Décryptage

Municipales 2026 : à Nantes, la droite veut «dégager Johanna Rolland», après un mandat socialiste sous le signe de la bifurcation écologique

L’édile de Nantes. Bilan, dossiers chauds, candidat·es : en partenariat avec le journal d’investigation locale Mediacités, Vert passe en revue les enjeux des élections municipales. Troisième étape à Nantes, dirigée par la gauche socialiste et écologiste depuis 1989 et par Johanna Rolland depuis plus de dix ans.
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Cet article est issu de la série de Vert sur les enjeux des élections municipales, en partenariat avec plusieurs médias locaux indépendants. Journal d’investigation locale, Mediacités est implanté à Lyon, Nantes, Toulouse et Lille.
Retrouvez l’ensemble des enquêtes de notre partenaire sur les municipales 2026 dans ces quatre agglomérations sur www.mediacites.fr.
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À Nantes (Loire-Atlantique), ils sont huit à vouloir s’asseoir dans le fauteuil de maire occupé depuis 2014 par Johanna Rolland (Parti socialiste), qui avait pris la suite de son mentor : l’ex-premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault. Cela fait 36 ans que la sixième ville de France est ancrée à gauche. En 2020, lors du dernier scrutin municipal, Johanna Rolland l’avait emporté aisément – malgré les envies de conquête des Écologistes et un macronisme encore vivace.

La socialiste s’avance de nouveau comme favorite en 2026 mais avec une concurrence venant surtout de la droite ce coup-ci. Son deuxième mandat a été celui de la bifurcation écologique, sous l’influence des Écologistes qui, cette fois, la soutiennent dès le premier tour. «Ils prennent Johanna Rolland en otage, comme les Insoumis. La ville étouffe», dénonce l’opposition de droite et du centre, plus «ambitieuse» cette année par la voix de l’inattendu Foulques Chombart de Lauwe (Les Républicains).

Ce virage politique de Johanna Rolland en faveur de l’écologie demeure cependant encore très flou – ce qu’on lui reproche sur sa gauche. La maire sortante défend une «ville du quart d’heure» (où l’on trouve ce dont on a besoin à 15 minutes de chez soi, via des modes de déplacement doux) et une «ville refuge», plus hospitalière pour ses habitant·es face aux tumultes du monde. Bien qu’en très bonne santé économique, Nantes – et la métropole dans sa globalité – baigne dans l’incertitude. Les «années dorées Ayrault», où la ville apparaissait comme la grande agglomération où il faisait bon vivre en France, sont terminées.

Johanna Rolland brigue un troisième mandat à la mairie de Nantes. © Thibault Dumas/Mediacités

La métropole nantaise est confrontée aux immenses défis engendrés par sa démographie galopante (environ 8 000 habitant·es de plus par an depuis 2010, près de 700 000 désormais) : manque de logements, saturation des transports, insécurité, grignotage des espaces naturels.

Notons au passage cette particularité nantaise. Du fait du poids démographique de la ville-centre, le/la maire de Nantes élu·e devient automatiquement président·e de Nantes Métropole (28 communes), concentrant tous les pouvoirs. Foulques Chombart de Lauwe a pour sa part fait le choix de se présenter en formant une sorte de duo avec l’ex-ministre Sarah El Haïry (MoDem), candidate, elle, à la présidence de la métropole. «Une gouvernance plus moderne», explique le binôme.

Les chiffres et les enjeux du scrutin

101. Inauguré en 2019, le Jardin extraordinaire est le 101ème parc ouvert à Nantes. Il y a quelques mois, il a quasiment doublé de surface, en s’étendant sur 3,5 hectares supplémentaires en bord de Loire. La marque d’une ville «verte et bleue» irriguée par le fleuve, qui débouche sur la mer et sur plusieurs rivières (l’Erdre, la Sèvre nantaise). Il y a six ans, le projet d’agrandissement était pourtant différent : en lieu et place de cette extension devait se dresser une gigantesque sculpture-attraction de 35 mètres de haut : l’Arbre aux hérons.

Ce méga-projet touristique et culturel à 80 millions d’euros, dans la veine du fameux Grand éléphant, a finalement été abandonné en 2022 par Johanna Rolland. Ce qui a marqué un tournant pour la vivace culture «à la nantaise» (la ville accueille aussi la compagnie Royal de Luxe), moteur de l’attractivité de la ville durant vingt ans. D’ailleurs, toutes les grandes figures de cette politique culturelle tirent leur révérence les unes après les autres, sur fond parfois d’affaires judiciaires : Jean Blaise au Voyage à Nantes, René Martin à la Folle journée.

Le Grand éléphant des Machines de l’île fait partie des attractions phares de Nantes. © Pascal Bernardon/Unsplash

En face, Foulques Chombart de Lauwe souhaite «réoxygéner la culture nantaise» et redynamiser le monde économique. Même si le candidat de l’opposition assume le soutien de Christelle Morançais, chantre de la rigueur budgétaire, visant le monde associatif et culturel.

1 300. Comme le nombre de logements neufs mis en vente dans la métropole nantaise en 2024 (derniers chiffres disponibles), selon l’Oloma (l’Observatoire régional du logement neuf). Pour rappel, les objectifs de Nantes Métropole prévoyaient la construction de… 6 000 logements neufs par an, dont 2 000 logements sociaux. «Comme toutes les métropoles, nous subissons une baisse importante des constructions. Mais en partant d’un niveau de production avant la crise bien plus élevé qu’ailleurs», défend Pascal Pras, vice-président (PS) en charge de l’urbanisme.

