Décryptage

«On ne peut pas faire de l’écologie et s’arranger avec le Parti socialiste» : à Montpellier, Les Écologistes se déchirent avant les municipales

Hérault et des bas. À quelques semaines du scrutin, Montpellier est devenu le théâtre de déchirements entre écologistes. Julia Mignacca, co-cheffe de file de la liste soutenue par Les Écologistes aux municipales, a claqué la porte. Elle dénonce des compromis avec le Parti socialiste et revendique une écologie de rupture. Une crise locale qui illustre des tensions politiques nationales.
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À Montpellier (Hérault), la gauche part en rangs divisés pour les élections municipales de mars prochain. Le maire (Parti socialiste) sortant, Michaël Delafosse, La France insoumise (LFI) et Les Écologistes présentent chacun une liste. Et, pour compliquer un peu plus la chose, les Verts se divisent entre toutes ces candidatures.

Le 27 janvier, Julia Mignacca, présidente du conseil fédéral du parti Les Écologistes et co-cheffe de file du Printemps montpelliérain – une liste écologiste, sociale et citoyenne constituée en opposition au maire socialiste – a démissionné de l’ensemble de ses fonctions. Elle a quitté le parti écologiste, assumant une rupture avec la stratégie nationale portée par Marine Tondelier et avec le positionnement local du mouvement. Quelques jours plus tard, elle a rejoint la liste de La France insoumise.

Militante écologiste depuis 2019, cette quadragénaire explique : «J’étais trop en désaccord avec la stratégie du parti, tant au niveau national qu’au niveau local. On ne peut pas faire de l’écologie et s’arranger avec le Parti socialiste, ni faire des compromis avec le libéralisme.» Signataire de la tribune «À la social-écologie, préférons l’écologie de rupture», parue sur Mediapart, elle dit se sentir davantage «en phase» avec LFI et dénonce un Printemps montpelliérain trop centriste à son goût. «Avec le Printemps, on avait un accord : se tourner vers les propositions de LFI. Or, rien n’a été fait en ce sens. Il n’y a eu que des refus de discussion avec les forces de gauche», regrette-t-elle. Mardi 4 février, nous avons appris que la trentaine de signataires de la tribune a été suspendue du parti Les Écologistes jusqu’à la fin du scrutin municipal.

Une fracture depuis 2022

Largement commenté sur place, le départ de Julia Mignacca du Printemps montpelliérain ouvre une crise chez les Verts héraultais·es. Une de plus. Depuis leur accession à la majorité municipale aux côtés de Michaël Delafosse en 2020, la vie des élu·es écologistes n’a rien d’un long fleuve tranquille. Dans la septième plus grande ville de France, elles et ils se disputent depuis près de quatre ans.

Julia Mignacca a claqué la porte des Écologistes pour rejoindre La France insoumise. © DR

En 2022, une partie avait choisi de quitter le navire de la majorité. Pour Coralie Mantion, alors vice-présidente à l’aménagement durable du territoire à la métropole de Montpellier, et trois autres conseiller·es, il fallait se démarquer de la politique du maire socialiste «et de projets qui ne nous convenaient pas». «Le nouveau plan de circulation, les projets de contournements autoroutiers, la volonté de vouloir une ville toujours plus grande… ce ne sont pas des dossiers que nous pouvions défendre», appuie-t-elle. Quant à la gratuité des transports mise en place sous le mandat Delafosse ? «Cela n’a rien d’écologique, le nombre de voitures n’a absolument pas diminué dans la ville !», enrage Coralie Mantion.

Une main tendue…

Il y avait donc déjà deux clans écologistes au sein de la majorité municipale, auxquels il faut ajouter la ligne de la députée LFI Nathalie Oziol, conseillère municipale d’opposition qui prône «une écologie de rupture». Ainsi que le mouvement de la citoyenne Alenka Doulain, conseillère municipale d’opposition, engagée pour une écologie sociale et aujourd’hui membre du mouvement Cause commune (rallié à LFI pour la campagne).

À quelques mois des municipales, certain·es auraient imaginé un rapprochement de toutes ces forces. Nathalie Oziol a été la première à tendre la main, proposant de faire liste commune pour s’opposer au maire. Niet. Le Printemps montpelliérain qui, outre les écologistes dissidents, réunit les partis Génération.s, L’Après, L’Assemblée des quartiers et Social-démocratie écologie, n’a pas donné suite. Sa tête de liste, le député Les Écologistes Jean-Louis Roumégas, figure politique locale depuis plus de vingt ans, a reçu l’investiture de son parti.

Nathalie Oziol prône une «écologie de rupture». © DR

En janvier, le conseil disciplinaire national des Écologistes avait exclu – le temps de la campagne – les élu·es resté·es fidèles à Michaël Delafosse et qui avaient rejoint la liste Demain Montpellier. Marie Massart en a fait les frais. Cette membre du groupe Les Écologistes pour Montpellier, adjointe au maire en charge de la politique alimentaire et de l’agriculture urbaine, estime que la décision de janvier était «dure» : «Je considère cela injuste au vu de mes vingt-cinq ans de militantisme. Je reste écologiste dans l’âme, dans mes convictions. Il n’est pas question pour moi d’aller ailleurs.»

La «bifurcation écologique» de LFI

Nathalie Oziol, qui ne comprend pas le refus du Printemps montpelliérain de «s’unir pour faire barrage à Michaël Delafosse», se dit ravie «de l’arrivée de Julia Mignacca et du rassemblement d’une gauche de rupture qui veut mettre en place la bifurcation écologiste». Pour cette ancienne enseignante de 35 ans, qui se lance pour la première fois dans la bataille municipale, «il n’y a qu’une façon d’être écologiste : revenir à une écologie sociale, populaire et instaurer une nouvelle culture démocratique».

À Montpellier, les prochaines semaines s’annoncent agitées. Si le Printemps montpelliérain poursuit sa campagne – il a organisé une conférence de presse, lundi, sur le thème des mobilités – son avenir reste incertain. Jean-Louis Roumégas est désormais minoritaire au sein du mouvement. Pour l’heure, les écologistes montpelliérains démontrent surtout leur incapacité à partir uni·es dans la bataille des municipales. Comme en 2020.

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