, propriété de Jeff Bezos, licencie 300 de ses 800 journalistes.

Motif : le journal perd de l’argent, 100 millions de dollars en 2024. Soit un 2400ème de la fortune de son propriétaire.

Un sabotage en règle de son propre journal pour l’empêcher d’être un contre-pouvoir à Donald Trump, à qui il a prêté allégeance.

Dans le même temps, sa célèbre société de vente de colis a déboursé 75 millions de dollars pour produire et diffuser un documentaire de propagande sur la First Lady Melania Trump.

Chaque achat sur sa plateforme, c’est de l’argent en plus pour Bezos, qui lui sert à aggraver la désinformation, s’acheter du pouvoir politique, précariser les travailleur·ses et aggraver la crise climatique.

Elle doit disparaître de nos vies, maintenant et pour toujours.

Il y a une autre urgence : soutenir la presse indépendante, qui n’appartient à personne d’autre qu'à vous et ne sera jamais aux mains de ces dangereux personnages.

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