Reportage

Marseille prépare le retour de l’Agroparade, une fête populaire pour une alimentation «saine, durable et locale»

Marcher local. Char à salade, cuisines mobiles et batucada… Après cinq ans d’absence et de nombreux préparatifs, l’Agroparade fait son retour à Marseille, ce samedi. Une façon originale de célébrer l’agriculture paysanne et de revendiquer le droit à une nourriture saine et durable.
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Elles et ils ont bravé le froid d’une soirée hivernale de janvier pour préparer la renaissance de l’évènement, au Couvent, un tiers-lieu du 3ème arrondissement de Marseille (Bouches-du-Rhône). «On va faire une grande manifestation festive et revendicative», résume Ludivine, cofondatrice des Brigades paysannes, un collectif de bénévoles qui donne un coup de main à des paysan·nes en difficulté.

Cet événement, c’est l’Agroparade. Elle fait son grand retour ce samedi 29 mars dans la cité phocéenne, après cinq ans d’absence. Organisée par l’association d’éducation populaire Au Maquis et les Brigades paysannes, cette parade s’élancera de la porte d’Aix à 13 heures pour célébrer l’agriculture paysanne et revendiquer une alimentation saine et durable pour tous. Paysan·nes et citoyen·nes seront déguisé·es en abeilles, en carottes et autres légumes. Une manière de dénoncer le modèle agro-industriel dominant.

L’idée a germé dans les campagnes du Luberon (un massif montagneux en Provence) en 2017. «Avec des paysans motivés, nous sommes descendus à Marseille avec les tracteurs», se rappelle Fanny Staub, membre d’Au Maquis. Lassé·es par les manifestations syndicales, les agriculteur·ices du Luberon ont voulu faire quelque chose de différent. «Quelque chose qui marque les esprits avant l’élection (présidentielle) de 2017», rembobine-t-elle.

Arrivée de l’Agroparade 2017 sur le Vieux-Port de Marseille. ©️ Fanny Staub

Des plantes sur la tête et des courges en guise d’instruments de musique, les exploitant·es avaient descendu la Canebière en souhaitant un «bon appétit Marseille !»«Nous voulions mener une parade festive et rigolote pour montrer que l’agriculture paysanne existe et qu’elle fonctionne», raconte Fanny devant la petite assemblée de Marseillais·es convaincu·es, en cette soirée de janvier.

Après trois années de parades colorées et festives, la pandémie de Covid-19 a empêché la quatrième édition, en 2020. L’événement a été mis «entre parenthèses», décrit Fanny, ravie de voir que, cinq ans plus tard, ça repart. En lien avec Au Maquis et les agriculteur·ices, les Brigades paysannes ont décidé de reprendre le flambeau. «Nous voulions que les revendications des agriculteurs soient relayées dans Marseille», raconte Auriane, cofondatrice des Brigades.

Droit à une alimentation saine, durable et de qualité

Alors, cette année, l’Agroparade met l’accent sur la précarité alimentaire et revendique le «droit de tous les Marseillais à une alimentation saine, durable et de qualité». Un enjeu important dans la cité phocéenne, où un habitant sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté, selon l’Insee. Les Brigades paysannes appellent à «balayer l’agro-industrie destructrice du vivant», et à rendre visible «l’agriculture paysanne comme solution aux problèmes d’aujourd’hui».

Face à la nourriture vendue en grande surface, sur laquelle les distributeurs appliquent de fortes marges, l’agriculture paysanne prône le circuit court et les initiatives de démocratie alimentaire. «Il faut se réapproprier tous les morceaux de la filière de distribution alimentaire», affirme Fanny, qui soutient la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation [qui vise à instaurer plus de justice alimentaire tout en changeant le modèle agricole, afin de faire face au changement climatique, NDLR] dans le village de Cadenet (Vaucluse). Chaque mois, une trentaine d’habitant·es reçoit 150 euros pour acheter des produits locaux.

Marseille, mars 2025. Zoé et son costume d’abeille pour l’Agroparade. Exit le noir et jaune, elle a décidé de peindre les ailes avec du rouge pour symboliser «les OGM et l’impact des produits chimiques sur le vivant». ©️ Eliza Amouret/Vert

Autour de la table, les participant·es sont les partisan·es d’une agriculture à taille humaine. Ici, on ne parle pas de consommateur·ices, mais de «mangeurs et de mangeuses». Une façon de donner plus de responsabilité aux gens lorsqu’elles et ils font leurs courses. «Si tous les mangeurs se mobilisaient avec nous, nous aurions plus de même poids», affirme Fanny.

Avec des cuisines mobiles, les participant·es ont prévu des dégustations tout au long de la parade, afin de faire goûter leurs légumes et fruits biologiques. Soupes et salades seront préparées avec les curieux·ses venu·es sur le parcours. «La question de l’alimentation ce n’est pas uniquement de savoir comment les gens mangent, explique Auriane, ça a des répercussions sur la santé».

«Recréer du lien entre consommateurs et producteurs»

L’Agroparade est un moyen pour «recréer du lien entre consommateurs et producteurs, résume-t-elle. L’alimentation, ça concerne tout le monde.» Maraîchers, paysans, militants et citoyens discutent des messages à faire passer : «Il faut montrer que l’agriculture paysanne peut être innovante et qu’elle produit sans détruire le vivant», affirme Ludivine.

«Je suis venu par curiosité», chuchote Alexis, 29 ans, qui veut montrer son soutien à l’agriculture paysanne et locale. «L’agriculture conventionnelle a des limites», affirme-t-il. De l’autre côté de la salle, Zoé, étudiante, soutient elle aussi le travail des exploitant·es : «En ville, notre contact avec le monde agricole est vraiment différent.»

Pour renforcer ce lien entre la ville et la campagne nourricière, d’autres réunions d’organisation se sont tenues dans le Luberon en ce début d’année. Une première dans le Café solidaire du village de Lauris. Et une deuxième dans une ferme à Villelaure (Vaucluse), où les Marseillais·es ont rencontré des paysan·nes.

Réuni·es sur la place de la Plaine, près du Vieux-Port, il y a deux semaines, les Marseillais·es se sont donné·es un ultime rendez-vous pour préparer les costumes et les pancartes qui seront brandies pendant l’Agroparade. Aucune bannière syndicale n’est acceptée, seuls sont permis les slogans rigolos, pour ajouter une touche d’humour et d’optimisme. «C’est une manifestation poétique et politique, affirme Fanny, sans affiliation directe avec un syndicat agricole, pour que chacun trouve sa place».

Cette parade s’inscrit dans le cadre de la Journée de l’agriculture paysanne. Celle-ci vise à réunir les acteurs de l’agriculture paysanne pour mettre en lumière leurs métiers. Auriane l’affirme : «L’agriculture, c’est une profession extrêmement difficile, alors ça fait du bien de se battre collectivement.»

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