Il y a deux ans, la collectivité a lancé un plan métropolitain de 47 millions d’euros pour relancer les chantiers «avec un souci particulier pour le logement social et abordable». Nantes Métropole avance avoir ainsi «débloqué» une centaine d’opérations immobilières, pour près de 5 400 logements en construction. La crise du logement n’en demeure pas moins un vrai problème quotidien pour les Nantais·es. La gauche radicale en fait son cheval de bataille : loger les plus pauvres (par la réquisition et la construction) tout en arrêtant les grands projets urbains.

Foulques Chombart de Lauwe (Les Républicains) bénéficie d’une vraie dynamique de campagne, lancée il y a plus de deux ans. © Thibault Dumas/Mediacités

2,87%. À l’automne 2022, Nantes a connu une flambée médiatique nationale après une série de faits divers sordides. S’est alors cristallisée l’image d’une ville devenue dangereuse après avoir été ultra‐désirable durant un quart de siècle. «L’épisode le plus éprouvant du mandat», selon l’entourage de Johanna Rolland, qui a depuis musclé son discours et ses mesures (recrutements au sein de la police municipale, multiplication des caméras de vidéosurveillance). Au grand dam de ses allié·es écologistes et sans convaincre ses opposant·es de droite et macronistes, qui jugent tout cela «insuffisant», en souhaitant par exemple armer la police municipale.

Depuis, les derniers chiffres disponibles sont meilleurs. Selon la préfecture de Loire-Atlantique, les faits de délinquance ont diminué de 2,87% en 2024 par rapport à 2023. Reste que, l’année passée, Nantes a connu 62 règlements de comptes liés au trafic de drogues : un record, dans un Grand Ouest qui n’est plus épargné par le phénomène. Si la sécurité n’est pas le sujet ultra-dominant de la campagne (comme on aurait pu s’y attendre), elle demeure «un bruit de fond continu», comme le résume un candidat. Le Rassemblement national, emmené par Jean-Claude Hulot, a d’ailleurs baptisé sa liste «Pour une Nantes sûre !».

6 et 7. Ce sont les numéros des nouvelles lignes de tramway qui doivent entrer en service fin 2027, en même temps qu’une nouvelle liaison de bus en site propre (busway). Cela fait plus de vingt-cinq ans qu’une nouvelle ligne n’avait pas été construite à Nantes, ce qui était pointé du doigt. Parallèlement, la pratique du vélo a explosé dans les rues nantaises après la crise du Covid-19. Sa part modale atteint aujourd’hui environ 10%, contre à peine 3% en 2019.

Le réseau de pistes cyclables a gagné en densité et en cohérence – après des années où cela «grippait dans le pédalier» – avec, par exemple, 50 km de voies magistrales (de grands axes de circulation pour les vélos) livrés en 2026. Pour l’heure, le débat municipal porte plutôt sur la gratuité dans les transports en commun, instaurée le weekend depuis 2021 par Johanna Rolland, qui veut l’étendre aux plus précaires. De leur côté, les Insoumis·es veulent une gratuité totale, à terme. La droite, quant à elle, souhaite organiser un référendum local sur le maintien de la gratuité le week-end, un succès de fréquentation qui coûte 14 millions d’euros par an.

Déjà huit candidats

Johanna Rolland demeure donc la favorite du scrutin, soutenue dès le premier tour par les écologistes et par une dizaine de partis au sein de «La Gauche unie pour Nantes». En clair : toute la gauche à l’exception de La France insoumise. Les Insoumis·es visent en effet une entrée inédite au conseil municipal avec leur propre liste, «Nouvelle Nantes». Un nouveau duo de candidat·es, constitué de William Aucant et d’Erika Cadersah, a succédé à l’implosion d’un premier cet été, sur fond de crise interne. Au sein de la gauche radicale, elle et il sont concurrencé·es par Margot Medkour («Nantes populaire»), qui avait leur soutien en 2020.

De haut en bas et de gauche à droite : Johanna Rolland (Parti socialiste), Foulques Chombart de Lauwe (Les Républicains), Margot Medkour (Nantes populaire) et William Aucant (La France insoumise). © Montage Vert

L’opposition de droite et du centre se dit unie, pour la première fois depuis 25 ans. Unie ? Pas tout à fait, puisqu’une liste dissidente («Nantes mérite mieux») est emmenée par Mounir Belhamiti, ex-député macroniste venu de la gauche. Pour le reste, le candidat principal, Foulques Chombart de Lauwe (LR), bénéficie d’une vraie dynamique de campagne, lancée en franc-tireur il y a plus de deux ans. Celui qui veut «dégager Johanna Rolland» a reçu le soutien de l’ancienne ministre centriste Sarah El Haïry, numéro 2 sur sa liste et fléchée pour prendre la tête de Nantes métropole. Suffisant pour faire douter la maire sortante ?

Enfin, le Rassemblement national a parachuté un illustre inconnu depuis Paris, Jean‐Claude Hulot, et compte bien entrer au conseil municipal (ce qui serait inédit depuis 1995) après sa percée électorale des dernières années sur une terre nantaise traditionnellement modérée. On recense sinon deux candidatures plus confidentielles à l’extrême gauche : Nicolas Bazille (Lutte ouvrière) et Alexandre Gauvin (NPA Révolutionnaires).

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